AA/ Burundi/ Nzosaba Jean Bosco
Longtemps parent pauvre du budget de l’Etat, l'agriculture burundaise, qui fait vivre plus de 95% d'une population de près de 10 millions d'habitants, bénéficie aujourd'hui d’un soutien accru des pouvoirs publics pour éloigner contre le spectre de la famine.
Le Conseil des ministres a approuvé récemment un projet de loi portant la part réservée à la promotion du secteur agricole à 11.3% du budget de l’Etat, alors que cette part ne dépassait guère les de 2% en 2004, dans un pays comptant jusqu'à 75,3% de terres agricoles, selon les données de la Banque Mondiale (BM).
Une progression notable pour ce secteur longtemps délaissé par les pouvoirs publics qui contribue à 90% au produit intérieur brut (PIB) et à près de 90% aux recettes d’exportation.
Pour requinquer véritablement ce secteur, le gouvernement a fini par organiser, en juin 2014, et pour la première fois, des états généraux sur l’agriculture sous le thème: «Accélérer la productivité du secteur agricole et de l’élevage au Burundi».
Selon Odette Kayitesi, ministre burundaise de l’Agriculture et de l’Elevage, l’Etat doit mettre encore plus de moyens au service de l’agriculture afin de mettre fin à une famine devenue chronique. «Nous n’avons pas le droit de reculer», avait-t-elle confié à Anadolu, à l’occasion de l’ouverture desdits états généraux.
L’idée de booster le secteur agricole a fait suite à plus d’une décennie de guerre civile qui a eu des effets néfastes sur le secteur.
«Avant l’éclatement de la guerre civile de 1993, l'autosuffisance alimentaire était garantie et le gouvernement ne ressentait pas la nécessité de mettre le paquet sur ce secteur», analyse Isidore Niyonkuru, expert en économie du développement.
Pendant la longue période de crise sociopolitique (1993 – 2003), l’économie nationale était anémiée et la population rurale dispersée. L'agriculture a par conséquent été totalement oubliée.
La négligence dont a souffert le secteur agricole des années durant a conduit à des famines et des disettes quasi-chroniques qui ont frappé plusieurs régions du pays, en particulier la province du Kirundo (Nord), causé de nombreux morts et poussé les populations à l’exode vers les pays limitrophes (Rwanda, Tanzanie).
Face à cette situation précaire, le gouvernement a, dès l’année 2006, pris la décision d’injecter dans ce secteur vital des fonds IPPTE (Initiative pays pauvres très endettés), issus de la remise des dettes du Burundi par les bailleurs de fonds.
«C’était aussi une condition des bailleurs de fonds qui voulaient que la remise de dette soit profitable à la population», rappelle André Ndayongeje, économiste, dans une déclaration à Anadolu.
Une partie de ces fonds a été effectivement injectée dans le secteur agricole. Alors que le reste a été affecté aux diverses infrastructures socioéconomiques (écoles, routes, hôpitaux). Mais c'était loin d'être suffisant.
Cet accroissement progressif du budget public affecté au secteur agricole est aussi consécutif aux efforts conjugués des organisations de la société civile qui, depuis déjà cinq ans, militent sans répit en sa faveur. En octobre 2010, ces organisations ont organisé une grande manifestation devant l'Assemblée nationale pour réclamer l’augmentation du budget alloué à ce secteur.
« C’était une première au Burundi et nous l’avions décidé pour interpeller les institutions nouvellement élues, en vue de prioriser ce secteur au lendemain de la guerre civile », se rappelle Barnabas Niyukurui, producteur associé dans la plaine de l’Imbo (banlieue de Bujumbura), dans une déclaration à Anadolu.
En juin 2004, les Etats membres de l’Union africaine se sont engagés, à travers la Déclaration de Maputo, au Mozambique, à porter à 10% du budget national la part allouée à l’agriculture.
Hormis les produits de rente comme le café, le thé, l’agriculture burundaise est essentiellement une agriculture de subsistance. Les paysans produisent maïs, riz, manioc, bananes etc pour leur survie, sans y parvenir, réellement. Pour satisfaire ses besoins immédiats, faire soigner son enfant ou payer ses frais scolaires en l’occurrence, le petit paysan est souvent obligé de recourir à la vente de sa récolte, sur le marché local pour une consommation immédiate et tout aussi locale.