AA – Washington – Naz Altinsoy
L’unité de l’Irak est remise en question avec le pire carnage qui frappe le pays depuis le retrait des troupes américaines en 2011, mais une division pourrait aggraver le conflit sanglant, avertissent les experts.
Les Etats-Unis relevé que l’unité sera dans l’intérêt de l’Irak, bien que des conflits confessionnels touchent la nation.
"L’Irak unie est un Irak plus fort, et notre politique vise le respect de l’intégrité territoriale de l’Irak dans son entier", a affirmé le secrétaire d’Etat américain John Kerry, la semaine dernière sur la chaîne américaine NBC.
La porte-parole du Département d’Etat, Marie Harf, a appelé l’Irak à former un gouvernement représentant tous les Irakiens le plus rapidement possible,
Les élections parlementaires se sont tenues en Irak au mois d’avril, mais aucun gouvernement n’a pas encore été formé.
Mark Perry, expert des affaires étrangères, a indiqué que les stratèges américains veulent éviter les répercussions négatives d’une éventuelle division du pays.
"Lorsque les personnes ne se mettent pas d’accord, la solution n’est pas une séparation, il faut plutôt leur donner les structures adéquates pour qu’ils trouvent une issue à leurs problèmes", a-t-il expliqué. "Les divisons ne font que retarder le problèmes, menant souvent aux guerres".
Toutefois, la situation actuelle dans le pays montre qu’au mieux, les frontières se modifieront.
Massoud Barzani, le président de la région autonome kurde de l’Irak, se montre ferme sur les gains que ses forces ont acquis pendant le conflit.
Les Peshmergas kurdes ont pris le contrôle de la ville de Kirkouk, riche en pétrole, le 12 juin, suite au retrait des forces de sécurité irakiennes face à l’approchement des rebelles dirigés par l’organisation de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL).
Se référant au référendum qui ne s’est pas tenu, concernant le statut final de Kirkouk et d’autres villes que se disputent le gouvernement central et les Kurdes, Barzani a affirmé "maintenant, c’est fait".
La revendication des Kurdes sur la ville de Kirkouk, prouve à quel point la tension a grimpé dans le pays alors que les forces de sécurités irakiennes perdent de plus en plus de terrains contre l’EIIL.
Faysal Itani, participant au think-tank Conseil de l’Atlantique à Washington, a noté que les derniers événements placent les Kurdes sur « la bonne voie » pour un Etat indépendant. La division entre les sunnites et chiites continue toutefois à poser des enjeux compliqués.
"Je ne vois personnes faire officiellement la division, a-t-il dit. Qui le fera ? Comment ? De quel droit et par quel pouvoir ? Cependant, une division de facto est sans doute déjà en cours".
Mais les changements des frontières de l’Irak feront sans doute couler encore plus de sang, les parties s’affrontant pour les ressources et le territoire. Cela pourrait conduire à une intervention des Etats-Unis pour protéger ses intérêts et ses alliés, selon Itani.
"Une fois que vous vous mettez à revoir les frontières, vous ouvrez la boîte de Pandore de revendications en concurrence, de lutte pour les ressources et le territoire, de motifs pour un nettoyage ethnique et encore plus de conflits", a-t-il ajouté.
Amnesty International a affirmé vendredi dernier qu’ils ont recueilli des éléments attestant que le gouvernement irakien a procédé à des exécutions extrajudiciaires des détenus sunnites. Les chiites avait également été massacrés par les militants de l’EIIL lorsque ces derniers avaient pris notamment Mossoul, la deuxième plus grande ville irakienne.
Une éventuelle division sera par ailleurs un mauvais exemple pour les voisins multiethniques de l’Irak, c’est-à-dire la Turquie, la Syrie et l’Iran.
"Aucun de ces voisins n’apprécieront une division en Irak, a précisé Itani. Ils ont leurs propres populations multi-sectaires et ils sont effrayés par l’idée d’une fragmentation territoriale".