Esma Ben Said
12 Janvier 2018•Mise à jour: 12 Janvier 2018
AA/Tunis/Bouazza Ben Bouazza
Les autorités tunisiennes ont annoncé vendredi l’arrestation de 773 personnes impliquées dans des actes de vandalisme, de pillage et vols depuis le déclenchement des manifestations lundi dernier contre la hausse des prix, dont 16 takfiristes.
Selon le porte-parole du ministère de l’intérieur Khalifa Chibani, 151 suspects ont été interpellés jeudi. « Aucun acte de sabotage n’a été enregistré la nuit dernière, un indice qui préfigure d’un retour à la normale », selon lui.
Il a noté que l’âge de plus d’un tiers des interpellés (31,5%) varie entre 15 et 20 ans et plus de 50% d’entre eux ont entre 20 et 30 ans. Seulement 1% sont âgés de plus de 40 ans.
Parmi les individus interpellés dans plusieurs régions du pays, il a dénombré 16 takfiristes (extrémistes religieux) présumés impliqués dans des actes de vandalisme et dans l’incitation aux troubles. Deux d’entre eux fichés « dangereux » ont été placés en détention après consultations du parquet, a-t-il déclaré à la radio ShemsFM.
Selon le porte-parole, « ils sont impliqués, preuves à l’appui, dans le saccage à Nefza, une localité du sud tunisien, d’un poste de police, d’une municipalité et d’une recette des finances.
« Ces actes n’ont aucun rapport avec les manifestations pacifiques. Ils sont planifiés, pas spontanés et ne profitent qu’au terrorisme et à la contrebande. Nous avons des informations sûres que des groupes terroristes tentaient de profiter de la situation pour introduire des armes », a-t-il encore dit.
Dans un nouveau bilan, il a fait état de 97 agents de sécurité blessés et de 88 véhicules de police endommagés. En outre, deux postes de police ont été incendiés et huit autres saccagés. Les autorités ont saisi 47 cocktails Molotov et des plaques de cannabis.
D’un autre côté, une polémique a surgi après l’interpellation dans certaines régions de plusieurs militants du Front populaire (FP), un parti d’opposition, qui a été accusé nommément mercredi dernier par le premier ministre Youssef Chahed, d’être derrière les troubles que le pays a vécu ces derniers jours.
A Gafsa, une région minière du centre-ouest, trois responsables locaux de cette coalition de formations de gauche ont été arrêtés, a annoncé son coordinateur régional Zahreddine Zammel.
Selon le porte-parole du tribunal de Gafsa, Ali Barhoumi, ils sont accusés de participation à l’incendie de deux postes de police et d’une recette des finances à El Gtar, une localité de la région, sur la base d’aveux de suspects qui les incriminent. Il a mentionné la saisie sur eux de produits volés de la recette des finances (tabac).
Réagissant à ces interpellations, le Front populaire a exigé « la libération immédiate » de ses militants et l’arrêt des poursuites engagées à leur encontre.
Dans un communiqué publié jeudi, le FP a appelé à « mettre fin à l’exploitation de la sécurité et de la justice dans des règlements de compte politiques ». Il a dénoncé « une tentative vaine et basse qui rappelle les pratiques de l’ancien régime dictatorial et d’induire l’opinion publique dans l’erreur ».
Selon lui, « cette escalade du gouvernement vise à dénigrer le Front populaire et à porter atteinte aux manifestations populaires contre la hausse des prix et la politique de paupérisation des classes démunies ».
Le FP a appelé à une mobilisation générale le 14 janvier, date anniversaire du soulèvement qui a renversé l’ancien régime, qu’il a placée sous le thème « la Tunisie recouvre sa révolution ».