Lassaad Ben Ahmed
19 Février 2018•Mise à jour: 20 Février 2018
AA / Niamey / Kané Illa
La police judiciaire de Niamey a interpellé, lundi, le directeur général de la principale radio privée de Niamey «Anfani», son rédacteur en chef, ainsi qu’un conseiller du président de la République, ont rapporté les médias locaux.
«Notre directeur général Gremah Boukar et notre rédacteur en chef Moudi Moussa se trouvent depuis 9h (8h GMT) dans les locaux de la police judiciaire. Nous apprenons que le ministre-conseiller à la présidence de la République, M. Sanoussi Tambari Jackou, a aussi été interpellé», a rapporté la radio privée «Anfani».
Selon le même média, les trois personnes sont interpellées par rapport à une interview que M. Sanoussi Tambari Jackou a accordée, il y a quelques jours à «Anfani», dans laquelle il a tenu des propos qu’une bonne partie de l’opinion avait qualifiés de «propagande ethno-régionaliste».
Se disant avoir été agressé par les militants du «Front de l’opposition indépendante (FOI)», qui manifestaient le 4 février dernier à Niamey, le ministre-conseiller à la présidence avait accordé une interview à la radio «Anfani», dans laquelle il avait tenu des propos jugés «offensants» contre la deuxième plus grande ethnie du Niger, alors que lui est issu de la première.
A travers les médias traditionnels et les réseaux sociaux, une vive polémique se déclencha autour de cette interview. De nombreux citoyens ont exprimé leur regret et demandé que l’intéressé soit, non seulement, demis de ses fonctions de ministre-conseiller à la présidence de la République, mais aussi traduit devant la justice.
La polémique était telle, que lors du conseil des ministres du vendredi 16 février, le gouvernement s’était penché sur la question. Sur la base d’une communication faite par le ministre de l’Intérieur, le gouvernement a jugé que «ces propos haineux et ethnocentristes sont de nature à porter gravement atteinte à la paix, à la cohésion sociale et l’unité nationale».
C’est pourquoi, a précisé le communiqué du Conseil des ministres, «conscient du danger que représentent de tels propos, le président de la République, chef de l’Etat, garant de l’unité nationale, en vertu de l’article 46 de la Constitution, a donné des instructions fermes au gouvernement afin qu’à compter de ce jour, tout soit mis en œuvre pour que les auteurs, co-auteurs ou complices de tels agissements soient recherchés, identifiés, poursuivis et réprimés conformément à l’article 102 du Code Pénal…».
Pour rappel, la première ethnie au Niger s'appelle Hausa, établie principalement dans les régions de l'Est et du Sud, notamment Maradi, Zinder et Tahoua.
La deuxième s'appelle Zarma. Elle occupe la majeure partie de l'ouest du pays, notamment les régions de Niamey, Tillabéry et Dosso.