Nadia Chahed
10 Octobre 2018•Mise à jour: 10 Octobre 2018
AA/Tunis/Bouazza Ben Bouazza
Le parlement tunisien vient d'adopter à une écrasante majorité une loi contre le racisme revendiquée avec insistance depuis des années par des associations qui luttent pour la défense des minorités.
Intitulée "loi fondamentale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale", elle a votée mardi soir par 125 députés contre six abstentions et une contre.
"C'est un moment historique. C'est le fruit de sept ans de combat", s'est exclamée dans une vidéo postée sur la toile, la présidente de l’Association tunisienne de soutien aux minorités (ATSM), Yamina Thabet.
Présente dans l'hémicycle, Saadia Mosbah, présidente de l’association "M’nemty" (Mon rêve) qui lutte contre la discrimination raciale, a, quant à elle, fondu en larmes après le vote.
Pour la députée (noire) Jamila Ksiksi, du mouvement Ennahdha, c'est une avancée qui vient conforter les outils juridiques mis en place par la Tunisie en matière de défense des droits de l'homme.
Traînant depuis plus de quatre mois dans les tiroirs de la commission parlementaire des droits et des libertés, l'adoption du texte a été accéléré suite à l'agression violente d'un ressortissant ivoirien en juillet dernier dans les rues de Tunis qui a ému les internautes et la société civile.
La Tunisie accueille des milliers d'étudiants subsahariens inscrits dans ses universités. Certains font l'objet d'agressions sporadiques verbales ou physiques en raison de la couleur de leur peau.
A l'occasion de la "journée nationale contre le racisme", Le premier ministre tunisien Youssef Chahed avait considéré que de tels actes sont "intolérables" dans la Tunisie post-révolution.
La loi définit la discrimination raciale comme étant "toute distinction, exclusion, restriction ou préférence fondée sur la race, la couleur, l'ascendance ou d'autres formes de discrimination raciale au sens des traités internationaux ratifiés, qui entraînerait des perturbations, une obstruction ou une privation".
"La discrimination raciale est toute situation résultant de dispositions, de mesures ou de normes qui semblent être objectives et dont l'application est fondée sur la race, la couleur, l'ascendance ou d'autres formes de discrimination raciale", ajoute le texte.
Des peines allant d'un à trois ans de prison ferme et d'une amende de 1.000 à 3.000 dinars (300 à 1.000 euros) sont prévues par la nouvelle loi.
Pour Yamina Thabet très active dans la défense aussi de la minorité juive de Tunisie, "la lutte doit englober l’antisémitisme".
"La Tunisie est un pays généreux et tolérant qui accomplit de jour en jour des avancées sociétales qui pourrait constituer un modèle pour les pays de la région", estime-t-elle.
Elle fait référence aux récentes initiatives du président tunisien Béji Caïd Essebsi préconisant notamment l'égalité homme-femme dans l'héritage, l'autorisation accordée aux Tunisiennes musulmanes d'épouser des non musulmans.
"Notre association continuera la lutte afin de veiller à la bonne application de la loi", a-t-elle assuré.