AA/Tunis/ Seifedine Trabelsi
"Les Tunisiens ne pourront compter que sur eux-mêmes pour réussir leur démocratie", dans un contexte régional défavorable à l’établissement d’institutions républicaines, selon Vincent Geisser, politologue français, invité de la rédaction de l’Agence Anadolu.
Cette consolidation de la démocratie tunisienne par les Tunisiens eux-mêmes se fera à la faveur de l'activation des leviers prévus dans la Constitutiion de 2014, unanimement saluée comme la plus avancée de la région, relève Geisser.
A la veille des élections législatives du 26 octobre et présidentielle du 23 novembre 2014, Geisser a estimé que la Tunisie est « l'unique survivante » de la vague du Printemps arabe de 2011 qui a déferlé sur le Maghreb et le Moyen-Orient et que "les Tunisiens ne pourront compter que sur eux-mêmes" pour réussir leur transition démocratique.
La restauration de l’ancien régime en Egypte, les violences en Libye et au Yémen, le retour en force du régime de Bachar Alassad en Syrie ou encore la montée des mouvements djihadistes ont eu raison de l’établissement d’une démocratie dans la région, a-t-il analysé.
La Tunisie, en revanche, qui s’est distinguée par une situation relativement stable en comparaison avec ses voisins, ces trois dernières années, est parvenue à accomplir quelques avancées notables notamment en organisant les élections de l’Assemblée Constituante du 23 octobre 2012, en rétablissant une vie politique pluraliste, la liberté de la presse. Toutes ces progressions restent, toutefois, à consolider, a-t-il recommandé.
Pour le politologue, l’établissement d’une pérennité démocratique en Tunisie ne dépend que de ses citoyens et les pays occidentaux n’auront aucun rôle à jouer dans ce déroulement.
Les pays occidentaux adoptent en effet une attitude ambiguë à l’égard des pays du Maghreb et du Moyen-Orient, a-t-il souligné.
" L’Union européenne et les Etats-Unis soutiennent la démocratie en Tunisie, certes, mais si un coup d’Etat venait à se produire, ces mêmes pays prendront acte du renversement, mais ne feront rien", a analysé le chercheur exposant le cas de l’Egypte où le général Abdel Fattah al-Sissi fut critiqué à sa prise de pouvoir avant d’être accepté et même de devenir le médiateur de la question israélo-palestinienne.
Geisser a, par ailleurs, regretté le fait que plusieurs institutions européennes mettent sur le même pied d’égalité « l’Egypte d’Al-Sissi qui a tué plus de 600 personnes et condamné autant d’autres à mort » et la Tunisie, qui avance sur le chemin de la démocratie, en les considérant tous les deux comme des pays qui vivent une transition démocratique postrévolutionnaire.
"En réalité, seule la Tunisie a tracé son chemin vers la démocratie, c’est la leçon à retenir" a-t-il fait savoir.
Globalement, un certain nombre de consensus internes a été établi dans le pays, toujours selon Geisser, notamment l’envie de ne pas revenir en arrière, qui se traduit d’ailleurs par une constitution consensuelle écrite et votée à une très grande majorité par une Assemblée Nationale Constituante élue démocratiquement.
Cette constitution considérée comme exemplaire par de nombreuses institutions internationales, met en place un juste équilibre entre les différentes institutions de l’Etat pour éviter de retomber dans un régime présidentialiste en plaçant le parlement au centre de la vie politique, a-t-il encore fait observer.
Pour consolider la voie démocratique, les acteurs tunisiens doivent encore se détacher de l’idée que les élections présidentielles priment sur les législatives, surtout dans un pays où le parlement est devenu l’institution la plus importante, a également noté Geisser.
"Les acteurs politiques et les médias doivent en effet cesser de participer au jeu de la personnalisation du pouvoir, ne plus réfléchir avec le logiciel de l’ancien régime qui considère que seul le président compte, afin de réaliser pleinement la transition démocratique", a-t-il enfin recommandé.