AA/Tunis
Des partis politiques tunisiens ont dénoncé la décision portant prorogation des mesures d'exception décidées par le Président de la République, Kaïs Saïed, le 25 juillet dernier, tandis que d'autres formations ont réclamé au chef de l’Etat de soumettre, au plus vite, une « Feuille de route » pour la prochaine étape.
Le 25 juillet dernier, le Président Saïed avait décidé de suspendre, pour une durée de trente jours, les travaux du Parlement, présidé par Rached Ghannouchi, chef du mouvement Ennahdha, de lever l’immunité dont bénéficiaient les députés et de limoger le Chef du gouvernement, Hichem Mechichi. Kaïs Saïed s’est octroyé le pouvoir exécutif qu’il dirigera avec l’aide d’un gouvernement, dont il nommera le chef.
Dans la nuit de lundi à mardi, le Président tunisien a décidé de proroger « sine die » les mesures d'exception prises en juillet.
Dimanche, Saïed avait souligné que « les mesures d'exception prises visent à protéger l'Etat tunisien de l'effondrement, compte tenu de la crise sans précédent qui a secoué le pays, et à mettre un terme à des choix qui ont appauvri et paupérisé davantage le peuple, tout en s’accaparant ses ressources et ses potentialités ».
- « Violation »
Commentant le prolongement des mesures d’exception, « la Coalition de la Dignité » (18 députés sur 217) a indiqué dans un communiqué, mercredi, son « rejet de toutes les décisions présidentielles qui ont suivi le putsch du 25 juillet ».
La « Coalition » a dénoncé « la poursuite du gel des travaux du Parlement et de la levée de l'immunité des députés, dans une violation flagrante du texte de la Constitution ».
De son côté, « le parti des Travailleurs » (gauche, 0 députés) a relevé que « le prolongement des mesures d'exception, pour une durée indéterminée, représente un jalon de plus du processus putschiste qui vise la neutralisation des adversaires au sein du pouvoir ».
La formation de gauche a indiqué dans un communiqué, rendu public mercredi, que « cette prorogation permettra à Saïed d’accaparer l'ensemble des pouvoirs sans aucun contrôle et de parachever son coup d'Etat initié contre la Constitution ».
- Appel à une « Feuille de route » et à l'installation d'un gouvernement
Pour sa part, le parti « Afek Tounes » (deux députés) a mis l'accent sur la « nécessité à ce que les mesures d'exception visent essentiellement la réforme politique, l’ancrage du concept de l'Etat de droit et des institutions et la reprise du processus de transition démocratique ».
Dans un communiqué rendu public, mardi, « Afek Tounes » a appelé le chef de l'État à « hâter la formation d'un gouvernement réduit, formé de compétences, et qui procédera à la mise en œuvre de réformes législatives et économiques d'envergure ».
Commentant la décision de prolongement, le mouvement « Machrou’a Tounes » (3 députés) a souligné que « l'absence d'un plan d'action national transparent, clair et déterminé, sur la base d’un échéancier préétabli, ainsi que des mesures pour la sortie de cette étape exceptionnelle, n'aboutira pas à des résultats positifs ».
« Machrou’a Tounes » a appelé, dans un communiqué, publié mercredi, le Président Saïed à « installer un gouvernement fort, dans les plus brefs délais, à la suite de ce retard inexpliqué ».
De son côté, le parti Ettakatol (libéral, 0 députés), a relevé que la « Journée du 25 juillet a constitué un moment décisif qui a permis de stopper l'hémorragie de la démocratie avariée qui a dominé les appareils de l'Etat ».
Toutefois, Ettakatol a exhorté, dans un communiqué mercredi, le Président de la République à « dévoiler sa vision pour l'étape à venir, afin que la Tunisie puisse élaborer une feuille de route, aux contours clairs, qui aura pour mission d'unifier le peuple et d'éviter la vacance et le flou actuels ».
- Le Dialogue : unique solution
Mardi, le mouvement Ennahdha (53 sur 217 députés) a exprimé, dans un communiqué, sa « profonde préoccupation du mystère qui enveloppe l'avenir du pays, après la publication du décret présidentiel portant prolongation des mesures d’exception ».
Le mouvement d’obédience islamique a réitéré son appel lancé pour « la reprise du processus démocratique, en panne depuis le 25 juillet 2021, et pour adopter le dialogue en tant qu'unique voie pour résoudre les différents problèmes ».
Les décisions de Saïed sont intervenues à la suite de protestations qui ont émaillé plusieurs gouvernorats tunisiens, organisées à l'appel d'activistes et de militants réclamant la chute du système au pouvoir et accusant l'opposition d’échec, dans le cadre d'une série de crises politique, économique et sanitaire récurrentes.
*Traduit de l’arabe par Hatem Kattou