AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Les ministres du Commerce du G7 ont placé, ce mercredi à Paris, la sécurisation des terres rares et des minerais critiques au cœur de leurs discussions, sous présidence française, dans un contexte de tensions commerciales et géopolitiques accrues.
À l’ouverture de la réunion, le ministre délégué français chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, Nicolas Forissier, a appelé les pays du G7 à ne pas être « otages de certains pays qui dominent très largement le marché », évoquant l’extraction, le raffinage et la commercialisation de ces ressources stratégiques.
Les terres rares et minerais critiques sont indispensables à de nombreuses filières industrielles, notamment l’automobile, l’aéronautique, les batteries, les composants électroniques, les équipements médicaux et les énergies renouvelables.
Nicolas Forissier a plaidé pour la mise en place de « règles transparentes » et de « clubs de confiance » entre pays partenaires, afin de garantir davantage de stabilité et de visibilité sur ces chaînes d’approvisionnement.
La réunion a aussi permis aux membres du G7 de renforcer leur coopération face aux déséquilibres du commerce international, notamment les surcapacités industrielles, les subventions excessives et les pratiques non marchandes, qui fragilisent certaines filières européennes.
À l’issue des échanges, le ministre français a indiqué que les participants avaient fixé des lignes de travail pour le reste de l’année, en vue du sommet du G7 d’Évian, prévu en juin.
Il a également souligné que les discussions avaient porté sur la réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), jugée nécessaire pour rendre le système commercial multilatéral plus efficace, plus transparent et plus équitable.
Autre sujet abordé : les petits colis issus du commerce en ligne, dont l’essor pose des enjeux douaniers, financiers et industriels pour plusieurs pays du G7.
Nicolas Forissier a aussi insisté sur l’importance des relations transatlantiques entre l’Europe et les États-Unis, qu’il a qualifiées d’« essentielles ».
« Elles doivent continuer à se construire sur la confiance, la prévisibilité, le respect mutuel et l’écoute », a-t-il déclaré, ajoutant que cela ne laissait « pas de place aux décisions unilatérales ou aux menaces ».
Le ministre a par ailleurs indiqué que les tensions autour du détroit d’Ormuz, de Bab el-Mandeb et de la guerre en Ukraine avaient été évoquées de manière informelle, en raison de leurs conséquences potentielles sur les flux énergétiques, commerciaux et industriels mondiaux.
Selon lui, les pays du G7 doivent continuer à échanger des informations et à réfléchir à des alternatives permettant de sécuriser les routes commerciales face aux risques de blocage.
Un plan visant à reconstruire une chaîne de valeur industrielle complète en France et en Europe
Cette séquence intervient alors que la France a présenté, avant la réunion du G7, un plan national de résilience consacré aux terres rares et aux aimants permanents.
Présenté par le ministre de l’Économie, Roland Lescure, et le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, ce plan vise à reconstruire une chaîne de valeur industrielle complète en France et en Europe.
Le gouvernement français rappelle que plus de 85 % des capacités mondiales de séparation des terres rares sont concentrées dans un seul pays, exposant l’Europe à des risques de restrictions d’exportation, de ruptures d’approvisionnement et de pressions géopolitiques.
Paris entend agir autour de trois priorités : sécuriser les approvisionnements, reconstruire une filière industrielle complète et structurer la demande afin de garantir des débouchés durables.
Le plan prévoit notamment la prolongation jusqu’en 2028 du crédit d’impôt industrie verte, le soutien à une dizaine de nouveaux projets industriels dans le cadre de France 2030, la mobilisation du fonds InfraVia et la diversification des approvisionnements en aimants permanents.
La France veut également demander aux grandes entreprises automobiles de présenter des plans de diversification de leurs approvisionnements en terres rares et aimants permanents pour accéder à certains appels à projets publics.
D’ici 2030, Paris ambitionne de couvrir plus de 100 % des besoins français en terres rares lourdes, 25 % des besoins européens en terres rares légères et environ 10 % des alliages nécessaires à l’industrie européenne.
À Lacq, La Rochelle et Grenoble, plusieurs projets industriels sont soutenus à hauteur de 180 millions d’euros par l’État, pour près de 600 millions d’euros d’investissements.
À terme, ces projets doivent permettre de fournir la matière première nécessaire à près de 50 % des besoins européens en aimants permanents néodyme-fer-bore, utilisés notamment dans les moteurs électriques et l’éolien.
Pour Roland Lescure, la maîtrise des terres rares doit permettre à la France d’éviter de « passer d’une dépendance à une autre » dans sa transition vers une économie décarbonée.
Sébastien Martin a, de son côté, estimé qu’« sans résilience sur les terres rares, il n’y a pas de souveraineté industrielle ».
Avec cette initiative nationale et les discussions engagées au G7, Paris cherche à faire des minerais critiques un axe majeur de sa stratégie économique internationale, au croisement de la souveraineté industrielle, de la transition énergétique et de la sécurité commerciale.