AA/ Bujumbura/ Jean Bosco Nzosaba
Pour contourner le fatidique barrage de la dot, de plus en plus de filles, qui prennent de l’âge, s’arrangent avec les garçons pour fonder leurs foyers quasiment en catimini, transgressant ainsi les traditions. Devant le fait accompli, les parents reconnaissent l’union et se contentent d’une ultérieure dote symbolique à la portée des mariés.
«Je me suis laissée prendre en mariage sans aviser mes parents car je savais bien qu’ils n’auraient jamais accepté que je parte sans dot préalable. L’important est que je vive avec celui que j’aime et qui m’aime, même s’il n’a pas assez d’argent », a déclaré, à Anadolu, Aline Karikurubu, de la commune Bisoro, province Mwaro (centre du Burundi). Elle vit depuis peu avec Anselme Bihizi, son mari.
Malgré tout, Aline a simulé un enlèvement pour ne pas être coupable aux yeux des parents. Mais, en vérité, elle s’est laissée entrainer, comme par surprise après une soirée de fête sociale dans le voisinage. Leurs parents respectifs ont compris qu’il s’agissait d’un mariage bien arrangé.
Au Burundi, de tels cas d’union maritale surprise sont légion, en particulier pendant la saison sèche généralement riche en occasions de fêtes familiales. Les vieux garçons qui, depuis longtemps, butent sur l’impératif de dot, s’arrangent avec d’autres filles également âgées pour convoler en solo et en justes noces.
Une dot devenue de plus en plus prohibitive
Désargentés, les garçons deviennent de moins en moins capables de payer la dot dont la valeur oscille aujourd’hui autour de 500.000 francs burundais (300 $), soit le prix estimatif d’une vache, autre dot valable en nature. « Les parents ne devraient pas s’en étonner outre mesure car pour faire comme les autres, certains n’hésitent pas de demander, en guise de dot, une vache ou un montant équivalant alors que le garçon n’a généralement pas beaucoup de ressources», déclare Emile Niyuhire, un des célibataires endurcis de la commune Mpanda, province de Bubanza (ouest de Bujumbura).
Mais certains parents ne sont pas contents de cette attitude de leurs enfants. Ils estiment que pour défendre l’honneur de la famille, la fille doit être donnée en échange d’une dot substantielle. « Le mariage est un symbole d’alliance entre deux familles et il est précédé par tout un rituel que nous devons respecter, notamment la dot, qui doit être donnée dans un cadre convivial avec des discours appropriés ; dans tous les cas, c’est insensé de se marier à la dérobée », indique une sexagénaire de la colline Kibimba, commune Gisozi.
Depuis quelques temps, la multiplication de cas de mariages discrètement arrangés entre garçons et filles a relancé le débat sur l’utilité de la dot.
« Dès lors que la dot devient, par son exorbité, un handicap au mariage, les parents devraient la réduire à sa simple expression pour n’en faire qu’un symbole de gratitude vis-à-vis de la famille de la jeune fille qui a bien élevé leur enfant jusqu’au stade du mariage, c’est d’ailleurs le sens originel de la dot », explique André Miburo, notable traditionnellement investi de la colline Ngara(Centre-Ouest).
Aujourd’hui, plus la dot est consistante, plus le gendre est respecté. « C’est d’autant plus vrai qu’un homme qui prend une femme sans aucune contrepartie en guise de dot ne prétend à aucune considération du côté de la belle famille, même en cas de fête familiale, sa place est loin derrière alors que celui qui a bien doté sa femme occupe le devant de la scène », fait remarquer à Anadolu Arthémon Mundanikure, sociologue.