Nadia Chahed
11 Janvier 2017•Mise à jour: 12 Janvier 2017
AA/Bangui/Sylvestre Krock
L’Organisation non gouvernementale de défense des Droits de l’Homme, Amnesty International (AI), a dénoncé, mercredi, "l’impunité" prévalant encore en Centrafrique.
"En République centrafricaine, des personnes soupçonnées d’avoir commis des crimes de guerre, échappent aux enquêtes et aux arrestations et, dans certains cas, côtoient leurs victimes au quotidien", indique un communiqué publié mercredi sur le site de l’ONG.
Se référant à un récent rapport intitulé "The long wait for justice: Accountability in Central African Republic", le communiqué rapporte que "des dizaines de personnes soupçonnées d’avoir commis des crimes de droit international et d’autres graves violations des droits humains ont échappé à des enquêtes efficaces et à des arrestations".
"Les efforts déployés pour les amener à rendre des comptes se sont heurtés à un manque de moyens tant au sein de l’État centrafricain que de la force de maintien de la paix des Nations unies dans le pays", précise la même source.
L’ONG relève, en outre, une "faiblesse" du système judiciaire de la République centrafricaine, précisant, que "ce système déjà faible avant le conflit, a été déstabilisé par les combats, des dossiers ayant été détruits et le personnel judiciaire contraint à fuir" .
Le communiqué note, par ailleurs, que "peu de tribunaux sont en état de fonctionner en dehors de la capitale, Bangui", alors que "huit prisons seulement, sur les 35 établissements que compte le pays, sont opérationnelles. Les personnes privées de liberté sont détenues dans des bâtiments délabrés, surpeuplés et insalubres. En raison du manque de sécurité, les évasions sont fréquentes".
(AI) rapporte, également, que "La force de maintien de la paix des Nations unies en République centrafricaine a aidé les autorités du pays à arrêter 384 personnes pour des crimes liés au conflit entre septembre 2014 et octobre 2016", cependant, "seule une poignée de personnes soupçonnées d’avoir commis les crimes les plus graves figurait parmi ces détenus, et 130 d’entre eux se sont évadés en septembre 2015".
Une impunité qui a "contribué à une augmentation des violences depuis septembre 2016", selon la même source.
Pour sortir de l’impunité générale, l'ONG estime que "La Cour pénale spéciale doit être mise sur pied dans les meilleurs délais et de façon à garantir l’efficacité des enquêtes et l’équité des procès tout en bénéficiant de tout le soutien possible".
Elle juge, également qu'il est essentiel de mettre en place "un système fiable de protection des victimes et des témoins afin de garantir leur participation en toute sécurité aux procédures".
Sur le long terme (AI) note que "la seule solution pour mettre fin à cette impunité profondément enracinée, est de procéder à une refonte totale du système judiciaire de la République centrafricaine, notamment en remettant sur pied ses tribunaux, ses prisons et ses forces de police".
La paix reste encore fragile en Centrafrique, un pays que le coup d'Etat de mars 2013, mené par la Séléka contre le régime de François Bozizé, a fait basculer dans un conflit inter-communautaire, qui a fait quelques milliers de morts, selon l'ONU.
Les récentes élections générales (décembre 2015-mars 2016), ont certes doté la Centrafrique de nouvelles institutions et contribué à un retour relatif au calme. Elles n'ont pas pu empêcher, pour autant, la résurgence d'affrontements sporadiques, notamment dans le Nord et le Centre du pays.