Mourad Belhaj
18 Décembre 2019•Mise à jour: 18 Décembre 2019
AA / Washington/ Michael Hernandez
Le Secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, s'est prononcé, mardi, en soutien du footballeur germano-turc, Mesut Ozil, dans son litige avec la Chine, au sujet du traitement réservé par le pays à sa minorité musulmane Ouïghour.
"Les médias de propagande du Parti communiste chinois peuvent censurer les matchs de Mesut Ozil et Arsenal tout au long de la saison, mais la vérité prévaudra", a déclaré Pompeo dans un tweet, sur fond de guerre commerciale entre Washington et la Chine.
"Le Parti communiste chinois ne peut cacher au monde ses violations flagrantes des droits de l'homme perpétrées contre les Ouïghours et d'autres confessions religieuses", a-t-il ajouté.
Vendredi, Ozil a accusé les musulmans de garder le silence sur ce qu'il a appelé la persécution des Ouïghours par la Chine dans le Xinjiang.
Sur son compte Instagram, le célèbre footballeur turc a qualifié les Ouïghours de "guerriers qui résistent à la persécution ... De glorieux croyants qui se sont battus seuls contre ceux-ci qui éloignent les gens de l'Islam de force".
Dans la province chinoise du Xinjiang, a-t-il déclaré, "les Corans sont brûlés ... les mosquées ont été fermées ... les écoles de théologie islamiques, les madrasas ont été interdites ... les érudits religieux ont été tués un par un ... Malgré tout cela, les musulmans restent silencieux."
"Ne savent-ils pas que donner son consentement à la persécution est la persécution elle-même?" a demandé Ozil, qui est lui-même de confession musulmane.
En représailles, la "China Central Television" (CCTV), principal diffuseur chinois, a décidé, dimanche, de ne pas diffuser le match "Arsenal-Manchester City" et le ministère chinois des Affaires étrangères aurait déclaré qu'Ozil "avait été trompé par de fausses nouvelles".
"Si M. Ozil en a l'occasion, nous serions ravis de le voir se rendre au Xinjiang et se rendre compte par lui même", a déclaré le porte-parole Geng Shuang, selon plusieurs informations.
La querelle d'Ozil avec Pékin n'est que le dernier épisode dans lequel la Chine a cherché à faire taire la dissidence après qu'une personnalité sportive ait critiqué sa politique.
Au milieu des manifestations pro-démocratie en cours à Hong Kong, le directeur général des Rockets de Houston, Daryl Morey, avait exprimé, le 7 octobre, son soutien aux manifestants sur Twitter, ce qui a incité les médias contrôlés par l'État de Pékin à lancer des critiques virulentes contre Morey, les Rockets et la National Basketball Association (NBA).
Selon le Wall Street Journal, les matchs de la NBA n’ont pas été diffusés sur la télévision d’Etat chinoise après le tweet de Morey, et les affaires des Rockets en Chine ont été effectivement mises sur liste noire dans le pays d’1,4 milliard d'habitants.
La région occidentale du Xinjiang en Chine abrite environ 10 millions de Ouïghours. Le peuple turcophone et à majorité musulman sunnite, qui représente environ 45% de la population du Xinjiang, accuse depuis longtemps les autorités chinoises de discrimination culturelle, religieuse et économique.
La Chine est accusée de mener des politiques répressives contre les Ouïghours et de restreindre leurs droits religieux, commerciaux et culturels.
Selon des responsables américains et des experts de l'ONU, jusqu'à un million de personnes, soit environ 7% de la population musulmane du Xinjiang, ont été incarcérées dans un réseau, en pleine expansion, de camps de "rééducation politique".
Dans un rapport publié en septembre dernier, Human Rights Watch a accusé le gouvernement chinois de mener une "campagne systématique de violations des droits de l'homme" contre les musulmans Ouïghours au Xinjiang.
La Chine nie les accusations portées contre elle, affirmant que les Ouïghours sont scolarisés dans des "centres de formation professionnelle".