AA/RDC/Joseph Tsongo
Au poste frontalier de Bunagana, dans l'Est de la RDC, on constate de plus en plus de personnes handicapées, qui font, chaque jour, plusieurs aller-retours entre cette localité et celle de Kisoro en Ouganda voisin, s'approvisionner en marchandises diverses, qu'ils revendent ensuite, soit à d'autres commerçants valides soit directement aux consommateurs.
Une tendance favorisée par les avantages et les facilités accordés à ces commerçants par les autorités des frontières, selon des témoignages recueillis par Anadolu.
Si aucun texte juridique ne prévoit d’avantages précis pour les commerçants handicapés, ils bénéficient, quand même, d'un traitement de faveur, indique un douanier, affecté au poste de Bunagana.
Il s'agit d'initiatives motivées par des considérations humanitaires, poursuit la même source qui a préféré garder l'anonymat.
" La plupart des commerçants handicapés achètent les marchandises en petites quantités, juste de quoi s'assurer quelques bénéfices", ajoute encore le douanier, estimant que de ce point de vue, il serait "injuste et inhumain de les faire payer autant que les commerçants valides qui gèrent des marchés beaucoup plus importants".
Il précise, cependant, que ces commerçants payent "toutes les taxes imposées sur les produits manufacturés qui ne proviennent pas directement de l’Ouganda voisin".
Saamoja Ushindi, un jeune handicapé moteur des suites d'un accident, exerce depuis près de deux ans le commerce frontalier entre la RDC et l'Ouganda. Il dit qu'un carton de savons en provenance de Kisoro en Ouganda voisin, lui coûte environ 1000 FC en taxes (1 dollar).
Il précise à Anadolu qu'il s'agit de "taxes informelles payées directement aux douaniers en poste, et c'est ce qui explique que le montant soit fixé au cas par cas".
Ainsi et au delà du côté informel de ces taxes, les commerçants porteurs de handicap se disent "satisfaits" du traitement qu'on leur réserve des deux côtés de la frontière, un traitement qui leur permet de "gagner confortablement leur vie".
Julien, un vendeur de vêtements qui se déplace sur un vélomoteur pour handicapés, affirme faire, certains mois, plus de 40 000 FC de bénéfices ( environ 50 dollars).
"Cette activité me permet tout juste de me nourrir avec mes enfants et de payer le loyer", déclare de son côté, julienne Mambiabo.
Jacques Wanzire, sociologue et membre d’une Association qui défend les droits des personnes vivant avec handicap explique à Anadolu que "les personnes porteuses de handicap disposent des capacités nécessaires pour exercer une telle activité commerciale et jouer ainsi un rôle actif au sein de la société".
Il dénonce, toutefois, que les commerçants valides profitent de cet état des faits afin de bénéficier indirectement des avantages consentis aux porteurs de Handicap.
"Faute de moyens pour monter leur propre commerce, plusieurs handicapés revendent leurs marchandises à d'autres valides plus nantis, moyennant une petite marge", explique Wanzire.
"Une fois la marchandise déchargée , nous la confions parfois à nos frères handicapés qui ne subissent pas les mêmes tracasseries que nous. Ils nous la transportent jusqu’aux marchés et là nous les payons", témoigne Edouard, un commerçant valide.
La rémunération de ces intermédiaires est négociée à l’amiable, ajoute-t-il. Malgré cette bonne entente, certaines associations déplorent un manque de soutien pour les commerçants porteurs de handicap.
« Il faudrait que l’État mette en place une commission spéciale », suggère le président de l’Association des handicapés de Bunagana, Ramazani Faustin.
Cette commission oeuvrera, notamment, à identifier des solutions idoines en termes d'emploi adaptés à ces personnes, explique-t-il, ajoutant qu'en attendant "elles continueront à lutter pour survivre et à faire le va et vient entre la RDC et l’Ouganda".
Aujourd'hui, le nombre des porteurs de Handicap à vivre du commerce transfrontalier avec Kisoro (Ouganda), seraient trois fois plus important que celui des valides, rapporte le correspondant d'Anadolu selon des sources locales.
Chaque jour et dès les premières heures de la journée, le poste frontalier de Bunagana est noir de monde. Passagers, commerçants, bagagistes se bousculent. Certains pour traverser la frontière, d’autres pour décharger les marchandises, d’autres encore pour en charger.
La grande rue qui conduit au marché, non loin de là, est également pleine de monde. Les commerçants et les petits vendeurs à l’étalage s’y approvisionnent.
Un tohu-bohu général qui ne fait pas peur à des commerçants handicapés qui parcourent la grande allée à bord de leur tricycles, déchargent leurs marchandises en vitesse, avant de regagner le marché de Kisoro en Ouganda, situé à environ 10 km, pour en ramener d’autres.
Une tendance qui a gagné durant les derniers mois l'autre côté de frontière, indique un commerçant congolais, notant que désormais il y a aussi des Ougandais qui pratiquent ce commerce.
Du côté de la RDC, le nombre de ces commerçants handicapés est, aujourd'hui, estimé à une centaine, alors qu’ils étaient moins d’une cinquantaine il y a quelques années, précise Ramazani Faustin, président de l’Association des handicapés de Bunagana.
Celle ci se charge notamment de faciliter les relations entre ses adhérents et les autorités des frontières. Elle négocie les taxes, s'occupe des documents à remplir à chaque sortie et entrée, tout en veillant à assurer leur sécurité.
Situé sur la frontière avec l'Ouganda et non loin du Rwanda, le village de Bunagana (Est de la RDC), a une grande importance stratégique commerciale et militaire.
En 2012, la Direction générale des douanes et accises (DGDA) déclarait y réaliser chaque mois entre 500 000 et 700 000 dollars de recettes.