Lassaad Ben Ahmed
23 Avril 2019•Mise à jour: 24 Avril 2019
AA / Yaoundé / Peter Kum
Le porte-parole du gouvernement camerounais, René Emmanuel Sadi était face à la presse lundi nuit pour donner la position du Cameroun suite à la résolution adoptée jeudi dernier par le Parlement européen concernant la situation politique et sécuritaire du Cameroun.
D’après Sadi, cette résolution « dépeint littéralement la situation socio-politique au Cameroun, en faisant body_abstraction de toutes les mesures idoines prises par les autorités de l’Etat, au regard des multiples enjeux sécuritaires » auxquels le Cameroun a dû faire face ces dernières années.
La résolution « jette le discrédit sur l’élection présidentielle » du 07 octobre dernier, « fustige les dispositions pertinentes et essentielles » de la Constitution camerounaises, « incrimine les forces nationales de défense et de sécurité, accusées de violations des droits de l’Homme » tout en affirmant que « des tensions existent au Cameroun entre francophones et anglophones, et que les régions anglophones subissent des discriminations ».
Le gouvernement camerounais relève aussi que la résolution de jeudi « accuse les autorités camerounaises d’obstruction sur les libertés publiques en organisant des procès militaires contre certains membres de l’opposition, d’avoir réprimé les manifestations, en faisant un usage abusif de la force ».
Yaoundé hausse le ton en indiquant que « le gouvernement camerounais s’élève radicalement contre cette résolution du Parlement européen, et exprime son indignation face à un acte empreint de partialité, qui s’apparente à une kyrielle de contre-vérités, d’affirmations gratuites, de récriminations infondées, et d’injonctions assorties de chantage, dirigés contre les autorités camerounaises » et ses forces de défense et de sécurité.
Les autorités camerounaise rappellent que « le Président Paul Biya a été porté à la tête de l’Etat, par le peuple camerounais, avec un score sans appel de plus de 71%, et que sa réélection ne souffre pas la moindre contestation ».
S’agissant de la détention du leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto et ses partisans, le gouvernement camerounais indique qu’ils ont été interpellés car ils n’ont pas respectés « l’interdiction de manifestations publiques, qui leur avait pourtant été formellement notifiée par les autorités administratives compétentes ».
Kamto et ses 151 partisans qui doivent être présentés au juge du tribunal militaire ce 23 avril, ont été inculpés pour « les faits d’insurrection, hostilité contre la patrie, rébellion, attroupement, dégradation des biens publics, manifestation publique interdite, et outrage au Président de la République. Ces faits sont prévus et réprimés par le Code pénal camerounais ».
Le Gouvernement estime que « la législation en vigueur dispose clairement que le tribunal militaire est seul compétent » pour connaître des infractions relatives à la sûreté de l’Etat, « comme c’est le cas ici, s’agissant de certaines infractions » pour lesquelles l’opposant Kamto et ses coaccusés sont poursuivis.
Après avoir présenté tous ces arguments, « le gouvernement camerounais estime que cette résolution est le produit d’une instrumentalisation où transparaissent tout à la fois : la candeur, l’ignorance, la désinformation et la mauvaise foi ».
Yaoundé a tenu à remercier, par ailleurs, « vivement » les députés français, Dominique Bilde et Jean Luc Schaffhauser, « pour leurs interventions pertinentes en faveur du Cameroun pendant les débats sur la résolution en question, interventions auxquelles le peuple camerounais a été très sensible », a déclaré le porte-parole du Gouvernement.
Le Cameroun reste ouvert aux « suggestions constructives, d’où qu’elles viennent, et les reçoit avec toute l’attention requise, il ne saurait aucunement accepter des injonctions sur fond de chantage à peine voilé ».
Yaoundé rappelle que « les problèmes camerouno-camerounais peuvent et doivent se résoudre au Cameroun, par les camerounais eux-mêmes, et les dirigeants qu’ils se sont librement donnés ».
Cette réaction du gouvernement camerounais intervient quelques jours après celle du Senat, de l’Assemblée Nationale, du ministère des Relations Extérieures et du parti au pouvoir le RDPC.