Ümit Dönmez
16 Avril 2025•Mise à jour: 16 Avril 2025
AA / Paris / Ümit Dönmez
La bande de Gaza, accablée par les frappes israéliennes depuis plus de 18 mois, est devenue un « charnier » pour ses habitants et pour les humanitaires qui leur portent secours, selon Médecins sans frontières (MSF), qui a publié mercredi un communiqué d’une gravité exceptionnelle.
L’organisation accuse l’armée israélienne de cibler sciemment les structures médicales, d’entraver l’acheminement de l’aide humanitaire et de participer à une stratégie de destruction systématique. « Nous assistons en temps réel à la destruction et au déplacement forcé de toute la population de Gaza », alerte Amande Bazerolle, coordinatrice d’urgence de MSF à Gaza, ajoutant que « les Palestiniens et les personnes qui tentent de les aider ne sont nulle part en sécurité ».
L’un des faits les plus marquants rapportés par MSF concerne la découverte le 30 mars dernier d’une fosse commune contenant les corps de 15 secouristes palestiniens ainsi que leurs ambulances détruites. Ces travailleurs humanitaires étaient portés disparus après avoir tenté de porter secours dans une zone sous bombardement. Selon MSF, les images et éléments de preuve rendus publics démontrent que les véhicules et les personnes étaient clairement identifiables comme appartenant à une organisation médicale. Cette réalité met directement en cause les affirmations initiales des autorités israéliennes, qui niaient tout ciblage intentionnel.
« Ce massacre de travailleurs humanitaires illustre la façon dont la guerre est menée contre la population de Gaza et ceux qui lui viennent en aide, et l’impunité dont bénéficie Israël grâce au silence et au soutien inconditionnel de ses alliés », a déclaré Claire Magone, directrice générale de MSF.
Au-delà de ce drame spécifique, l’ONG dresse un constat alarmant. À Rafah, plus de 1,5 million de déplacés vivent dans des conditions extrêmes, sans accès aux soins, à la nourriture ou à l’eau potable. Le système de santé est, selon MSF, « réduit à néant », incapable d’assurer la moindre prise en charge face à l’afflux de blessés. Les hôpitaux sont sciemment bombardés, les ambulances prises pour cibles, les équipes médicales tuées.
Depuis la reprise des offensives israéliennes le 18 mars, plus de 1 500 morts supplémentaires sont à déplorer selon les autorités locales. Au total, plus de 50 000 personnes auraient été tuées depuis octobre 2023, dont près d’un tiers sont des enfants. Les Nations Unies ont de leur côté recensé au moins 409 travailleurs humanitaires tués, principalement des employés de l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient).
MSF appelle à la levée immédiate du blocus imposé par Israël, à un cessez-le-feu durable et à un accès humanitaire sans entrave. L’ONG alerte également sur les conséquences de l’impunité dans ce conflit : les violations du droit international humanitaire, répétées et documentées, restent sans suite malgré les alertes récurrentes des ONG et des institutions onusiennes.
La découverte de fosses communes, dont celle contenant les secouristes tués, marque une nouvelle étape dans l’horreur, selon MSF. Elle confirme que la guerre menée par le gouvernement israélien contre Gaza ne distingue pas les civils des combattants, ni les blessés des soignants. Un constat qui questionne profondément la responsabilité de la communauté internationale face à ce qui s’apparente, chaque jour de plus en plus, à une guerre contre l’humanité elle-même.