Mohamed Hedi Abidellaoui
31 Mars 2017•Mise à jour: 01 Avril 2017
AA/Bujumbura/Juvénal Bigirimana
Au Burundi où le sang coule à flots et les hommes s’entretuent impitoyablement, au Burundi où l’atrocité et la bêtise humaine ont atteint leur dernier degré par les temps qui courent, il y a des rivières qui sauvent des vies.
30% des Burundais privés d’eau potable se tournent, en effet, vers ces rivières pour étancher leur soif. La rivière est, donc, pour eux ce que la mer est aux poissons.
« Seulement près de 70% des Burundais ont accès à l'eau potable », a déclaré à Anadolu Jérémie Nkinahatemba, directeur général au ministère burundais de l’Eau et de l’Environnement, à l’occasion de la journée mondiale de l’eau, célébrée le 22 mars de chaque année. Reconnaissant une défaillance de taille, Nkinahatemba a affirmé que son pays n'a pas encore les moyens pour se doter d’infrastructures adéquates, afin que les Burundais démunis cessent de boire une eau polluée, puisée dans les rivières.
- Changement climatique et pollution
De son côté, Anicet Nkurikiye, président du partenariat national de l’eau (PNE) a indiqué dans une déclaration à Anadolu, que l'accès à l'eau potable pour une population de 10 millions d’habitants reste le grand défi du moment. « Le changement climatique pèse lourd sur la gestion des ressources en eau au Burundi. Car, le déficit forestier actuel, résultant notamment des méfaits des feux de brousse et du déficit pluviométrique, est en train d'influer sur la quantité des eaux disponibles dans le pays », explique le président du PNE.
La pollution présente aussi l'une des fortes menaces affectant la qualité des ressources hydriques du pays, a-t-il ajouté. Le lac Tanganyika constitue un réservoir immense d'eau douce, mais en raison d’une pollution croissante, l’on peine à en tirer profit. Les déchets industriels et les eaux usées provenant des ménages y sont pour beaucoup, selon le responsable burundais.
Les conséquences de la pollution sont amplement graves, alerte par ailleurs le responsable, soulignant que des maladies dangereuses, comme le choléra de plu en plus présent dans le pays, en découlent.
- Agir et miser sur l’éducation environnementale
Des mesures de protection s’imposent, assène le responsable. De ce point de vue, il recommande de plus importants financements pour le secteur hydraulique et une meilleure sensibilisation de la population à l’importance de préserver les ressources hydriques du pays.
Le gouvernement est appelé, soutient-il, à mener des campagnes pour le reboisement des collines dénudées et la plantation d’arbres agro-forestiers. Et la promotion de l’éducation environnementale aidera à former des générations plus sensibles aux questions environnementales et encore soucieuses du respect du code des eaux, de son avis. Le code dont il est question prévoit le respect d'une zone de protection de 150 mètres pour le lac Tanganyika, de 25 mètres pour les rivières et de 50 mètres pour les petits lacs du nord du pays.
- Le murmure des lacs et le chant funèbre des bourgs
Le Burundi, ce petit pays d’Afrique de l’Est, est dorloté par les lacs et les rivières. Les principaux affluents étant la Rusizi formant la frontière avec le Congo et qui se jette dans le lac Tanganyika, la Malagarazi et le Ruvubu. La Kagera est considérée comme la source la plus éloignée du Nil. Elle prend sa source dans le nord du pays.
Le lac principal du pays est le lac Tanganyika qui est partagé avec la Tanzanie, le Congo et la Zambie. Il y a de nombreux autres lacs dans le nord-est du pays: Mwungera, Narungazi, Rwihinda, Cohoha, Kanzigiri, Rweru et Gacamirindi. Les plus étendus sont, toutefois, le Cohoha et le Rweru qui font frontière avec le Rwanda. Au nord-ouest du pays existe un petit lac: le Dogodogo situé entre Cibitoke et Rugombo.
Secoué par une crise politique émaillée de violences mortelles depuis avril 2015, date de dépôt de la candidature du président Pierre Nkurunzia pour un troisième mandat « non-constitutionnel », le Burundi est l’un des pays les plus pauvres de la planète.
Le PIB par tête est, en effet, de 315.2 dollars, selon le rapport 2016 du Fond monétaire international (FMI). Sur un total de 190 pays, le Burundi occupe la 186ème place dans le classement "IDH" (Indice de développement humain), selon le rapport 2015 du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).
Pays de contrastes, le Burundi invite au voyage et à la méditation. Là-bas, le chant des lacs et des rivières et le murmure de l’eau apostrophent la tare humaine et les chants funèbres de la capitale et des bourgs.