AA/Bujumbura/Yvan Rukundo
Rien ne va plus entre le Burundi et l’Union Européenne (UE). Alors qu’une brouille diplomatique s’est installée entre les deux parties depuis le début de la crise burundaise en 1015, les tensions semblent à leur comble, depuis que le petit état d’Afrique de l’Est a affirmé avoir des « preuves » de la volonté du Vieux continent de vouloir le déstabiliser.
Depuis, le dépôt de la candidature du président burundais Pierre Nkurunziza, en avril 2015, pour un troisième mandat jugé « anticonstitutionnel », le pays a plongé dans une profonde crise politico-sécuritaire.
Pour le Burundi, l’un des principaux responsables de cette crise est l’Union Européenne. Bujumbura accuse en effet l’UE d’avoir financé des personnalités dans la tentative de coup d’Etat perpétré en mai 2015, contre le président Pierre Nkurunziza.
« Dans des documents en circulation, il est rapporté que l’Union européenne a procédé à des financements à l’endroit de personnes physiques ou morales impliquées dans la déstabilisation de la République du Burundi, et actuellement sous mandat d’arrêt international émis par la justice burundaise », peut-on lire dans un communiqué de Bujumbura, publié début juin.
Ce qu’a fermement nié l’UE qui évoque pour sa part de «fausses accusations », fondées sur une interprétation volontairement erronée d’un programme de soutien aux défenseurs des droits de l’Homme.
«La politique extérieure de l’UE est fondée sur la promotion des droits de l’Homme à travers le monde et la protection de leurs défenseurs», a rétorqué dans un communiqué l’Union Européenne réaffirmant sa mission de promouvoir et de défendre les droits de l’Homme.
« Les relations étaient déjà tendues depuis un long moment entre les deux entités, mais cette accusation, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », commente un expert burundais en relations internationales approché par Anadolu.
S’exprimant sous couvert de l’anonymat pour des raisons sécuritaires, le spécialiste inventorie quelques faits qui ont envenimé la situation.
« L’Union Européenne est intervenue à plusieurs reprises durant la crise. Elle a d'abord sanctionné trois proches du régime (Godefroid Bizimana, directeur adjoint de la police nationale ; Gervais Ndirakobuca alias Ndakugarika, chef de cabinet de l’administration présidentielle chargé de la police nationale et Mathias-Joseph Niyonzima alias Kazungu, un agent de la documentation nationale) six mois après le début de la crise (en octobre 2015) » rappelle-t-il.
« Accusés d’être impliqués, entre autres, dans la répression des protestataires, l’UE a adopté, à leur égard, des restrictions strictes en matière de déplacements et un gel des avoirs », poursuit-il.
« Ce qui n’a évidemment pas été du goût de Bujumbura », commente l’expert.
Pour ce spécialiste des relations internationales, la situation s’est ensuite aggravée avec « la décision prise par l’UE, le 14 mars 2016, de suspendre l’aide directe au gouvernement burundais. Cette décision constitue évidemment un coup dur pour Bujumbura qui devait recevoir pas moins de 430 millions d’euros d’aide de la part de l’Union européenne pour la période 2015-2020 », affirme-t-il.
« Côté budget de l’Etat, l’aide européenne représente environ 20% du total, ce qui n’est pas rien», souligne-t-il encore.
L’UE, pour sa part, avait annoncé la suspension directe au gouvernement du Burundi, sur fond de l’Accord de Cotonou. Signée en 2000 pour une durée de 20, entre l’UE et les pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique), cet accord reconnait que les droits de l’homme, les principes démocratiques et l’Etat de droit sont des composantes essentielles de leur partenariat.
Si l’aide directe a été suspendue, l’UE a toutefois continué d’apporter une aide financière directement à la population et surtout aux défenseurs des droits de l’homme dans le pays, avait-t-elle laissé entendre dernièrement, dans sa défense.
Pour l’expert en relations internationales, les rapports entre les deux parties ont toutefois continué de se détériorer après que l’UE est encore intervenue à la suite des attaques de quatre camps militaires à Bujumbura (11 décembre 2015) où 87 personnes sont mortes selon le bilan officiel, surtout dans les quartiers contestataires.
« Les Eurodéputés avaient alors proposé, le 17 décembre 2015, le déploiement d’une mission pour assurer la protection des citoyens, l’élargissement des sanctions et une enquête pénale internationale sur les crimes commis au Burundi. Là encore, Bujumbura n’a pas apprécié cette « ingérence » », rappelle l’expert.
Autre événement qui a suscité la colère du gouvernement burundais, poursuit le spécialiste, « le Sommet qui s’est tenu du 09 au 12 décembre 2015, à Bruxelles. Lors de ce rendez-vous, une déclaration conjointe du Parlement européen et des Pays d’Afrique Caraïbes, Pacifique (ACP) demandait le déploiement d’une mission de maintien de la paix sous la conduite africaine (MAPROBU) avec l’objectif d’éviter une guerre civile et une propagation de la violence dans la région ».
« Bujumbura a aussitôt accusé l’UE de violer le prince de souveraineté nationale et de son intention de recoloniser le pays », rapporte l'expert.
« Le gouvernement Burundais n’acceptera jamais de forces étrangères sur son sol. Ils veulent venir ici pour déstabiliser le pays », avait en effet déclaré, face à la presse à Bujumbura, le 1er-vice-président de la République du Burundi, Gaston Sindimwo.
Après ce sommet, des manifestations avaient été organisées sur l’ensemble du territoire national contre l’UE, la France et la Belgique (ancienne métropole), rappelle le spécialiste.
La détérioration des relations entre le Burundi et l’UE s’est enfin manifesté via les réseaux sociaux, notamment entre Wolfram Vetter, ambassadeur de l’UE au Burundi et les pro-Nkurunziza.
« La souveraineté c’est aussi assumer sa responsabilité sans blâmer l’autre. L’UE [ont donné] plusieurs dizaines de millions d’Euros de don au Burundi en 2017 », a ainsi tweeté ce diplomate, le 22 mai dernier.
Les réactions à la suite de ce tweet ne se sont pas faites attendre dans le camp burundais.
Alain-Aimé Nyamitwe, chef de la diplomatie burundaise a aussitôt déclaré: « Quel que soit le montant de l’aide à la coopération, la souveraineté, la dignité et l’unité des Burundais n’ont pas de prix ».
Le Burundi a sombré, depuis bientôt deux ans, dans une grave crise politico-sécuritaire, née du 3ème mandat de Pierre Nkurunziza jugé «anticonstitutionnel» par l’opposition et la société civile.
Le bilan des violences consécutives s’est élevé à plus d'un millier de morts et plus de 400.000 réfugiés, d’après un récent bilan de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).
Un bilan qui pourrait probablement s’alourdir d’ici la fin 2017, d’après l’agence onusienne.
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