AA/Peshawar (Pakistan)/ Sardar Hussain
Bien que les cicatrices du massacre, en décembre dernier, de plus d’une centaine d’enfants et adolescents à Peshawar soient encore vives, les enseignantes de cette ville du nord du Pakistan, ont décidé d’agir en apprenant à manier les armes feu.
Les professeures du « Frontier College for Women » ont demandé à bénéficier d’un programme géré par la police pour apprendre à manier des armes semi-automatiques suite à l’attaque des Talibans contre une école militaire à Peshawar, le 16 décembre, qui avait fait plus de 140 morts, dont 134 enfants et adolescents.
Leur requête intervient à la suite d’une mesure du gouvernement provincial de Khyber Pakhtunkhwa permettant aux enseignants de porter des armes afin de pouvoir parer à toute attaque similaire à l’avenir.
« Je n’ai jamais saisi aucune arme de toute ma vie, sans même parler d’en avoir utilisé une, mais cette situation extraordinaire requiert des mesures extraordinaires » explique Sidra, une professeure d’études islamiques, âgée de trente-cinq ans.
Le gouvernement pakistanais a requis des établissements scolaires qu’ils postent des gardes armés et installent des fils barbelés et des murs en béton dans leurs locaux depuis l’attaque meurtrière de décembre.
Les instituts tels que le Frontier College for Women - consacré à l’éducation des filles et des femmes - situés dans les régions tribales du Pakistan, sont depuis longtemps la cible de groupes armés extrémistes qui rejettent l’éducation des femmes.
« C’est pour cela que je suis venu bénéficier de la formation [au maniement des armes à feu], pas seulement pour pouvoir me protéger, mais également pour protéger des élèves » a confié Sidra qui, une fois la formation terminée, compte également apprendre à ses élèves comment se défendre lors d’une attaque.
Pour la plupart des participantes, la formation de la police a été la première occasion lors de laquelle elles ont eu à manier des armes à feu.
« Il s’agit d’une formation courte de deux jours durant laquelle nous souhaitons permettre aux participantes d’utiliser des armes et d’apprendre à se défendre lorsqu’elles font face à une attaque armée » a expliqué une gradée de la police, Rozi Eltaf.
Eltaf a ajouté que le département de la police avait l’intention de faire bénéficier de cette formation tout établissement d’enseignement qui en faisait la demande.
Jusqu’à maintenant, au moins dix écoles en ont fait la demande officielle, d’après le Surintendant principal des opérations de police de la province, Mian Saeed.
L’attaque contre une l’école publique gérée par l’armée, le 16 décembre dernier, lors d’un siège ayant duré neuf heures, a profondément choqué le Pakistan et la communauté internationale.
Depuis lors, le gouvernement national ainsi que les gouvernements provinciaux ont cherché des moyens d’éviter que la tragédie ne se répète.
Armer des gardiens de sécurité et des enseignants est une des solutions proposées par le gouvernement local de Khyber Pakhtunkhwa, malgré l’opposition de certains observateurs qui objectent que la mesure risque de mettre en danger les enfants déjà traumatisés par le massacre.
La police de cette province du nord-ouest du Pakistan forme depuis des années déjà des gardes de sécurité pour les écoles, et espère pourvoir développer d’ici peu, grâce à son département informatique, un système d'intervention d'urgence pour ce type d’attaques.
« Nous ne nous attendions pas à ce que de tels incidents puissent survenir dans des écoles et des collèges. Cependant après la tragédie de l’Ecole publique de l’armée, les gens ont commencé à réfléchir à de telles mesures » a révélé une professeure de droit du Frontier College for Women, Zaman Khan.
« Il n’est pas possible d’arrêter d’envoyer nos enfants à l’école. Même en des temps aussi difficiles, les parents continuent d’envoyer leurs enfants à l’école, mais maintenant nous avons pris l’initiative de de nous préparer à faire face à de telles situations. Et nous sommes satisfaites de bénéficier de ces formations. L’auto-défense est essentielle pour tout citoyen » a assuré Khan.