AA/Goma/ Beni/ Fiston Mahamba Larousse/ Al-Hadji Kudra Maliro
A 38 ans, faute d'en avoir fait un business florissant, la vente de Mbinzos est pour Kabongo Mukenge un moyen de subsistance. Dépourvu de tout, sinon d'un certificat en primaire, le commerce de ces chenilles dans le marché central de Beni, dans l'Est de la RD Congo, lui permet, peu à peu, de prétendre à une vie correcte.
"J'étais parti à la base d'un petit capital de 200 USD, je gagne environ 20 USD par jour, en vendant 10 kilogrammes des Mbinzos. Ce métier m’a beaucoup aidé, c'est ainsi que j'ai pu nourrir ma famille, scolariser mes enfants, et même acheter une petite parcelle de terrain", dit-il à Anadolu.
Kabongo est originaire de la Province du Kasaï Oriental où ces Mbinzos sont particulièrement appréciés, tout comme au Katanga (Sud-Est) à Bandundu (Est) ou même à Kinshasa (Est).
"C'est un plat d'honneur qu'on fait à un visiteur très respectueux. Chez nous, les Balubas [populations majoritaires aux deux Kasaï, au centre de la RDC] passer longtemps sans manger les Mbinzos, c’est comme commettre un sacrilège !"
"Nous mangeons les chenilles au moins une fois par semaine" affirme, pour sa part, à Anadolu, Nabila Bogadi, une trentenaire rencontrée au marché central de Beni.
"Préparer les Mbinzos, il faut beaucoup de patience, car la préparation peut durer jusqu’à deux heures. On les met dans de l’eau pendant une heure. Après, on commence à les éplucher puis à les huiler. On les mange souvent avec des bananes, des foufous, du riz ou du manioc" déclare à Anadolu Nabila.
Cet attrait culinaire pour les chenilles, ou d'autres insectes, a donné l'idée aux autorités congolaises ainsi qu'au Fonds Mondial pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO) de lancer un vaste programme pour lutter contre l’insécurité alimentaire en RDC à travers le développement de l’entomoculture.
« Plus de 5 millions des habitants de la RDC (sur un total de 68 millions) vivent avec un état alimentaire dérisoire et sont rarement pris en charge pour combler ce besoin très vital. Egalement 70% de cette population sont consommateurs d’insectes, pourtant ces animaux apportent 55% de protéines à leurs consommateurs. Voilà pourquoi il fallait développer un projet qui permettrait à ces personnes de se prendre en charge pour une autosuffisance alimentaire mais aussi leur permettre d’élever leurs revenus par la commercialisation des insectes issus de leur élevage » a expliqué Laurent Kikeba, représentant de la FAO en RDC.
Ce projet d’élevage d'insectes à grande échelle sera lancé au mois d’octobre 2015, a fait savoir à la presse, le ministère de l’agriculture et développement rural lors de la présentation de ce projet au mois de juillet à Kinshasa. 247 000 USD, en grande partie financée par la FAO. Il sera exécuté en phase expérimentale dans les provinces de Kinshasa et du Bandundu ont précisé les mêmes sources.
« Le projet va consister à former plus de 200 agriculteurs à l’élevage des insectes, ensuite ces agriculteurs seront déployés dans les villages en vue de former en leur tour leurs paires» a indiqué Laurent Kikeba, représentant de la FAO en RDC, qui a ajouté que ce projet sera une première expérience de ce genre dans le monde.
Selon un officiel de cet agence du système des Nations Unies, les questions environnementale et de recherche figurent parmi les multiples raisons ayant motivé les initiateurs de cet innovation à se lancer dans cette première expérience.
« Plusieurs paysans s’en donnent à l’élevage de bovins alors que ce dernier produit à un rythme parfois étendu sur les années ou des mois. Aussi, cet élevage contribue à la pollution de l’atmosphère. Par contre l’élevage des insectes produit au fil des jours et ne pollue pas l’environnement. »
Quatre principales espèces d’insectes seront concernées par ce projet expérimental à savoir la chenille, le criquet, la sauterelle et le grillon. Ces insectes sont les plus intégrés dans l’alimentation de populations locales. Mais ces derniers n’ont jamais été apprivoisés dans les villages ou sont saisonniers. C’est pour cette raison que des scientifiques ont été associés au projet pour apporter leur savoir faire en vue de passer de la méthode de domestication des insectes dans des laboratoires pour celle d’habituation et intégration de ces invertébrés dans de grandes exploitations agricoles.
Dans un entretien avec Anadolu, Riziki Kivambi, coordonnatrice de l’organisation non gouvernementale "Femme Citoyenne Engagée", basée à Beni, estime que cette innovation doit se faire accompagner de l’approche genre. Elle craint que les produits de ce projet ne bénéficient qu’aux hommes seuls dans plusieurs villages. En effet, la culture locale dans certaines localités Congolaises continue jusqu’à nos jours à interdire aux femmes la consommation de certaines denrées alimentaires notamment les insectes.
« Sans aucun fondement, les us et coutumes dans certains milieux sociaux interdisent aux femmes de manger certains aliments. Les insectes, principale espèce mise au centre de ce projet pilote est sur la liste de ces aliments interdits à la femme. D’où notre appel aux initiateurs de ce projet d’inclure un volé sur la sensibilisation des hommes à bannir ces mauvaises pratiques qui continuent à faire porter à la femme le lourd fardeaude la discrimination» a conclu Kivambi.