AA/ Kigali/ Henri Demarie
Le nombre des femmes chefs d'entreprises croît de plus en plus au Rwanda. Un domaine, dominé par les hommes partout ailleurs, notamment en Afrique, mais que les Rwandaises n'hésitent plus à prendre d'assaut. Parmi leurs premières motivations, l'autonomisation.
Les femmes chefs d'entreprises sont de plus en plus actives dans divers secteurs d'activités et s'affirment comme de meilleures responsables d'entreprises au Rwanda ces dernières années. En 2005, la fédération du secteur privé a même dédié exclusivement une chambre aux femmes entrepreneuses.
Un organe qui compte à ce jour environ 1700 femmes d'affaires du pays des Mille collines, représentant ainsi, selon Donatien Mungwarreba, secrétaire de la fédération du secteur privé joint par Anadolu, plus de 30% de l'ensemble des Rwandais (hommes et femmes confondus) qui travaillent dans les affaires, et que réunit la fédération du secteur privé.
Cette chambre a pour principale mission de rehausser le niveau de l'entreprenariat chez la population féminine. Et pour la prospérité des affaires des femmes, une politique adéquate est mise en place.
"Sur le terrain on rencontre les femmes, on analyse leur business, les progrès qu'elles réalisent. On leur donne le témoignage des autres femmes qui ont réussi. On voit un peu où se situe la faiblesse dans la gestion de leur business. On les accompagne dans leur business. On essaie de faire pour le mieux pour qu'elles avancent et surtout qu'elles ne soient pas découragées par des incidents de parcours comme dans tout autre métier." a déclaré à Anadolu Thérèse Bibonobono, porte-parole de la Chambre des femmes entrepreneuses du Rwanda.
A l'appui de cette orientation, toute une culture. Au Rwanda, la femme occupe en effet une place unique au monde puisqu’elle est parvenue, en une décennie, à s’imposer comme un fer de lance de la politique, un facteur de développement économique et un moteur social.
Aujourd'hui, sur les 80 députés que compte le parlement, 51 sont des femmes soit environ 64 % des élus. Une avancée unique au monde, puisque ce chiffre dépasse largement les attentes des Nations-Unies qui recommande de fixer au minimum à 30% la présence des femmes aux assemblées parlementaires.
Plusieurs partenaires oeuvrant pour le développement et l’amélioration des conditions de vie des femmes interviennent dans le secteur de l’entreprenariat au Rwanda. C’est le cas de Care International Rwanda. Cette organisation non gouvernementale opère dans 24 districts, et notamment dans les zones rurales où elle organise des formations gratuites, en partenariat avec la Chambre des femmes entrepreneuses du Rwanda.
Elle a, ainsi, réussi à susciter chez 80% des femmes d'affaires rwandaises l’esprit d’entreprenariat, selon la chambre des femmes entrepreneuses.
“J’avais beaucoup de mal autrefois à m’en sortir car je n'avais pas les moyens et avec 6 enfants à charge, un mari invalide, ce n'était pas du tout évident. J’ai failli tout abandonner mais grâce surtout à ce programme, j’ai investi peu à peu dans la vente du sorgho. Aujourd’hui ma situation est bien meilleure et je suis très contente.” a affirmé à Anadolu Cécile Mukeshimana, une femme d'affaire dans l'agro-business dans le district de Nyagataré à l'Est du Rwanda
“J’encourage les autres femmes à travailler sur l'import-export parce que c’est un bon travail. Autrefois, on ne trouvait que des hommes dans cette activité. Ce travail vous ouvre sur le monde et mon entreprise se porte bien, Il n’y a pas de problème.” a martelé pour sa part Vestine Uwamaliya, une chef d'entreprise à Kigali opérant dans l'export-export, dans une déclaration à Anadolu.
Les Rwandaises sont donc de plus en plus décidées à jouer un rôle important dans le développement du Rwanda grâce à l'entreprenariat. Si la part du secteur privé dans l'économie du pays est estimée à hauteur de 30%, selon l'Agence rwandaise de développement contactée par Anadolu, aucun chiffre n'est encore disponible sur la part de contribution des femmes d'affaires à l'économie du pays, une activité qui reste, par ailleurs, semée de quelques embûches.
"Il y a surtout le problème d'accès au crédit, renseigne, dans une déclaration à Anadolu, Elie Ngabonziza, professeur d'économie à l'Université Libre de Kigali, les banques sont encore réticentes pour octroyer des sommes importantes non seulement aux entrepreneurs mais plus encore aux femmes. Il ne faut pas non plus oublier les pesanteurs sociales. Malgré l'amélioration des conditions de vies des femmes, il y a encore des hommes ou maris qui s'opposent aux voyages d'affaires de leurs femmes dans d'autres pays étrangers."
D'après les autorités rwandaises, la création de 200.000 emplois annuels surtout pour les femmes et les jeunes est prévue dans la politique de ce pays qui vise l'émergence à l'horizon 2020. Et pour ce faire, le Rwanda compte sur le dynamisme du secteur privé notamment l'entreprenariat chez la population féminine.