AA/ Rabat/ Mohammed Taleb
Au Maroc, la décision gouvernementale de fermer les établissements scolaires de Fethullah Gülen, suscite des interprétation diverses et variées, mais ne laisse pas indifférent, rapporte le correspondant d'Anadolu.
Entre activistes de la société civile qui saluent une action "anti-terroriste" par excellence et observateurs qui y voient juste un "coup diplomatique", visant à préserver de bonnes relations avec la Turquie, les réactions fusent, à la fin du délai d'un mois (le 05 février) accordé par les autorités à ces écoles pour plier bagage.
Anadolu a fait le tour et recueilli les réactions de plusieurs parties sur cette décision et sur ses motivations.
Pour beaucoup de Marocains notamment, des activistes de la société civile et les défenseurs des libertés, la décision de fermer les écoles de Gülen, prise dans la foulée du vote, fin juillet, d’une résolution déclarant le mouvement « Hizmet » (FETO), organisation terroriste, "marque l’engagement délibéré du Maroc aux côtés de la Turquie dans sa lutte contre l’organisation terroriste".
Le Front national de lutte contre l’extrémisme et le terrorisme (FNLET) a exprimé son soulagement face à cette décision. « Nous avons appris la décision du ministère de l’Intérieur de fermer l’ensemble des établissements scolaires portant le nom du groupe « Mohamed Al-Fatih » avec beaucoup de soulagement et d’apaisement », a déclaré, à Anadolu, le coordonnateur national de cette ONG, Mohammed El Haini.
« Les investigations menées par le ministère de l’Intérieur sur les écoles « gülenistes » ont montré que celles-ci utilisent le secteur de l'enseignement pour répandre l'idéologie de ce groupe et des idées contraires aux principes du système éducatif et religieux marocains », a-t-il ajouté, soulignant que « la démarche des autorités s'inscrit dans le parfait respect des procédures ».
Les responsables marocains ont, en effet, pris quatre mois pour répondre à la requête d'une délégation parlementaire turque qui a visité le Royaume dans le but de convaincre les autorités de la « dangerosité » du mouvement Gülen qui s'appuie, entre autres, sur un réseau d'écoles privées dans diverses contrées musulmanes, notamment, au Maroc.
Au delà de la dimension idéologique de cette décision, la fermeture des écoles de Gülen, "servent les relations diplomatiques entre les deux pays", estiment d'autres observateurs.
Contacté par Anadolu, le politologue et islamologue, Mohammed Darif, a déclaré que « le Maroc cherche à travers cette décision à préserver des relations normales avec la Turquie, qui a réussi à composer avec la Russie, et qui constitue d’ores et déjà un élément central dans le Moyen-Orient ».
Cette décision qui obéit, selon lui, « à une logique politique plus que toutes autres considérations », entre dans le cadre d’un changement de paradigme opéré ces derniers mois par la diplomatie marocaine. La preuve en est, selon lui, « le Maroc est en train de changer sa position à l’égard du régime de Bachar Al Assad ».
« Le communiqué du ministère des Affaires étrangères concernant les propos du Chef du gouvernement désigné Abdalilah Benkirane contre la Russie en dit long sur cette nouvelle orientation », soutient le politologue.
"Pour moi, il ne s’agit pas d’un problème pédagogique. Ces considérations viennent en dernier lieu, car la logique dans laquelle cette décision a été prise est purement politique", a-t-il confié.
Pour sa part, le chercheur et professeur en droit constitutionnel, Rachid Moktadir, s'est abstenu de commenter la décision se contentant de noter que "le communiqué de l’Intérieur est très bref" et que "les éléments existants ne permettent pas d’analyser le fait objectivement". Ce qui ne l’a pas empêché de considérer, « la question paraît essentiellement politique et obéit à des calculs politiques ».
Au lendemain de l’interdiction des écoles de Gülen au Maroc, le Directeur de l'enseignement privé et préscolaire au sein du ministère de l'Education, Bendaoud Merzaki, a fait savoir qu’il s’agit de « 6 écoles réparties entre Casablanca, Tanger, Tétouan et Fès qui comptent près de 2000 élèves au total». Le responsable a assuré que le département de l’Education nationale va remédier à la situation de ces élèves.
"Des cellules d'accueils et d'accompagnement ont été installées dans trois des académies concernées", avait-il indiqué sur les ondes d’Atlanticradio, précisant que "ces cellules accompagneront les parents d'élèves pour faciliter la réinscription de leurs enfants dans les écoles avoisinantes de leur choix qu'elles soient publiques ou privées".
Aujourd'hui, à la fin du délai d'un, mois accordé par les autorités à ces écoles, toutes ont fermé et cinq ont d'ores et déjà réussi à régler les problèmes de réinscription de leurs élèves, a déclaré à Anadolu le Chargé des médias au sein de la coordination des parents d’élèves des écoles "Mohammed Al Fatih", Slimane Bouslimi.
«Nous avons proposé aux représentants de l’Etat (Walis et gouverneurs) de trouver des solutions. Chose qui a été faite au niveau de l’ensemble des écoles excepté celle de Casablanca Lissasfa», a-t-il indiqué, précisant que des solutions ont été trouvées pour la réinscription des élèves des différentes écoles dans d'autres établissements alors que le problème persiste au niveau de l’école de Lissasfa à Casablanca qui enseigne le programme marocain en anglais".