AA / Jérusalem / Abderraouf Arnaout
Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, surveille en silence la course électorale vers la Maison Blanche, tout en souhaitant in petto la victoire du candidat républicain, Donald Trump, au détriment de son rival démocrate Joe Biden.
Des analystes israéliens estiment que la victoire du candidat démocrate à l'élection présidentielle du 3 novembre posera une problématique majeure pour Netanyahu.
Avi Iskharov, analyste politique du journal israélien Maariv, a déclaré à l'Agence Anadolu que, sans doute, Netanyahu « veut la victoire de Trump aux élections, dès lors qu'il a tout parié sur lui, et la défaite de Trump représentera un problème majeur pour le Premier ministre israélien ».
Il a ajouté : « Netanyahu a parié sur Trump depuis des années et a réussi de nouer une relation personnelle, non pas seulement avec Trump mais avec les membres de sa famille, en particulier son gendre (et conseiller) Jared Kushner ».
Et Iskharov de poursuivre : « Il existe une sorte d'alliance personnelle entre Netanyahu et Trump et il sera difficile pour chacun d'eux de se trouve en dehors du pouvoir».
« Alors que Biden n'est pas hostile à Israël, il ne peut pas cependant être classé dans le camp des personnalités favorables aux Palestiniens contre Tel-Aviv. De plus, Netanyahu a brûlé de nombreux ponts avec Biden et avec son parti ».
Depuis l'accès de Trump à la magistrature suprême américaine en janvier 2017, ses politiques ont été soutenues par Netanyahu qui avait attaqué l'ancien président démocrate, Barack Obama, après que ce dernier a approuvé l’approbation, à la fin de 2016, de la résolution 2334 de l'ONU qui considère la colonisation comme étant illégale ».
Netanyahu s’est attaqué également à l'accord international conclu sur le Programme nucléaire iranien et considère la précédente Administration américaine démocrate comme étant responsable de cet accord, chose qui a été utilisée par Trump et son Administration contre le Parti démocrate, d'où est issue Joe Biden.
De plus, Trump a offert à Netanyahu ce qu'aucun autre américain n'avait offert auparavant. Il s'agit de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël, du transfert de l'ambassade américaine de Tel-Aviv à la ville sainte ainsi que sa reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan syrien.
Trump a fermé, aussi, le Bureau de l'Organisation de la Libération de la Palestine (OLP) à Washington et cessé de considérer les colonies comme étant illégales au vu du droit international de même qu'il a offert sur un plateau le prétendu « Accord du siècle », avec un parti pris flagrant en faveur d’Israël, selon les Palestiniens.
De son côté, Khaimi Shalev, analyste du journal israélien Haaretz, a souligné lors d'un séminaire, tenu jeudi dernier et suivi en vidéoconférence par l'Agence Anadolu, que Netanyahu a mis tout son poids aux côtés de Trump, et si ce dernier perd, la situation de Netanyahu se détériora ».
Shalev a ajouté : « En cas de victoire de Trump, Netanyahu a beaucoup à gagner et cette victoire sera décisive pour son avenir politique ».
S’agissant de Trump, Shalev a estimé que « le président américain est profondément convaincu de pouvoir remporter un deuxième mandat présidentiel, ce que personne ne prévoit, mais il s'agit d'une personne démesurément ambitieuse ».
« Trump trempé sied parfaitement à Netanyahu dès lors qu'il ne peut pas lui dire non et c'est le seul parmi les Premiers ministres israéliens que l'actuel président américain ne peut s'y opposer », a-t-il relevé.
« Par contre, si Biden gagnait, la situation serait clairement différente », a-t-il ajouté.
« De nombreuses positions affichées par le Parti démocrate concernant Israël sont plus liées à Netanyahu personnellement, dans la mesure où ce dernier est le grand ami de Trump, chose dont il s’enorgueillie, et je pense que cette personnalisation s'imposera avec force en cas de victoire de Biden », a soutenu l’analyste.
« Netanyahu a bénéficié de nombre de privilèges lors du mandat de Trump, au cours des quatre dernières années, lesquels privilèges disparaitraient en cas de victoire de Biden à l’élection », a-t-il relevé.
« Durant les quatre ans du mandat de Trump, Israël a évolué pour la première fois sans un véritable contrôle de la Maison Blanche et sans que l'Administration américaine ne fasse part de ses désagréments, s’agissant de la colonisation et des orientations de la politique de Tel-Aviv envers les Palestiniens », a encore dit Shalev.
L'analyse s'est dit convaincu que « si Trump gagne, Netanyahu sentira qu'il a obtenu quatre années supplémentaires pour faire ce que bon lui semble ».
« Par contre, si Biden parvenait à s’imposer, son Administration afficherait des positions qui s’opposent aux visées d'Israël ou du moins à certaines de ces pratiques de temps à autre », a-t-il lancé.
Par ailleurs, le site d'information américain « Axios » a rapporté que « les résultats de l'élection américaine aideraient à déterminer si Israël fera face prochainement à d'autres élections ou pas ».
Dans une analyse publiée sur le site, jeudi dernier, il ressort que Netanyahu « évolue sur une plateforme politique instable, d'autant plus que sa popularité a grandement baissé, sur fond, entre autres facteurs, de la deuxième vague de la pandémie de la Covid-19 ».
« Netanyahu pourrait se trouver devant un tribunal, trois fois par semaine, à partir de janvier prochain, pour se défendre contre les accusations de corruption portées à son encontre », a ajouté le site d’information.
« Si Trump gagne, il est probable que Netanyahu recourt à sa relation étroite avec le président américain pour se refaire une santé sur le plan local. Il essaiera de redorer son blason à travers des élections anticipées en tentant de convaincre les électeurs qu'il est capable de réaliser beaucoup de choses », poursuit le média américain.
Cependant, conclut le site, « si Trump perd, il s'agira d'un coup de massue à l'encontre de Netanyahu, à un moment où il sera difficile pour lui de le supporter. Certes, Netanyahu a une relation personnelle, de longue date et amicale avec Biden, mais cela ne ressemble en rien à la convergence idéologique et politique avec Trump ».
*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou
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