Nadia Chahed
21 Février 2018•Mise à jour: 21 Février 2018
AA/Bujumbura/Jean Bosco
Au moins 2900 fosses communes ont été découvertes dans 9 provinces du Burundi, en une année, a annoncé mercredi Antoine Madaraga, Commissaire au sein de la Commission nationale pour la vérité et la réconciliation (CVR).
«La situation est très inquiétante car à ce jour, la Commission a déjà identifié au moins 2900 fosses communes dans, seulement, 9 provinces sur 17, nous estimons que le nombre est plus important que cela», a déclaré Antoine Madaraga sur les ondes de la radio indépendante Rema-FM.
La Commission compte recueillir beaucoup de témoignages pour connaitre la vérité sur les victimes et les auteurs de ces drames, a-t-il ajouté. « Nous avons déjà recueillis des plaintes et certaines personnes encore en vie ont été citées, nous allons les appeler pour les écouter en toute discrétion », a ajouté Antoine Madaraga, notant que les anciens présidents encore en vie seront également auditionnés étant donné que "certains massacres ont été perpétrés alors qu’ils étaient au pouvoir".
L'exhumation des restes humains enfouis dans plusieurs fosses communes du Burundi, a été officiellement lancée par le CVR en février 2017.
A ce jour, neuf provinces sur 17 ont déjà été passées au peigne fin. Recommandée par l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation des Burundais ( signé en août 2000), la CVR a été mise en place en 2014 par le Président Pierre Nkurunziza.
Elle a pour principale mission de « promouvoir une stabilisation politique, économique et sociale durable du Burundi en contribuant à la recherche de la vérité sur les violences graves du passé ».
Depuis son accession à l’indépendance en juillet 1962, le Burundi a été cycliquement frappé par des guerres et des massacres interethniques sur fond de rivalités pour le pouvoir.
Les Tutsis minoritaires (14℅) avaient le monopole au sein de l’armée et de l’administration jusqu’en 1993, date des premières élections démocratiques qui, pour la première fois, ont porté au pouvoir un
membre de l’ethnie hutu majoritaire (85℅), Melchior Ndadaye.
Son assassinat, trois mois plus tard, a marqué le début d’une décennie de guerre civile qui s’est achevée par la signature à Arusha en Tanzanie, de l’Accord pour la paix et la réconciliation des Burundais.
Depuis fin avril 2015, le Burundi a, de nouveau, plongé dans une grave crise politique et sécuritaire née de la décision du Président, Pierre Nkurunziza, de briguer un 3ème mandat présidentiel jugé par l’opposition et la société civile contraire à cet Accord d‘Arusha.
Les violences consécutives à cette crise ont déjà fait plus d'un millier de morts et poussé plus de 420.000 personnes à fuir le pays, selon le rapport de l’agence de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR) publié le 31 janvier 2018.