Istanbul (AA)
L’intégration de tous les groupes armés en Syrie au sein de la structure de l’État central est essentielle pour renforcer la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’unité sociale du pays, a déclaré dimanche le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan.
S’exprimant lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue syrien, Asaad Hassan al-Shaibani, à Damas, Fidan a souligné que les relations entre la Türkiye et la Syrie avaient pris un nouvel élan au cours des deux dernières années.
Il a estimé que la Syrie avait entamé une nouvelle étape dans ses relations avec la Türkiye et la communauté internationale après la chute du régime de Bachar al-Assad, affirmant que cette nouvelle période contribuait à la stabilité régionale, au développement économique et à la lutte contre le terrorisme.
Fidan a indiqué que le président turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue syrien Ahmad al-Charaa avaient chargé, en marge du sommet de l’Otan à Ankara, les responsables des deux pays de mettre en place un groupe de planification conjoint afin de faire avancer les dossiers bilatéraux.
Il a également annoncé qu’Erdogan prévoyait de se rendre prochainement en Syrie, précisant que les préparatifs de cette visite avaient été examinés.
Fidan a qualifié les mesures prises par les FDS en vue de leur dissolution et de leur intégration aux institutions de l’État syrien d’« initiative importante » et de réponse constructive aux efforts du gouvernement syrien.
« Nous espérons que cela sera rapidement mis en œuvre sur le terrain et mené à son terme sans perdre de temps », a-t-il déclaré. « L’étape de la déclaration est importante, mais elle doit naturellement être suivie d’une mise en œuvre. »
« L’intégration de tous les éléments armés du pays au sein de la structure de l’État central est essentielle pour renforcer la souveraineté de la Syrie, son intégrité territoriale et son unité sociale », a affirmé Fidan.
Il a souligné que ce processus ne concernait pas uniquement les FDS, indiquant que les groupes armés issus de la guerre étaient progressivement réunis au sein d’une armée nationale.
« Cela est important pour la stabilité du pays, pour attirer les investissements, renforcer la structure nationale et garantir que tous les citoyens se sentent en sécurité », a-t-il déclaré.
Fidan a également insisté sur l’importance de l’égalité entre les citoyens, affirmant que les Syriens doivent pouvoir vivre librement, sans discrimination ni persécution fondée sur leur religion ou leur identité ethnique.
« L’objectif du processus d’intégration est que nos frères et sœurs kurdes se sentent plus en sécurité, plus libres et plus prospères qu’auparavant. C’est également la vision de la Türkiye », a-t-il ajouté.
Fidan a évoqué les progrès réalisés dans la réintégration de la Syrie sur la scène internationale, citant notamment la décision des États-Unis de retirer le pays de leur liste des États soutenant le terrorisme ainsi que la clôture par l’Agence internationale de l’énergie atomique du dossier nucléaire syrien.
Rappelant la visite en août du ministre turc du Commerce, Ömer Bolat, à Damas et Alep, accompagné d’une délégation d’hommes d’affaires, Fidan a indiqué que la Türkiye et la Syrie souhaitaient accroître leurs investissements mutuels et porter le volume des échanges bilatéraux à 10 milliards de dollars à moyen terme.
Il a également souligné le potentiel de la Syrie en matière de connectivité régionale, estimant que le pays pourrait relier le Golfe à la Jordanie et à l’Arabie saoudite, l’Est via l’Irak et l’Europe via la Türkiye.
Fidan a indiqué que la Türkiye, l’Arabie saoudite et la Syrie travaillaient sur un projet ferroviaire destiné à relier le Golfe à l’Europe.
Il a ajouté que les entreprises turques, notamment celles du secteur industriel et du textile, manifestaient un vif intérêt pour investir en Syrie.
Fidan a affirmé que les politiques d’Israël constituaient « le principal obstacle » aux évolutions positives en cours en Syrie.
« Alors qu’il existe une Syrie qui suscite tant d’espoir dans la région et dans le monde, un acteur s’efforce soudainement de déstabiliser la Syrie. Vous connaissez le nom de cet acteur : Israël », a-t-il déclaré.
Il a cité comme dernier exemple une frappe israélienne contre la base aérienne militaire d’Abou al-Duhur, soulignant que la Syrie dispose du droit souverain d’assurer sa sécurité sur son territoire, de lutter contre le terrorisme et de renforcer ses capacités nationales.
« En ciblant systématiquement les capacités militaires de la Syrie, Israël soutient indirectement des organisations terroristes telles que Daech », a affirmé Fidan, estimant que les frappes israéliennes compromettaient également les efforts de la communauté internationale dans la lutte contre le terrorisme.
Fidan a déclaré que la Türkiye suivait attentivement les développements dans le sud de la Syrie et accusé Israël de contribuer à l’instabilité dans cette région.
« Nous savons qu’Israël joue un rôle dans cette instabilité. Ils ne le cachent pas, ils le disent ouvertement », a-t-il déclaré.
Il a également souligné que les Druzes faisaient partie intégrante de la société syrienne, estimant que la feuille de route de Soueïda annoncée l’année dernière constituait un cadre pour rétablir la sécurité et les services publics et favoriser la réconciliation sociale.
Pour parvenir à une solution durable avec Israël dans le sud de la Syrie, Fidan a estimé qu’un accord de sécurité fondé sur l’accord de désengagement de 1974 constituait « le seul cadre réaliste ».
Il a ajouté que lui et son homologue syrien avaient discuté des moyens de mobiliser plus efficacement les organisations internationales, notamment l’ONU, face aux actions israéliennes visant la souveraineté syrienne.
« Nous voulons que la Syrie soit un pays dont la souveraineté et l’intégrité territoriale soient pleinement garanties, où toutes les composantes de la société se sentent également appartenir au pays, et qui génère stabilité et prospérité pour ses voisins », a déclaré Fidan.
Répondant aux questions des journalistes, Fidan a accusé Israël de jouer un rôle négatif dans la région et de mener des politiques « expansionnistes, destructrices et déstabilisatrices ».
Il a affirmé que les politiques israéliennes visaient non seulement à empêcher la création d’un État palestinien, mais aussi à empêcher les pays voisins, notamment la Syrie, le Liban, la Jordanie et l’Égypte, de devenir forts, stables et économiquement prospères.
Selon Fidan, Israël considère le développement et la prospérité de ces pays comme une menace et cherche à maintenir l’instabilité.
« Il y a suffisamment de prospérité économique, de bonheur et de paix pour tout le monde dans la région, à condition que chacun reste à l’intérieur de ses propres frontières, ne convoite pas le territoire d’autrui et ne cherche pas à déstabiliser les autres », a-t-il déclaré.
« Mais malheureusement, Israël est conditionné de cette manière — comme nous l’avons également vu avec le génocide à Gaza au point de ne même pas pouvoir imaginer, ne serait-ce qu’hypothétiquement, une politique autre que l’effusion de sang », a ajouté Fidan.
« Toute la région est perçue à travers le langage des menaces et de l’hostilité, à travers l’agression, et sous l’angle de l’existence ou de l’anéantissement. »
Fidan a enfin averti que toute tentative de déstabilisation de la Syrie aurait des conséquences non seulement pour le pays et la région, mais également au-delà, appelant la communauté internationale à œuvrer pour éloigner Israël de sa « mauvaise voie ».
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