Lassaad Ben Ahmed
14 Janvier 2018•Mise à jour: 14 Janvier 2018
AA / Alger / Karim Kabir
Le Mali, confrontée depuis 2013 à des troubles dans sa partie Nord et où un accord de paix avec des groupes armés peine à être mis en pratique, entend s’inspirer de l’expérience algérienne pour restaurer la paix, a laissé entendre dimanche à Alger, le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Tieman Hubert Coulibaly qui accompagnait le Premier ministre, Soumeylou Boubèye Maïga.
«C'est une nécessité pour que nous ayons une charte sur l'entente nationale. Bien entendu, l'Algérie a annoncé qu'elle était disposée et disponible à participer à tout travail de conception et de réflexion pouvant aider le Mali, très rapidement, à concrétiser cette volonté présidentielle en vue d'élaborer une loi d'entente nationale», a déclaré Tieman Hubert Coulibaly au terme de son entretien avec le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel.
«Le président malien avait cité le cas de l'Algérie en matière de réconciliation nationale, notamment la loi sur la concorde civile et tout le processus qui a été conduit en Algérie, présentée aujourd'hui comme l'un des pays les plus sûrs du monde», a-t-il ajouté, selon des propos repris par l’agence officielle, APS.
Confrontée au terrorisme dans les années 90, l’Algérie, après une guerre sans merci contre le terrorisme qui avait fait des milliers de morts, a engagé des processus politiques, dont notamment la «charte pour la paix et la réconciliation nationale», qui a permis de restaurer dans une large mesure la paix et d’isoler les terroristes réfractaires.
Cette charte accorde le pardon et l’extinction des poursuites à l’encontre des terroristes qui renoncent à leurs activités et qui rendent les armes, à l’exception des auteurs de viols et de massacres collectifs.
Au Mali, le gouvernement central, confronté à une rébellion au nord et à des groupes djihadistes, peine à instaurer la paix malgré un accord signé en 2015, sous le parrainage de l’Algérie, entre plusieurs groupes rebelles et des représentants du Gouvernement.
A ce jour, il peine à être mis en pratique.
«La rencontre que j'ai eue avec mon homologue algérien a été une occasion de constater la confirmation de la disponibilité de l'Algérie à rester au côté du Mali pour que nous puissions avancer sur la voix de la stabilisation du pays», a déclaré le premier ministre Soumeylou Bebeye Maïga à l'occasion d’un point de presse tenu conjointement avec le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, samedi en soirée.
Rappelant que l'accord de paix et de réconciliation au Mali est issu du processus d'Alger, M. Maïga a souligné que l'Algérie «joue un rôle important et majeur dans ce qui concerne la paix, la stabilité et la sécurité au Mali et dans la sous-région», selon des propos repris par les médias publics.
Il a exprimé le souhait des autorités maliennes de pouvoir «réaliser des avancées significatives» et parvenir à la «stabilisation» de l’ensemble de son territoire.
D’après la même source, M. Maïga a également relevé que son pays tente de s'inspirer de l'expérience algérienne en matière de réconciliation nationale, estimant que cette expérience «constitue un bon cas d’école en la matière».
Pour sa part, le premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia a déclaré : «nous avons réitéré à nos frères maliens la solidarité de l'Algérie quant à leurs préoccupations en termes de restauration de la sécurité et de préserver de la souveraineté nationale et de l'intégrité territoriale».
«L’Algérie encourage les mouvements maliens à davantage de pas et à un plus grand rapprochement avec les autorités maliennes en faveur de la paix et de la réconciliation nationale», a-t-il affirmé.
«C'est un honneur à l'Algérie d'avoir accompagné les frères maliens dans leur dialogue et d'avoir contribué au rapprochement des points de vue, ce qui a abouti à la signature de l'accord de paix et de réconciliation au Mali», a-t-il ajouté.
Considérant que le dialogue était toujours en cours, Ahmed Ouyahia a rappelé que l'Algérie «a aidé le Mali dans plusieurs domaines à l'instar du renforcement de ses capacités militaires pour préserver sa sécurité, la formation de ses cadres dans différents domaines et le partage de son expérience en matière de réconciliation nationale».
Outre la coopération économique bilatérale, la situation sécuritaire dans la sous-région, notamment la lutte contre le terrorisme, la criminalité et la migration clandestine ont été au centre des discussions entre la délégation conduite par le PM malien et les responsables algériens.
La visite du premier ministre malien Soumeylou Boubèye Maiga intervient dans un contexte de mise en place de la force G5 Sahel qui regroupe outre le Mali, le Niger, la Mauritanie, le Tchad et le Burkina-Faso.
Mais qui exclut l’Algérie.
En visite en décembre en Algérie, le président français, Emanuel Macron avait exprimé son souhait que l’Algérie, puissance régionale, coopère dans la lutte contre le terrorisme au Sahel.
Mais pour des raisons dogmatiques, attachées au principe de non-ingérence, l’Algérie refuse d’intervenir en dehors de ses frontières.