AA/ Bamako/ Moussa Bolly
Les divers protagonistes impliqués dans les négociations qui s'ouvrent mercredi à Alger, tenteront d'en tirer le meilleur parti. Bamako, les rebelles, la société civile, l'opposition, mais également le médiateur Burkinabè, l'UA sous présidence mauritanienne et le pays hôte l'Algérie. La multiplication des intérêts particuliers et l'attisement de ces tensions risquent de porter préjudice à la réussite de ces négociations.
De prime abord, ni le gouvernement malien ni les mouvements rebelles ne veulent arriver à Alger en position de faiblesse, d’où la guerre des communiqués et des actes de provocation sur le terrain.
En effet, jeudi dernier, un communiqué officiel du gouvernement dénonçait des regroupements et une avancée des groupes rebelles dans le septentrion. Le lendemain, le Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA) annonçait de «violents combats» entre les «forces de l'Azawad» et «l'armée malienne et ses milices affiliées» durant toute la journée vendredi 11 Juillet 2014.
Le MNLA poussait la «propagande» jusqu’à dire que les Forces armées maliennes s’étaient alliées à des milices affiliées au Mouvement pour l'Unicité et le Jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO) pour les combattre. Et pourtant, l’implication des soldats maliens n’a été confirmée par des sources officielles ou indépendantes.
Il est aussi probable qu'au niveau des deux parties (pouvoir et rébellion arabo-touarègue), le débat sur la légitimité des représentants fait rage. Depuis quelques semaines le MNLA, le Haut Conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA) et le Mouvement arabe de l'Azawad (MAA) tentent d’exclure les autres forces présentes dans le Nord, notamment les milices d’auto-défense. Ce qui serait à la base des combats entre ces mouvements (signataires de la Déclaration d’Alger le 9 juin 2014) et ces milices qui refusent d’être exclues du processus de paix.
Au niveau du gouvernement c’est le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de l’Intégration africaine qui va conduire la délégation nationale à Alger, selon un communiqué de Koulouba. [présidence malienne]
Mais, il est clair que la société civile et l’opposition parlementaire exigent des places dans cette délégation. Les opposants jouent d’ailleurs leur va-tout depuis quelques jours pour ne pas «être ignorés dans le processus». Une offensive qui avait contraint, le Haut Représentant du Président de la République pour le Dialogue inclusif inter malien, Modibo Kéita à rencontrer la classe politique la semaine dernière pour lui dévoiler les grandes lignes de sa «Feuille de route». Il a notamment affirmé que «les partis politiques sont des acteurs incontournables dans le processus de négociation».
Au niveau des observateurs, on joue également des coudes pour se faire une meilleure place à la table. En effet, les organisations sous-régionales et régionales comme l’Union Africaine (UA) et la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) ne veulent pas laisser le terrain de la médiation à la seule Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).
Ainsi, après s’être longtemps maintenu à l’écart du processus de paix au Mali, le chef de l’Etat mauritanien et président de l’UA, Mohamed Ould Abdelaziz est sous le feu des projecteurs depuis qu’il avait réussi à faire signer un cessez-feu entre le Mali et les mouvements rebelles en mai dernier.
Un moment contesté et accusé au Mali de connivence avec les rebelles touaregs, le président Blaise Compaoré s’est aussi remis en selle en imposant l’accord signé le 18 juin 2013 à Ouagadougou (Burkina Faso) comme document de base des pourparlers. En rencontrant à Bamako le 30 juin dernier, la société civile, la classe politique, le Haut représentant du Chef de l’Etat, le responsable de la MINUSMA, il a prouvé qu’il avait encore le dossier en main.
«Ce processus de négociations n’aurait pas été envisageable sans l’Accord de Ouagadougou qui demeure, avec les Résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité, la base pour toute solution de sortie de crise», a reconnu le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, lors de la 32e session du Conseil de Médiation et de Sécurité de la CEDEAO, le 8 juillet 2014 à Accra (Ghana).
«Qu’on le veuille ou non l’accord de Ouaga est un document capital», a aussi insisté le Haut Représentant du chef de l’Etat pour le dialogue inclusif inter-malien en rencontrant les partis politiques jeudi dernier.
Si Blaise peut déjà jubiler, la paix est loin d’être gagnée. Les négociations vont être âpres pour satisfaire tout le monde, d’autant plus que certains groupes armés exclus des pourparlers ne s’avouent pas non plus vaincus. Traqués par "Serval" (France) et ses alliés, Ançar Dine et le MUJAO continuent de déstabiliser le septentrion.
Pour le ministre Diop, «l’objectif pour le Mali est d’aboutir à un Accord de paix global et définitif qui respecte l’Unité nationale du Mali, son intégrité territoriale et le caractère laïc de la République».