Esma Ben Said
15 Mai 2018•Mise à jour: 15 Mai 2018
AA/Bujumbura/Yvan Rukundo
A moins de deux jours de la tenue du référendum Constitutionnel au Burundi, le Haut-Commissaire des droits de l’Homme aux Nations-Unies se dit très inquiet de la recrudescence de la violence dans le pays, selon une déclaration faite mardi.
« Et ce, après une attaque meurtrière vendredi dernier contre un village burundais qui a fait 26 morts parmi les civils », a déploré Zeid Ra'ad al Hussein, Haut-Commissaire des droits de l’Homme, précisant que parmi les victimes de ce carnage, on dénombre dix femmes et onze enfants.
« Il y a des versions très différentes quant à l’identité des assaillants et de leur motif », a-t- il ajouté, notant que cette tragédie pourrait être politique car visant à impacter le référendum ou un acte perpétré pour d'autres raisons, y compris la vengeance.
Se référant aux témoignages des locaux affirmant avoir vu des hommes en tenues militaires avant ce massacre, Zeid Ra’ad Al Hussein indique que dans un contexte fébrile, il s’agit d’une évolution très dangereuse.
« Le Burundi est inondé de rumeurs, les négociations politiques sont dans l'impasse, et les tensions augmentent brusquement à la suite de cette attaque, pendant que beaucoup redoutent ce qui pourrait arriver pendant et après le référendum de jeudi », s’inquiète-t-il, signalant que le Haut-commissariat des droits de l’Homme a pris note de l’ouverture d’une enquête sur ce drame.
Exprimant ses condoléances aux familles des victimes, le responsable onusien a ajouté : « en raison du flot constant de violations des droits de l’homme au cours de ces trois dernières années, et de ce référendum extrêmement controversé et clivant, les actions des autorités sont perçues avec une méfiance considérable par une partie importante de la population ».
M. Zeid déplore que la campagne référendaire a été caractérisée par des violations des droits de l’Homme : « Un nombre important de politiciens de l'opposition et d'autres appelant à voter "non" lors du referendum, ont été la cible d'arrestations arbitraires et de détentions par les forces de sécurité, parfois avec l'aide du célèbre groupe des Imbonerakure ( le nom en langue nationale attribuée aux jeunes affiliés au parti au pouvoir) qui soutient le gouvernement ».
Et le responsable d'alerter : « Tout le monde souffrira si le Burundi plonge dans la violence pendant ou après le référendum ».
Pour éviter le pire, le Chef des droits de l’Homme à l’ONU exhorte le gouvernement à assumer ses responsabilités pour assurer au peuple burundais la paix, la sécurité et une démocratie pleinement fonctionnelle où les droits de l'homme sont respectés et où s’exerce l'égalité devant la loi de tous les citoyens.
« Il lui reste très peu de temps pour inverser la courbe », prévient-il, soulignant que bien que l’opposition politique ait beaucoup à s'opposer, ‘’elle doit également éviter toute action susceptible de jeter de l’huile sur le feu’’.
La tenue de ce référendum Constitutionnel contesté par l’opposition est fixée pour le 17 mai selon le calendrier de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni).
La nouvelle constitution apporte, deux changements majeurs au niveau du mandat présidentiel qui passera de 5 à 7 ans et il sera «renouvelable». Selon l’opposition, elle ne vise qu'à accorder une présidence à vie à Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005.