AA/Dakar (Sénégal)/ Yazid Bamse
Au Sénégal, la Tabaski approche à grand pas mais rares sont ceux qui ont déjà acquis leur mouton. En cause, des prix qui ont quasiment doublés par rapport à l'année précédente.
Dans la capitale, on attend donc le mouton "de la dernière minute", celui dont le prix n'apportera pas un coup de grâce aux porte-monnaies qui craignent déjà la rentrée scolaire, synonyme d'autres dépenses.
«C’est juste incroyable, avec mes 100 000 francs cfa (200 usd), je n’arrive pas à avoir un mouton », râle Malick, dépité.
Le fonctionnaire qui a pris un jour de congé pour trouver son mouton vient de négocier pendant de longues minutes une bête que le propriétaire n’est pas prêt de céder à moins de 160 000 f (310 usd).
«C’est un mouton d’élevage, bien entretenu, son prix est raisonnable », avance le propriétaire, Pape Diouf. C’est vrai que l’année dernière, j’aurais pu vendre le même mouton à 75 000f (145 usd), mais cette année les moutons sont rares et moi je les ai achetés à l’intérieur du pays presque deux fois plus cher que l’année dernière », se justifie-t-il.
Dans la capitale, les stands alloués à la vente de moutons sont à chaque coin de rue. Mais les acheteurs se font rares.
«Les gens viennent demander les prix et repartent sans acheter, tout le monde attend le dernier moment pour acheter son mouton espérant que les prix auront baissé », confie Modou qui a une dizaine de moutons à écouler avant la grande fête.
Pour celui qui s’active dans les «opérations Tabaski» depuis 5 ans, la stratégie du dernier moment est risquée cette année.
«Parce qu’il n’y pas beaucoup de moutons et les prix vont plus augmenter que baisser ». Pour preuve, Modou fait remarquer que la ministre de l’élevage, Aminata Mbengue Ndiaye s’est déplacé elle-même en hélicoptère à Tamba (400km de Dakar) près de la frontière du Mali pour trouver des moutons. «C’est la première fois qu’on voit un ministre de l’élevage faire cela, ça veut dire qu’il y a une crise qu’on ne dit pas », interprète le vendeur.
Pourtant, la ministre s’est montrée rassurante il y a une semaine au sortir d’un conseil interministériel affirmant que « le marché pour la tabaski sera suffisamment approvisionné ».
Pour autant, les Dakarois tardent à trouver leur mouton surtout avec les prix affichés. Dans son stand, Pape Diouf a 40 moutons en stock. Leurs prix varient entre 90 000f cfa (175usd) et 550 000f cfa (1000 usd).
Malgré le fait qu'il n'ait vendu que cinq bêtes depuis trois semaines, il pense pouvoir écouler toute sa marchandise avant la fête. «Les gens ne viennent pas pour l’instant parce qu’à Dakar la plupart des gens vivent en appartement et n’ont pas d’endroit pour garder un mouton. Ils attendent donc la veille pour acheter », explique Diouf.
Pour son collègue, Sène, les «acheteurs attendent de percevoir leur salaire dans la première semaine d’octobre pour pourvoir acheter leur mouton». Mais à quel prix ? Madame Faye, infirmière, n’entend pas payer «plus de 80 000 fcfa (155 Usd)» son mouton.
«Après la Tabaski, il y a l’ouverture des classes, l’inscription et la fourniture pour mes quatre enfants, je pense que je ne survivrai pas à cela », dit-elle en plaisantant.
De son côté, pour amoindrir les frais, Mbaye Fall, colonel à la retraite, veut partir chercher son mouton et celui de sa fille « à plus 150 km de Dakar dans les villages ».
A moins d’une semaine de la fête, beaucoup de Dakarois craignent de se retrouver les poches vides, après la célébration. «Toutes mes économies vont y passer, c’est sûr, affirme Malang, garagiste. Entre les habits et le mouton. Je vais me retrouver à sec dès le lendemain de la Tabaski.»
Dans son sermon du vendredi, l’imam Ndiaye de la mosquée du quartier Ouest Foire (Ouest de Dakar) a rappelé à «ceux qui n’avaient pas les moyens d’acheter un mouton de ne pas s’endetter pour le faire, et qu’un seul mouton suffisait pour toute une famille». Sera-t-il écouté ?