Ekip
11 Août 2020•Mise à jour: 11 Août 2020
AA / New Delhi
Une importante organisation indienne de défense des droits des femmes a accusé la police de Delhi d'avoir fait usage d'un agent chimique et d'avoir agressé sexuellement des étudiantes de la Jamia Millia Islamia, une université basée à Delhi, au cours du mois de février.
Des étudiants protestaient contre la nouvelle loi sur la citoyenneté, considérée comme destructrice des droits et intérêts de la communauté musulmane de l'Inde.
Le rapport d'enquête publié par la Fédération nationale des femmes indiennes (NFIW), dirigé par l'éminente militante pour les droits de l’homme, Aruna Roy, a exprimé sa préoccupation face à l'idéologie islamophobe qui s'est immiscée dans les forces de police et qui, selon elle, doit être traitée de toute urgence.
"Nous ne pouvons pas avoir une force de police qui traite une partie de la population comme l'ennemi et viole effrontément et de manière flagrante leurs droits humains en toute impunité", souligne le rapport.
Un membre du bureau du NIFW Rushda Siddiqui a rapporté que le comité d'enquête de cinq membres avait également découvert l'utilisation de produits chimiques par la police, contre les étudiants.
"Nous ne connaissons toujours pas les répercussions à long terme sur la santé causées par ces produits chimiques. Aucun médecin avec qui nous avons pris contact ne pouvait répondre à cela, la plupart d'entre eux étaient intimidés par la police et n'étaient pas prêts à inscrire le problème sur leurs carnets de prescription", a-t-elle déploré.
"Le spray n'était pas du gaz lacrymogène car personne ne s'est plaint de larmes ou d'irritation aux yeux. Ce dont ils se plaignaient, c'était l'immobilité immédiate, la somnolence et de graves maux de tête. Ils ont également ressenti des étouffements et des douleurs musculaires. La plupart étaient incapables de se tenir debout pendant des heures après avoir subi les pulvérisations", indique le rapport.
Le rapport ajoute qu'au moins 15 femmes se sont plaintes d'avoir été agressées dans leurs parties intimes.
"Dans certains cas, la police a essayé de déchirer leurs vêtements, leur a donné des coups de poing sur les seins ou les a piétiné avec leurs bottes, et a également essayé d'insérer leurs matraques dans le vagin", indique encore le rapport.
L'attaque présumée de la police avait blessé 70 étudiants. Parmi eux, plus de 45 avaient des blessures graves, dont 30 hommes et 15 femmes.
Toutes les victimes ont également souligné le langage abusif et les insultes islamophobes proférées par les policiers, au cours de leurs attaques.
"Une jeune fille de 16 ans a confirmé qu'une matraque avait été insérée dans ses parties intimes. Ses vêtements avaient été déchirés. Sur plus de 15 femmes (agressées par la polices], elle est la plus jeune. L'un de nos avocats spécialisés en droits humains travaille actuellement sur cette affaire", a ajouté Siddiqui.
- La police rejette l'accusation
La police a cependant rejeté les accusations d'emploi de force brutale contre les étudiants ayant manifesté. Dans une déclaration officielle de 195 pages soumise à la Haute Cour de Delhi, la police a déclaré avoir utilisé "la force la plus minimale possible" et avoir initié "des efforts persistants de négociation", le jour où elle a lancé des grenades lacrymogènes sur le campus de Jamia Millia Islamia.
Le 15 décembre, lorsqu'elle est entrée sur le campus de l'université alors devenue un centre de focalisation des médias et de l'opinion publique, la police aurait battu des étudiants qui protestaient alors contre la loi sur la citoyenneté.
La loi sur la citoyenneté, adoptée par le parlement indien en décembre de l’année dernière, a déclenché des manifestations dans tout le pays.
La loi accorde la citoyenneté aux hindous, sikhs, bouddhistes, chrétiens, jaïns et parsis qui sont entrés dans le pays depuis le Pakistan, le Bangladesh et l'Afghanistan avant le 31 décembre 2014, privant les musulmans de ces mêmes droits.
En février, des affrontements communautaires ont éclaté dans la partie nord-est de la capitale indienne Delhi, faisant plus de 53 morts et plus de 250 blessés.
À peu près à la même période, un autre épisode de violence a éclaté à l’extérieur de Jamia Milia Islamia, comme le rappelle Fédération nationale des femmes indiennes (NFIW).
* Traduit de l'anglais par Ümit Dönmez