Nadia Chahed
09 Décembre 2017•Mise à jour: 10 Décembre 2017
AA/Tunis/Bouazza Ben Bouazza
Des milliers de manifestants se sont rassemblées vendredi après-midi à Tunis pour dénoncer la décision prise par le président américain Donald Trump reconnaissant officiellement la ville sainte de Jérusalem comme capitale d’Israël.
Selon des estimations concordantes recueillies par Anadolu, plus de 5.000 personnes ont répondu à l’appel de la centrale syndicale, l’UGTT, et des partis politiques au pouvoir et de l’opposition dont le mouvement Ennahdha, ainsi que des organisations de la société civile.
Un premier cortège de plusieurs centaines de fidèles s’est ébranlé, après la prière du vendredi, de la mosquée d’Al Fatah, près du centre-ville, pour se diriger vers la principale artère de la capitale, l’avenue Bourguiba, quadrillée par d’importantes forces de sécurité.
Ils ont été rejoints peu après par des milliers de personnes venues du siège de la centrale syndicale, où des manifestants ont brûlé des drapeaux israéliens et américains ainsi que des portraits du président Trump.
"Jérusalem est la notre", "à bas Israël", ont-ils scandé d'une seule voix et exigé "une loi sur la criminalisation de la normalisation (avec Israël)" et "l’expulsion de l’ambassadeur américain"..
Sous l’œil vigilant des forces de l’ordre, ils ont défilé jusqu’au siège du ministère de l’Intérieur puis sur un tronçon de l’avenue Mohamed V, où des barrages policiers les ont empêché de poursuivre la route de crainte qu’ils atteignent l’ambassade américaine.
D'ailleurs, et à titre préventif, l'ambassade américaine a annoncé sur son site, la fermeture de ses portes ce vendredi, en recommandant à ses ressortissants de faire preuve de prudence et d'éviter les lieux de rassemblement.
En septembre 2012, des éléments salafistes avaient attaqué le bâtiment de la représentation diplomatique américaine pour protester contre la diffusion aux Etats-Unis d’un film considéré comme portant atteinte au prophète Mohamed. Quatre manifestants avaient trouvé la mort et d’importants dégâts avaient été apportés aux locaux de l’ambassade et de l’école américaine mitoyenne.
Un grand nombre d’avocats en robe noire ont participé au défilé en portant une grande banderole sur laquelle était inscrit : "votre décision n’effacera pas l’arabité d’Al Quds (Jérusalem)".
Le dirigeant d’Ennahdha, l’avocat Noureddine Bhiri a exprimé son refus de la décision du président américain "dans la forme et le fond". "Nous continuerons de défendre les droits du peuple palestinien à la vie et à la liberté", a-t-il dit.
"Ce qui arrive aujourd’hui n’est que la conséquence de la soumission des arabes et des musulmans depuis des décennies. L’appropriation d’Al Quds par Israël et son protecteur américain, n’est qu’un épisode du feuilleton de cette soumission surtout des régimes réactionnaires qui n’ont d’autres soucis que d’obtenir la satisfaction des Etats-Unis et des Occidentaux, en général. Aussi, tant que les peuples ne bougeront pas, la Palestine ne sera pas libérée", a déclaré à l'agence Anadolu, l’avocat Ahmed Mbarki.
Pour le dirigeant du parti Al Joumhouri (Républicain), Issam Chebbi, "la décision de Trump n’engage que lui et son administration. Nous continuerons de résister et nous boycotterons l’ambassade américaine".
"En prenant sa décision sur Jérusalem, Trump pratique la loi de la jungle et enfreint les résolutions de l’ONU", a martelé, quant à lui, le militant démocrate Mohamed Bennour.
En début de soirée, les manifestants se sont dispersés dans le calme. Aucun incident notable n’a été signalé.
"Bravo pour nos forces de l’ordre qui y ont contribué en faisant preuve de fermeté et de retenue" , s’est félicitée Mariem Ben Ahmed, une cinquantenaire.
Selon les médias, des manifestations similaires ont eu lieu dans la plupart des villes tunisiennes, du nord au sud, au cours desquelles des milliers de personnes ont fait part de leur hostilité à la décision du président américain.