AA/OUAGADOUGOU(Burkina Faso) /Lougri Dimtalba
Le Burkina Faso a vécu, fin octobre, une insurrection populaire qui a chassé l’ex-président Blaise Compaoré du pouvoir, après 27 années de règne. Deux mois après la chute de M. Compaoré, les attentes des 17 millions d'habitants de ce pays sahélien sont nombreuses, et les acteurs de la scène politique estiment que le « travail est loin d’être terminé ».
« Le travail est loin d’être terminé (…) Il n’y aura ni repos, ni tranquillité au Burkina tant que les Burkinabè n’auront pas obtenu une véritable alternative », a déclaré à Anadolu le président du Front progressiste sankariste (FPS), Me Bénéwendé Sankara.
Dans la foulée, le président intérimaire, Michel Kafando, qui a juré que « plus rien ne sera comme avant » a promis les états généraux de la justice et l’ouverture de plusieurs dossiers pendants, en occurrence celui du célèbre journaliste d’investigation,Norbert Zongo, assassiné en 1998, alors qu’il enquêtait sur la mort du chauffeur de François Compaoré, frère cadet de l’ex-président. Il en est de même du dossier de Thomas Sankara assassiné durant un coup d’Etat en 1987, qui portât Blaise Compaoré au pouvoir.
- Pas encore le bout du tunnel-
« S’il est vrai qu’il faut détruire un système, fait de corruption et d’impunité, il faudrait en revanche bâtir un Burkina à la hauteur de nos rêves communs et qui correspond aux attentes de l’insurrection populaire », a ajouté M. Sankara.
Pour lui, ce n’est pas encore le bout du tunnel, il faut, non seulement détricoter le système que Compaoré a laissé, mais aussi répondre aux attentes exprimées lors de l’insurrection populaire.
Avec la chute de M. Compaoré, « nous avons réussi à obtenir une première étape de la victoire. Nous sommes à la seconde, celle de la justice. La troisième qui suivra sera celle de la revalorisation de l'image (de Sankara, ndlr) ainsi que l'enseignement de ses idées », a énuméré l’artiste musicien Smockey, membre du « balai citoyen », un mouvement ayant pesé lourd dans la chute de l’ex-président.
« Avec le gouvernement en place, beaucoup de burkinabé vont maintenant comprendre une des tristes réalités du Burkina Faso, dont l’évocation énerve plus d’un burkinabé intègre, à savoir son extrême dépendance de l’aide internationale » a prévenu Siaka Coulibaly, analyste politique.
Le Burkina Faso connaîtra une croissance de 5% en 2014 et 2015, en baisse de 1 à 2% par rapport aux prévisions, a estimé le Fonds monétaire international. Selon Laure Redifer, directrice adjointe du FMI pour l’Afrique « les événements politiques de fin octobre ont exacerbé la situation existante mais ne constituent pas un élément majeur dans la révision des projections de croissance ».
« Tous les Burkinabè rêvent d’un Burkina Faso nouveau où l’on se soigne sans difficultés majeures, où l’on mange à sa faim, bien sûr à la sueur de son front. Cependant nombreux sont ceux qui se demandent comment réussir cette transition sans le nerf de la guerre ? » s’est interrogé le directeur général du quotidien d’Etat « Sidwaya », Rabankhi Abou-Bâkr Zida, dans un éditorial daté du 22 décembre.
Selon lui, le budget 2015 du pays était en gestation, à l’étape d’audition des différents ministres par la Commission finances et budget (COMFIB) de l’Assemblée nationale quand l’insurrection populaire est intervenue. Le Burkina Faso « se trouve dans une période d’urgence. Il va falloir travailler pour lui assurer un lendemain sûr », a-t-il appelé.
De nos jours, les secteurs de l’or et du coton, autrefois principaux pourvoyeurs des devises, connaissent des difficultés. Les cours de ces deux produits-phares ne sont pas les plus reluisants. Avec plus de 17 millions d’habitants dont environ 40% sont des jeunes, l’économie du Burkina repose sur une agriculture tributaire des aléas climatiques. Elle occupe plus de 80% de la population active.
Selon l'ONG Oxfam, plus de 1,3 million de ménages agricoles sont menacés par une insécurité alimentaire au Burkina Faso.Une situation causée selon l’ONG par l’expropriation des milliers d'hectares de terres cultivables par les « gros producteurs », au grand dam des petits agriculteurs. A cela s’ajoute aussi le manque de pluies et l’utilisation des moyens archaïques de production.
-Des élections libres et transparentes en 2015-
Le gouvernement de transition a pour principale mission l’organisation d’élections libres, transparentes et justes, en 2015. Plusieurs organisations de la société civile ont accusé les nouvelles autorités de ne pas se concentrer sur ses cahiers de charges, à savoir l'organisation des élections. Le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Me Barthélémy Kéré a annoncé récemment l'ouverture du fichier électoral en février 2015.
« C'est l'un des objectifs des autorités de la transition et nous avons échangé sur les conditions à réunir afin que celles-ci puissent se dérouler sous de meilleures auspices », a rassuré M. Kéré.
L’ambassadeur des États-Unis au Burkina Faso, Dr Tulinabo S. Mushingi a pour sa part rappelé le gouvernement de transition d’accélérer le processus électoral. « Pour nous, nous pensons aux élections futures et voir comment nous pouvons avancer ensemble pour construire le pays. Nous allons accompagner le Burkina », a ajouté M. Mushingi.
Le gouvernement de transition doit travailler à ce que les autorités qui seront issues des élections de 2015 puissent avoir des jalons posés pour le renforcement de l’administration, a soutenu le ministre en charge de l’habitat et de l’urbanisme, Réné Bagoro.
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