Mohamed Hedi Abidellaoui
20 Mars 2017•Mise à jour: 20 Mars 2017
AA/ Kinshasa/ Joseph Tsongo
Meurtri par les guerres civils et les conflits armés, le Nord-Kivu semble avoir trouvé le chemin de la paix intérieure : la note, la mélodie et la nostalgie.
Le Nord-Kivu parle, ces derniers temps, folklore, revisite sa musique traditionnelle et ouvrent les portes du présent et de l’avenir sur d’autres possibles.
Les communautés locales tentent de promouvoir chacune sa coutume.
Pendant les cérémonies festives (mariage, naissance, baptême…) et même lors des deuils, l’on invite le plus souvent des groupes de musique traditionnelle pour agrémenter les activités.
La musique jouée dans cette région du pays privilégie désormais le retour à la pureté des origines. « Nos compositions s’inspirent du domaine public et des proverbes Africains, issus du code de la sagesse», explique Mbusa, membre d’un orchestre traditionnel. « Es’yo mbene s’yaghe ighaeeh, s’yama lenga ovulambo, shika rondaya’omwaliana… » (Mes chèvres traversent la colline pour chercher l’épouse), c’est la parole d’une chanson très appréciée dans la région, dit le même artiste.
Cette chanson a toute une symbolique. « Chez-nous, peuple Yira, la chèvre est un grand symbole. La coutume exige au d’offrir au moins 12 chèvres comme cadeau à la famille de sa fiancée. Nous chantons cela pour dissuader nos frères et sœurs d’abandonner cette tradition, en préférant de donner de l’argent pour la dote».
Les nouveaux clips de jeunes Yira sont très prisés sur le marché. Ces jeunes artistes chantent en leur langue vernaculaire, offrent de beaux spectacles de danse traditionnelle et montent sur scène vêtus de peaux de bêtes. « Nous voulons redorer le blason de notre folklore, restaurer nos valeurs culturelles, sans pour autant rejeter la musique congolaise moderne», s’enorgueillit Tito, un des encadreurs de ces jeunes artistes.
Son groupe est souvent convié, dit-il, aux cérémonies organisées dans la ville. « Cela nous réjouit et nous réconforte, dans la mesure où nous nous trouvons face à un public assoiffé d’art traditionnel. Nous en profitions pour inviter surtout les jeunes à revisiter leur patrimoine culturel pour un vrai ancrage identitaire », dit-il.
Le célèbre musicien Fabrice Mufiritsa de la communauté Hunde lui, a su enchanter et conquérir son public dans toute la province du Nord-Kivu et ailleurs. A travers ses compositions, il donne des conseils aux jeunes célibataires et mariés, en procurant des conseils pour une vie belle et paisible au sein du couple.
Dans un autre registre, il plaide pour la révolution et invite le peuple à s’armer de vigilance, ce qui accroît remarquablement sa popularité.
Chez les Hutus, communauté majoritaire dans l’est du pays, le genre musical traditionnel est appelé « Umudiho », en langue locale.
Pour la promotion et la conservation de sa légende, un leader de l’ethnie Hutue de Rutshuru a d’ailleurs crée une radio de diffusion qui porte le même nom « Umudiho-Fm ».
Selon le député national François Nzekuye Kaburabuza, une démarche visant à revivifier les valeurs culturelles de cette ethnie et à pacifier la région par un savant mariage entre le mot et la note, à l’évidence, salutaire.
Attachées à leur sol et à leurs origines, les populations du Nord-Kivu contribuent, elles aussi, à la promotion de leur folklore. Elles achètent souvent les disques et les nouvelles productions. « La musique traditionnelle se restaure peu à peu dans la partie Est de la RDC est à la fois instructive et éducative», apprécie un amateur, rencontré dans la ville.
Le retour à la musique traditionnelle enchante les Congolais qui en ont fait la belle expérience il ya des décennies.
Jannot Kambunda, père de famille, dit opter pour la beauté de la parole, la bienséance et la finesse de l’artiste et la profondeur de la note aux dépens « des vacarmes insignifiants des temps modernes », en RDC.
« Seul ce bel ensemble serait capable d’enjôler une machette impitoyable qui fauche des centaines, voire, des milliers de vies dans cette région embrasée, et en panne d’art et de culture », a-t-il opiné.