Mourad Belhaj
19 Août 2020•Mise à jour: 19 Août 2020
AA / Moscou
La Russie est très préoccupée par le fait que les manifestations en Biélorussie soient utilisées à des fins d'ingérence étrangère dans les affaires biélorusses, a déclaré mercredi le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.
"Ce qui se passe en Biélorussie n'est qu'une lutte pour l'espace post-soviétique, commencée après la disparition de l'Union soviétique, et dont le dernier exemple en date est celui des événements en Ukraine", a déclaré Lavrov dans une interview accordée à la chaîne de télévision Rossiya24.
"Les déclarations des capitales occidentales révèlent leur approche intéressée concernant l'élection", a déclaré Lavrov.
"Si tel n'était pas le cas, ils auraient recours au cadre juridique international existant pour contester les résultats, notamment par l'intermédiaire d'organismes internationaux, mis en place pour observer l'élection et enregistrer les violations avérées.
L'un de ces organismes en Europe est le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme (BIDDH) de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a-t-il déclaré.
Lavrov a qualifié de "fausse, pour ne pas dire plus" la déclaration du BIDDH selon laquelle la Biélorussie a tardé à inviter la mission d'observation des élections. La seule obligation incombant aux autorités biélorusses, comme à tout autre pays associé à l'OSCE, est "d'inviter des observateurs internationaux aux élections nationales". Les conditions relatives aux invitations ne sont pas précisées, a-t-il ajouté.
Il a également critiqué le BIDDH pour son "approche à géométrie variable" de l'observation des élections, déclarant que celui-ci avait à plusieurs reprises décidé de ne pas observer les élections dans les États baltes, alors que des centaines de milliers de personnes en Estonie et en Lettonie sont privées du droit de vote, en raison d'un "statut honteux de "non-citoyens" de l'UE".
Il a déclaré que la Russie avait à plusieurs reprises proposé d'introduire "une fois pour toutes" des règles claires pour l'observation des élections, notamment en ce qui concerne le nombre d'observateurs et les conditions d'envoi des invitations. Mais ces propositions se sont heurtées à un refus motivé par le fait que "l'ambiguïté et la flexibilité" sont "des critères d'excellence qu'il convient de respecter de toutes les manières possibles".
"Nul besoin d'expliquer qu'une telle "ambiguïté", préservée dans les fonctions du BIDDH, ne sert qu'à un seul but - le manipuler [le BIDDH] conformément à la conception de ceux qui constituent l'épine dorsale du personnel sur place", a déclaré M. Lavrov.
Si le BIDDH faisait tout ce qui est en son pouvoir pour s'acquitter de ses fonctions, il irait observer les élections en Biélorussie et aurait maintenant de meilleures raisons de parler des violations, a-t-il ajouté.
Lavrov a admis que l'élection en Biélorussie n'était pas idéale. Toutefois, il a souligné qu'il est erroné de l'utiliser pour miner le dialogue respectueux entre les autorités et la société, et pour attaquer les forces de l'ordre.
Quant aux appels demandant à l'UE de jouer un rôle de médiateur entre les manifestants et les autorités, Lavrov a déclaré "ne pas oublier comment une telle médiation a abouti en Ukraine en 2014", lorsque les manifestants ont poussé le président Viktor Ianoukovitch à fuir le pays plusieurs jours après avoir scellé un plan de réconciliation avec l'opposition sous les auspices de l'UE.
"Le peuple biélorusse sait que la situation actuelle peut être réglée. Je ne vois pas de manque de volonté de dialogue de la part des autorités. J'espère que ceux qui, pour une raison ou une autre, ne sont pas satisfaits des résultats des élections sauront faire preuve de la même volonté", a-t-il déclaré.
*Traduit de l’Anglais par Mourad Belhaj