Feiza Ben Mohamed
05 Février 2025•Mise à jour: 05 Février 2025
AA / Nice / Feïza Ben Mohamed
Le gouvernement français promet de faire toute « la transparence » sur l’affaire des eaux non conformes commercialisées par le groupe Nestlé, a déclaré mercredi le ministre en charge de la Santé, Yannick Neuder.
Alors que Matignon et l’Elysée sont accusés d’avoir autorisé le géant agroalimentaire suisse à déroger à la réglementation en vigueur, le ministre a rappelé qu’une commission d’enquête était en cours pour faire « toute la transparence sur la qualité de l’eau » proposée aux Français.
Interrogé au cours de la séance hebdomadaire de questions au gouvernement, le ministre a reconnu que « des traitements non conformes » ont été découverts « sur l’usage d’ultraviolets et de filtres à charbon actif » ayant révélé une « fraude aux règles d’étiquetage ».
Il assure que les faits ont été signalés à la justice par l’ARS (Agence régionale de santé) et que dans la foulée « les sites concernés ont été placés sous surveillance renforcée » avant qu’un « rapport sénatorial réalisé il y a quelques semaines » ne finisse par « donner lieu à une commission d’enquête ».
Selon Yannick Neuder, en 2022, « il y a eu 50 inspections, ce qui fait 1 900 visites des ARS et 4 000 contrôles » sur la qualité de l’eau.
Le ministre ne s’est, néanmoins, pas prononcé sur les accusations qui visent l’Elysée et Matignon, et qui ont été démenties par Emmanuel Macron, mardi.
« Je ne vais pas faire de commentaire, il faut que chacun fasse son travail, je ne suis pas au courant de ces choses-là. Il n’y a d’entente avec personne. Il n’y a pas de connivence avec qui que ce soit », a-t-il martelé face à la presse.
De son côté, l’Elysée, faisait savoir à BFMTV que la présidence française « n’a pas vocation à intervenir sur les méthodes de filtration de l’eau mais l’attention de ses équipes a été attirée sur ce sujet par l’entreprise Nestlé et a renvoyé les intéressés vers les services de l’Etat compétents ».
Cette polémique intervient alors que Le Monde et Radio France révélaient ce mardi matin, que l’Elysée et Matignon auraient autorisé le géant suisse à commercialiser des eaux malgré l’usage de filtres non conformes.
Ainsi, l’enquête révèle que grâce à un lobbying appuyé du groupe Nestlé, ses eaux ont pu continuer à être commercialisées après une décision prise au terme d’une réunion impliquant le ministère de la Santé, le ministère de l’industrie, l’Elysée et Matignon, et alors même que le DGS (directeur général de la santé), Jérôme Salomon, préconisait dès janvier 2023, la suspension immédiate de l’autorisation d’exploitation et du conditionnement de l’eau de certains sites.
« Compte tenu des enjeux sanitaires et règlementaires, la proposition de la DGS est de suspendre immédiatement l’autorisation d’exploitation et de conditionnement de l’eau pour les sites de Nestlé dans les Vosges », ainsi que pour le site de Vergèze dans le Gard, écrivait Jérôme Salomon dans une note révélée par Le Monde et Radio France.
Le DGS jugeait, en effet, que l’utilisation de filtres inférieurs à 0,8 micromètres « n’est pas acceptable règlementairement » en raison de « l’impact sur le microcosme de l’eau ».
Face à l’ampleur de ces révélation, la président du groupe LFI à l’Assemblée Nationale, Mathilde Panot, dénonce « un scandale d’Etat » qui a permis de « contourner les règles européennes, les garde-fous de protection de la santé des Français et les alertes des services de l’Etat ».
« La macronie a déroulé le tapis rouge à Nestlé pour qu’ils puissent continuer à vendre hors de prix de l’eau volée et contaminée aux matières fécales (…). Je saisis la procureure de la République », a-t-elle déclaré dans une publication sur le réseau social X.