Malek Jomni
09 Novembre 2022•Mise à jour: 09 Novembre 2022
AA / Tunis / Malèk Jomni
"Nous devons avoir une tolérance zéro pour l’écoblanchiment (de zéro émission nette)", a déclaré le Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, lors de la présentation du rapport à la Conférence des Nations Unies sur le climat, la COP27, à Charm El-Cheikh, en Égypte.
"Le premier rapport du groupe d'experts publié mardi, sur la question est un guide pratique pour garantir des engagements de 'zéro émission nette' crédibles et responsables et pour dénoncer l'écoblanchiment (greenwashing). Il est le résultat d'un travail et de consultations intenses de sept mois, qui reflète les meilleurs conseils des 17 experts sélectionnés par le chef de l'ONU", a-t-il ajouté, selon le site d'informations de l'ONU.
Il convient de rappeler que l'année dernière, lors de la COP26 à Glasgow, Guterres avait annoncé qu'il nommerait un groupe d'experts pour remédier à un excès de confusion et un déficit de crédibilité, concernant les objectifs de "zéro émission nette" des entités non étatiques.
Le chef de l'ONU a, en effet, dénoncé le nombre croissant de gouvernements et d'acteurs non étatiques qui s'engagent à être sans carbone, alors que la réalité de nombreux engagements de "zéro émission nette" laisse à désirer.
Selon les experts, les acteurs ne peuvent prétendre être "zéro émission nette" tout en continuant à construire ou à investir dans de nouveaux approvisionnements en combustibles fossiles ou dans des activités destructrices pour l'environnement. Ils ne peuvent pas non plus participer ou faire participer leurs partenaires à des activités de lobbying contre le changement climatique ou simplement présenter une partie des actifs de leur entreprise tout en cachant le reste.
- Les fausses promesses, une supercherie
Selon le rapport qui apporte des éclaircissements dans quatre domaines clés : l'intégrité environnementale, la crédibilité, la responsabilité et le rôle des gouvernements, les promesses "zéro émission nette" doivent être conformes aux scénarios du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) des Nations Unies limitant le réchauffement à 1,5 degré Celsius.
"Cela signifie que les émissions mondiales doivent diminuer d'au moins 45 % d'ici 2030 et atteindre 'zéro émission nette' d'ici 2050. Les engagements devraient avoir des objectifs intermédiaires tous les cinq ans à partir de 2025", a expliqué le Secrétaire général.
Les objectifs doivent également couvrir toutes les émissions de gaz à effet de serre et tous leurs périmètres. Pour les institutions financières, cela signifie toutes leurs activités financières, et pour les entreprises et les villes, cela signifie toutes les émissions - directes, indirectes et celles provenant des chaînes d'approvisionnement.
"Il est répréhensible d'utiliser de fausses promesses de 'zéro émission nette' pour dissimuler l'expansion massive des combustibles fossiles. C'est une supercherie. Cette dissimulation toxique pourrait pousser notre monde au bord du précipice climatique. L'imposture doit cesser", a dit Guterres.
"J'exhorte tous les chefs de gouvernement à fournir aux entités non étatiques des conditions équitables pour passer à un avenir juste et "zéro émission nette". Résoudre la crise climatique nécessite un leadership politique fort", a-t-il souligné, réitérant que les pays développés doivent également accélérer leur décarbonisation et montrer l'exemple.
L'ancienne ministre canadienne, Catherine Mckenna, présidente du groupe d'experts de haut niveau a déclaré qu' "en ce moment, la planète ne peut pas se permettre des retards, des excuses ou davantage d’écoblanchiment (greenwashing)", ajoutant qu'à une époque aussi cruciale, faire des promesses "zéro émission nette" consiste à réduire les émissions, pas à se défausser.
Le rapport intervient dans une année au cours de laquelle le monde a été en proie à une crise énergétique déclenchée par l'invasion de l'Ukraine par la Russie, ainsi qu'à des impacts climatiques comme les inondations sans précédent au Pakistan et la sécheresse aux États-Unis.
Actuellement, plus de 80% des émissions mondiales sont couvertes par des promesses "zéro émission nette", d'après la même source.