Lassaad Ben Ahmed
05 Juillet 2020•Mise à jour: 06 Juillet 2020
AA/ Kinshasa / Pascal Mulegwa
Le président congolais, Félix Tshisekedi, a déployé ce week-end, d’anciens chefs de milices dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) pour calmer les violences dans la province de l’Ituri (nord-est) où un groupe armé (Codeco) multiplie les attaques contre les civils.
La délégation est notamment composée d’anciens chefs miliciens dont Germain Katanga [ ancien commandant de la Force de résistance patriotique de l'Ituri (FRPI)] - qui a purgé depuis 4 ans sa peine de 12 ans de prison à la Cour pénale internationale (CPI) et Ngudjolo Chui, ancien commandant en chef du Front des nationalistes intégrationnistes (FNI) et ancien dirigeant de la FRPI.
La délégation, grâce à un ordre de mission délivré par le directeur de cabinet intérimaire du président Félix Tshisekedi, est arrivée à Bunia (chef-lieu de la province de l’Itiri) samedi, d’après un membre de cette délégation.
Ces anciens miliciens ont pour objectif de convaincre les combattants de la milice Codeco (Coopérative pour le développement du Congo) de déposer les armes, faciliter leur identification et accélérer le processus de leur éventuelle reddition afin de mettre fin aux hostilités, a indiqué à Anadolu, Claude Ibalanky, coordinateur du Mécanisme de suivi des accords (MSN), un service rattaché à la présidence congolaise.
La délégation devra non seulement se rendre dans le territoire de Djungu, bastion de la milice, mais aussi dans les territoires de Mahagi et d’Irumu, visées par des incursions rebelles depuis plusieurs mois.
La mission qui leur a été confiée vient en complément aux opérations militaires, en cours, contre ce groupe armé, dont la structure organisationnelle et les revendications ne sont pas connues.
Née dans la foulée des tensions inter-communautaires en Ituri, en 2017, la milice Codeco, est accusée d’une salve de massacres. Ses victimes se comptent par centaines selon l’ONU et des milliers, selon la société civile congolaise.
Les violences ont provoqué le déplacement de 300 000 personnes d'après l'agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
Les victimes sont majoritairement des membres de la communauté Hema (éleveurs et commerçants), selon un rapport de l'ONU publié en janvier dernier.
Dans ce document, l’ONU affirme que ces civils semblent avoir été visés en raison de leur appartenance à la communauté Hema (au moins 402 membres de cette communauté ont été tués entre décembre 2017 et septembre 2019).
L'un des enjeux majeurs du conflit en Ituri est le contrôle des terres par les Lendu, majoritairement agriculteurs, selon l’ONU.
Outre les Hema, les violences ont affecté les membres des communautés Alur, Mambisa, Nyali et Ndo-Okebo, a affirmé en mai dernier le bureau conjoint de l’ONU aux droits de l’homme (BCNDUH).
Le bureau précise que ces attaques contre les civils se sont intensifiées à partir du mois de mars 2020, notamment autour des sites miniers artisanaux, et se sont étendues aux territoires de Mahagi et d’Irumu, toujours en Ituri.