Fatma Bendhaou
27 Janvier 2021•Mise à jour: 27 Janvier 2021
AA - Kinshasa - Pascal Mulegwa
L’ancien président de la Commission électorale congolaise, Daniel Ngoy Mulunda, a été condamné, mardi dans la nuit, à trois ans de prison ferme pour incitation à la haine tribale par un tribunal dans le Sud-est de la République démocratique du Congo (RDC).
Le verdict condamnant le pasteur Mulunda à trois ans de prison ferme et au paiement d’une amende de 500 000 franc congolais ( 250 USD) pour « incitation à la haine tribale, propagation de faux bruits et atteinte à la sûreté intérieure de l’État », a été rendu en l’absence des avocats de l’accusé.
Daniel Ngoy Mulunda, devenu proche de l’ancien président Joseph Kabila dont il avait proclamé la réélection contestée en 2011, était assisté notamment de Me Jean Mbuyu, ancien conseiller en matière de sécurité de Joseph Kabila. Il a dénoncé, dans une déclaration à Anadolu, un jugement rendu « en catimini ».
Les avocats de Ngoy Mulunda se sont dits surpris car il leur a été demandé de passer mercredi 27 janvier, pour le prononcé du jugement. Jean Mbuyu et ses collègues ont indiqué avoir découvert ce jugement au greffe du tribunal de grande instance de Lubumbashi dans le Haut-Katanga. Les audiences de son procès ouvert devant le tribunal de grande instance de Lubumbashi, le 18 Janvier, se déroulaient dans l’enceinte de la prison de Kasapa. Ses avocats ont relevé des exceptions de procédure rejetées par les juges.
L’accusation reprochait à Ngoy Mulunda des propos tenus le 16 janvier devant des fidèles réunis dans la Cathédrale John-Wesley de la Nouvelle église méthodiste, à Lubumbashi, à l’occasion des 20 ans depuis l’assassinat de Laurent-Desire Kabila, troisième président congolais père de Joseph Kabila, le quatrième président.
« S’ils ne veulent pas que le Katanga se coupe, ils doivent respecter nos dirigeants, et plus particulièrement notre leader, le président honoraire et sénateur à vie, Joseph Kabila (...) Vous devez arrêter avec les humiliations, vous ouvrez les valises d’un ancien chef de l’État à l’aéroport et vous publiez sur les réseaux sociaux », avait-il déclaré.
Ces propos ont été considérés comme des conditions posées par le Pasteur au maintien de la richissime région minière du Katanga dans le giron de l'unité nationale congolaise.
L'Association congolaise pour l'accès à la justice (Acaj) s’était déclarée « vivement préoccupée par la violence » de son interpellation. l'ONG la Voix des Sans voix (VSV) avait pour sa part condamné les propos du pasteur « frisant des velléités sécessionnistes ».
Des mouvements et groupes armés sécessionnistes sévissent dans cette région depuis l’indépendance congolaise (1960).
Ngoy Mulunda est condamné sur fond de tensions politiques entre Joseph Kabila et son successeur, l'actuel président Félix Tshisekedi qui a fait basculer la majorité pro Kabila en sa faveur. Joseph Kabila se trouve lui-même à Lubumbashi, capitale de son fief du Katanga où il s'est replié mi-décembre après que Tshisekedi a annoncé la rupture de leur coalition au sommet de l'Etat à Kinshasa.
Pour avoir une Assemblée nationale et un gouvernement qui va appliquer ses décisions sans faille, Tshisekedi s’est tourné vers les opposants Jean - Pierre Bemba , Moïse Katumbi et les dissidents du camp Kabila.