AA/Nice/Feïza Ben Mohamed
C’est historique, le Maroc est en demi-finale de la Coupe du monde de football, devenant le premier club africain et le premier pays arabe à accéder à ce niveau de la compétition.
Déjouant tous les pronostics, les joueurs de Walid Regragui ont terminé premiers de leur groupe devant la Croatie, la Belgique et le Canada, avant d’éliminer l’Espagne et le Portugal.
Depuis, la ferveur des supporters marocains ne faiblit pas et nombreux sont ceux qui rêvent désormais d’une première étoile sur le maillot des Lions de l’Atlas.
Et pour l’obtenir, une étape cruciale, à la symbolique particulière, est attendue mercredi, avec cette demi-finale qui opposera la France au Maroc.
Pour les Franco-marocains, choisir entre ces deux pays relève d’un dilemme qui pourrait être complexe mais tous se prennent à envisager un possible sacre des Lions.
- « Gagnants quoi qu’il arrive »
C’est forcément le cœur tiraillé, que la plupart des binationaux vont vivre le match de mercredi. Dans un entretien à l’Agence Anadolu, Youcef, Niçois originaire de Meknès au Maroc, se dit « gagnant quoi qu’il arrive », parce que l’une de ses équipes « sera forcément en finale ».
« En 2018, on l’a vécu avec Les Bleus, on a vibré pour l’équipe de France, et on sera encore derrière eux s’ils sont en finale », assure le jeune homme de 28 ans.
Pour autant, il reconnaît « rêver que le Maroc l’emporte pour l’Afrique, pour les pays musulmans et le monde arabe en général ».
Son frère, Bilel est du même avis et se dit « à fond derrière Walid Regragui, Romain Saïss et toute l’équipe du Maroc ».
« On a déjà connu cette joie avec la France, maintenant on voudrait vraiment vibrer avec notre pays d’origine, et partager ce moment avec toute la diaspora marocaine ici », poursuit l’étudiant en mathématiques.
Quel que ce soit le résultat de mercredi, il promet néanmoins « d’aller faire la fête pour l’équipe qui l’aura emporté ».
- Les supporters africains derrière le Maroc
Les images des scènes de liesse ont fait le tour des réseaux sociaux dès la victoire face à la Belgique, mais certaines ont plus marqué que d’autres.
Si les drapeaux et maillots marocains étaient naturellement majoritaires dans la foule pour fêter chaque victoire, les drapeaux tunisiens, algériens, sénégalais ou encore turcs, ont été déployés partout en France, pour afficher un franc soutien aux Lions de l’Atlas.
« Moi je suis d’origine algérienne mais même si la France m’a élevé, cette fois-ci j’espère une victoire de nos frères marocains », confie-t-il à l’Agence Anadolu avant de rappeler que « la Tunisie a battu la France » et que c’est « désormais à la portée du Maroc de faire rayonner l’Afrique toute entière ».
Le jeune apprenti boulanger se souvient même avoir « dansé avec des Sénégalais le soir de la victoire du Maroc contre l’Espagne » et se réjoui de voir que « la fraternité prévaut entre peuples africains ».
- La crainte d’une récupération politique
Dès le lendemain de la qualification marocaine en demi-finale, certains mouvements d’extrême-droite n’ont pas hésité à s’illustrer en critiquant les scènes de joie observées dans les rues des quatre coins du pays.
« Aujourd’hui j’ai vu sur les réseaux sociaux plein de commentaires de personnes qui m’insultent et me qualifient de traître parce que je souhaite voir le Maroc gagner », raconte Abdelhamid à l’Agence Anadolu.
Craignant « une récupération politique », ce grand-père, arrivé en France en 1978, espère que « la fête prévaudra sur les vendeurs de haine qui veulent pousser les immigrés à rejeter leurs origines, pour satisfaire leurs instincts racistes ».
« Soutenir le Maroc dans cette Coupe du monde, ce n’est pas détester la France », lance-t-il avant de rappeler que « le foot est une grande fête qui rassemble les cœurs » et qu’il faut « écarter les débats identitaires qui vont seulement diviser les gens ».
Et de conclure : « Vive le Maroc, vive la France et que le meilleur gagne! »