Mohamed Hedi Abidellaoui
18 Avril 2017•Mise à jour: 18 Avril 2017
AA/ N'Djamena/ Mahamat Ramadane
Accroupie sur le sable à l’entrée du village, elle scrute l’Horizon. Là-bas, pas loin du Logone oriental dans le sud tchadien se trouve son village natal, dans le nord de la Centrafrique.
Elle a huit ans. Elle affirme avoir été séparée de ses parents par un groupe armé.
De Bangui à N’Djamena ou encore du nord centrafricain au sud tchadien, a erré Maimouna sur les routes et à travers les dunes. Sous un soleil de plomb, elle a enduré fatigue et famine. Ce triste kaléidoscope lui passe et repasse par la tête dans ce camp de réfugiés où le temps s’est arrêté et la vie n’est que désespoir et tourment.
Le fond de l’air est jaune. Loin de décolérer, une tempête de sable s’amuse à donner des gifles à tout bout de champ. Mais, Maimouna, corps sans âme, s’en soucie peu. Elle a bien la tête ailleurs, là-bas ou les « paysages verdoyants du nord centrafricain cajolent des âmes déshéritées et des visages harassés », de l’avis de ce gentil quinquagénaire, également réfugié centrafricain.
« Dans mon village, il faisait beau. Ici, il n y a que sable et tempête. Je veux rentrer chez-moi, ma famille me manque », éclate Maimouna en sanglots. La jeune centrafricaine est une de milliers de réfugiés centrafricains récemment accueillis à Goré, dans la région du Logone. Les autorités locales et les bénévoles du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s’emploient à les soutenir, mais il reste beaucoup à faire.
- Les enfants font les frais d’une crise qu’ils n’ont pas créée
L’histoire de Maimouna ? « Je me suis séparée de ma mère quand nous fuyions le village. Je m’étais égarée dans la foule. Comme il y avait trop de poussière, je suis restée seule dans un lieu désert. Une famille m’a trouvée et m’a mise à l’abri. Plus tard, un camion nous a tous acheminés jusqu’ici au Tchad. Je ne connais personne dans le camp et je ne dépends que de la famille qui m’a sauvée», raconte-t-elle au correspondant d’Anadolu.
Comme Maimouna Ousmane, ils sont 800 enfants sur les 3500 réfugiés élisant domicile dans ce camp de réfugiés près de la frontière tchado-centrafricaine, selon le bureau local du HCR.
Ces réfugiés ont quitté leurs villages, fuyant des violences et des exactions continuelles. La région de Bambari a dernièrement été le théâtre d’affrontements entre deux factions rivales de l’ex-milice de la Séléka (groupes politico-militaires), le le Front populaire pour la Renaissance de la Centrafrique (FPRC) et l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC), au détriment des populations civiles.
Les enfants ont été les plus affectés par ce conflit sanglant.
« Une centaine d’enfants sont arrivés au Tchad sans leurs parents, affamés et déshydratés. Certaines d’entre eux ont témoigné avoir marché des dizaines de kilomètres à pied», a indiqué à Anadolu le responsable du bureau local du HCR à Goré, Masdongar Elie.
Le responsable onusien a par ailleurs fait état de difficultés, dont l’insuffisance des stocks de vivres et appelé la communauté internationale à soutenir les efforts du HCR.
Plus de 50 mille réfugiés centrafricains ont été accueillis au Tchad entre 2014 et 2017. D’autant que deux tiers d’entre eux, à savoir des femmes et des enfants, dépendent totalement de la prise en charge assurée par l’Etat tchadien et ses partenaires internationaux, selon la Commission Nationale d'Accueil, de Réinsertion des Réfugiés et des Rapatriés (CNARR).
• Les pays d’origines appelés à agir
L’autre problème qui se pose est relatif à l’insertion sociale de ces enfants.
« Sans documents administratifs et civils permettant d’identifier leurs parents, ces enfants risquent de devenir apatrides. D’ailleurs, des enfants soudanais en provenance du Darfour ont connu le même sort, étant sans papiers administratifs », fait remarquer le sociologue Djédouboume Médard, approché par Anadolu.
« Ces enfants soudanais, dépourvus de documents d’attestation civique, ne sont toujours pas reconnus par leurs pays d’origine. Il faudrait que cela serve d’exemple pour le HCR et les autorités tchadiennes en vue d’éviter de telles situations chaotiques », conseille le sociologue.
Le gouvernement tchadien débourse entre 80 à 120 millions de dollars par an pour venir en aide aux réfugiés, selon des données officielles. Ce qui alourdit les charges d’un pays confronté à la raréfaction des ressources, en raison de la baisse du prix du Baril, de l’avis du Secrétaire général adjoint au Premier ministère tchadien, Abdéramane Djasnabaille.
Ce dernier appelle, au demeurant, les responsables centrafricains et soudanais à prendre les choses en main pour ainsi pacifier le pays, arrêter l’exode des populations et préparer le retour des réfugiés.