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Les réformes constitutionnelles sont à passer avant le scrutin présidentiel de 2015, sinon il n'y aura pas d'élections, selon le chef de file de l'opposition togolaise, Jean-Pierre Fabre, dans un entretien avec Anadolu.
"Depuis la signature de l'Accord politique global qui prévoit ces réformes, on nous les fait miroiter. A chaque élection, on nous dit « après les élections, on fera les réformes ». Et après les élections, on ne fait jamais les réformes." martèle Jean-Pierre Fabre, président de l'Alliance Nationale pour le Changement (ANC) principal parti d'opposition togolais. "Cette fois-ci, nous estimons qu’il est fondamental qu’on fasse les réformes avant les élections, sinon, il n'y aura pas d'élections" poursuit Fabre, sans donner plus de précisions.
L'accord politique global (APG) a été signé le 6 juillet 2006 entre les acteurs politiques togolais, sous la supervision de la communauté internationale, pour mettre fin aux violences qui ont suivi le décès de l'ancien président Eyadema Gnassingbé et une élection contestée de son fils, Faure Gnassingbé, président sortant dans le prochain scrutin qui aura lieu début avril, selon une récente déclaration de Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères et de la coopération togolais.
Pour l'opposition togolaise, il est nécessaire de faire passer, avant cette date, les réformes institutionnelles qui concernent, globalement, des dispositions introduites dans la révision constitutionnelle de 1992 aux fins d'apporter des conditions "plus restrictives" à l'accession à la magistrature suprême ou de "contrevenir aux règles de base de la démocratie, à savoir l'alternance au pouvoir."
"On a introduit dans la constitution modifiée, des éléments de discrimination. Mais ce qui est fondamental c’est la limitation du mandat présidentiel dont le verrou a sauté de sorte qu’aujourd’hui, il se trouve illimité. Nous demandons qu’on retourne, comme le régime s’est engagé à le faire, à cette limitation de mandat." poursuit Fabre "Le mode de scrutin qui était à deux tours est également revenu à un tour, ce qui est très grave parce que dans cette optique, une personne peut diriger un pays avec une majorité relative, et donc une légitimité très fragile."
Outre ces réformes liées à l'accès à la présidence, l'opposition réclame le changement de mode de nomination de nombre d'institutions étatiques, dont la Cour Constitutionnelle, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) et la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) "totalement déséquilibré en faveur du pouvoir en place" selon Fabre qui estime que l'actuel système de nomination "ne contribue pas à de bonnes élections."
Pour la réalisation de cet objectif, des manifestations de l'opposition togolaise ont appelé, devant ce qu'elle qualifie de "manoeuvres dilatoires du pouvoir de Gnassingbé" au concours de la communauté internationale "pour faire respecter l'engagement sur les réformes."
"J’attends de la communauté internationale, sous l’égide de laquelle l’accord politique global prescrivant ces réformes a été signé, qu’elle amène le Togo à obtempérer. Sinon, avec ou sans la communauté internationale, on conitnue d'oeuvrer dans le sens des réformes" a déclaré le président de l'ANC.
Face à l'empressement de l'opposition de faire passer les réformes en leur apportant un caractère rétroactif, la majorité présidentielle, représentée par le parti UNIR (Union Pour la République) a estimé que les revendications de l'opposition n'ont pour seule finalité que de priver le président sortant Gnassingbé de birguer un nouveau mandat, le troisième depuis son élection en 2005, accusations rejetées en bloc par Jean-Pierre Fabre.
"Si Monsieur Faure Gnassingbé est candidat à l’élection présidentielle, seule la Cour constitutionnelle est compétente pour vérifier s'il remplit les conditions constitutionnelles pour être candidat. Nous, nous n’avons jamais dit que Monsieur Faure Gnassingbé ne sera pas ou sera candidat" réplique Fabre qui rejette également les accusations de "blocage de minorité" du parti UNIR.
"On ne peut pas exiger les réformes pour, ensuite, les bloquer. L’introduction du projet de loi de révision constitutionnelle en juin dernier par le gouvernement à l’Assemblée nationale [chambre unique du Parlement togolais, ndlr] est une mise en scène orchestrée par le pouvoir en place, pour être ensuite rejetée par la majorité. Autrement, le gouvernement serait tombé.Introduire un projet de loi et le faire rejeter par sa majorité, sa large majorité. C’est de la pure comédie." réplique Fabre qui rappelle que l'ANC ne dispose que de 16 sièges, contre 62 pour UNIR sur les 91 députés que compte l'Assemblée Nationale.