AA/Bamako/Moussa Bolly
Si la mort du terroriste Mohamed Ali ag Wadoussène, l'un des responsables opérationnels d'AQMI au Nord-Mali, tué dimanche par les forces françaises, a été largement relayée par les médias et a provoqué la satisfaction de Bamako, il ne faut toutefois pas crier victoire trop vite car seule une petite tête de l’hydre a été coupée, indique à Anadolu Abdou Kader Dramé, expert sécuritaire malien.
Mohamed Ali Ag Wadossène, membre d'Aqmi ( Al-Qaida au Maghreb) tué, au cours d’une opération de ratissage de la Force française dans les chaines de montagne du Tégharghar, dans le Nord du Mali était très connu des forces françaises qui "l'attendait au tournant."
Avec son complice Haïba Ag Acherif, Wadossène avait en effet enlevé les français, Serges Lazarevic et Philipe Verdon le 24 novembre 2011. Arrêté quelques semaines après son forfait lors de l’Opération française Serval (2012), il s’était évadé de la prison centrale de Bamako en juin 2014 après avoir tué de sang froid le gardien de prison, Kola Sofara.
Rattrapé par les forces spéciales de sécurité maliennes, un mois plus tard, il servira finalement, (avec trois autres compagnons) de monnaie d’échange pour la libération du dernier otage français dans le Sahel, Serges Lazarevic, le 9 décembre 2014.
A la suite de ces évènements, le président Ibrahim Boubacar Keita était monté au créneau martelant «celui-là qui a osé enlever un paisible citoyen français dans notre pays et tué un gardien de prison lors de sa brève évasion en juin 2014 ne pourrait jamais, jamais, être absous de ce fait, et à sa place j'eusse préféré mille fois qu'on me gardât en prison».
La mort de Wadossène réjouit donc aujourd'hui l'opinion malienne et beaucoup estiment que «justice a été enfin rendue à la veuve et à l’orphelin de Kola Sofara».
Toutefois, il ne faut pas crier victoire trop vite, alerte Abdou Kader Dramé, ancien de la DGSE (Direction générale de la sécurité d’Etat) à la retraite et consultant indépendant sur les questions sécuritaires dans la bande sahélo-saharienne.
Wadossène est certes "une prise de choix" pour les forces françaises, mais il ne reste qu'un exécutant, selon l'expert.
"Wadossène et ses complices ne sont que des petites têtes, des mercenaires chargés des basses besognes comme l’enlèvement d’occidentaux. Leur libération n’a été exigée par Aqmi que par crainte qu’ils ne trahissent le réseau en se sentant abandonné».
«Il n’a pas la même envergure que les vrais dirigeants des Katibas (brigades) ou un Iyad Ag Ghali d’Ançar Dine, c'est pourquoi sa mort est peu significative dans la lutte contre les réseaux terroristes au Mali», ajoute-t-il.
Selon un officier des services des renseignements du Mali, joint par Anadolu et qui a requis l'anonymat, "il aurait été bien plus judicieux de capturer ce terroriste, de le garder en vie et de lui soutirer des renseignements importants qui permettraient d’éliminer les grosses têtes de l'hydre que représente le terrorisme."
"Vivant, son témoignage aurait sans doute aidé à mieux connaître la nébuleuse qui l’employait, les hommes, les logistiques et peut-être même le plan des prochaines opérations déjà planifiées", souligne l'officier.
"Cette mort est presque un coup d’épée dans l’eau car les réseaux terroristes continuent à se renforcer à partir des camps d’entraînement de la Libye. Et tant que ce pays restera un no man’s land, il serait utopique d’espérer anéantir ces réseaux criminels dans le nord du Mali, voire dans la région sahélo-saharienne", ajoute pour sa part M. Dramé.
Al-Qaida au Maghreb « Aqmi ». qui n’a eu de cesse de multiplier enlèvements , exactions, et plus récemment attaques contre des casques bleus, a élu domicile dans le nord-ouest de Tombouctou, le Nord de Kidal, jusqu'aux frontières que partage le Mali avec l’Algérie (à Abeibara), la Mauritanie et le Sahara occidental.