Self Eddine Trabelsi
17 Mars 2017•Mise à jour: 18 Mars 2017
AA/Paris/ Nesrine Hammam
Marine Le Pen se place à la première place dans les sondages, depuis maintenant plusieurs mois, en France. À près de cinq semaines du premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril prochain, elle est quasiment certifiée de se retrouver au deuxième tour du scrutin, avec près de 27% des voix, selon la plupart des instituts de sondages.
* La ruse d’une femme
Depuis son élection à la présidence du Front national (FN) en janvier 2011, l’héritière du parti, Marine Le Pen, n’a cessé d’œuvrer à un élargissement, rompant ainsi avec l'image sulfureuse de son père Jean-Marie Le Pen. Poursuivies à plusieurs reprises en justice, elle semble cueillir les fruits d'une stratégie de dédiabolisation du FN, bénéficiant d’une popularité inédite pour sa famille politique.
Celle qui est arrivée en troisième position au premier tour de l’élection présidentielle de 2012 avec 17,90 % des suffrages exprimés, n'a jamais été autant bien placée dans les sondages, en tête du premier tour, au coude à coude avec le candidat d’En Marche, Emmanuel Macron.
Si les questions identitaires, sécuritaires et anti-immigration attirent toujours ses électeurs de base, sa stratégie anti-système, lui a permis de se forger une image de contestataire. Le FN est ainsi devenu « le parti des oubliés de la République », de « la masse silencieuse », « des déçus de la gauche et des systèmes de la 5eme République ».

* Des adversaires pas si convaincants
Totalisant 27 % des intentions de vote au premier de la présidentielle, Le Pen devance ses adversaires Emmanuel Macron (25 %) et François Fillon (20 %), selon le sondage quotidien sur l'élection présidentielle d'OpinionWay / ORPI pour « Les Echos » et « Radio classique ». Le socialiste Benoît Hamon, lui, est stable, avec 14 % des intentions de vote pour le premier tour, tout comme Jean-Luc Mélenchon, assuré de 11 %.
Le paysage politique français actuel joue, ce faisant, en faveur de la candidate FN: si à Droite le scandale du « Penelope Gate » met le candidat, François Fillon, en difficulté, l’éclatement de la gauche et l’absence d’alliance entre Hamon et Mélenchon, semblent assurer à la frontiste une place au deuxième tour.
Son concurrent principal Emmanuel Macron part peu assuré d’une base électorale instable, qui pourrait, du jour au lendemain, lui faire tort face à l’électorat fidèle du FN. D’ailleurs, 83 % des électeurs de Marine Le Pen ont fait part d’un choix définitif, contre 56% pour ceux d'Emmanuel Macron, selon le Sondage BVA-Sales force, diffusé samedi dernier.
* Un électorat en mutations
Au fil des élections, le Front National a vu son électorat évoluer. Traditionnellement composé de petits patrons et de commerçants, l'électorat FN tend de plus en plus à s'affirmer beaucoup plus comme un électorat populaire et rassembleur qu'une identité corporatiste sur laquelle le parti a longtemps reposé. D’après un sondage Elabe, Marine Le Pen recueillerait 44% du vote ouvrier contre 17% pour Jean-Luc Mélenchon, candidat de « la France insoumise » et 14% pour Emmanuel Macron. Le candidat de la gauche, Benoît Hamon, lui, ne séduirait que 10% contre 6% pour François Fillon.
Cette catégorie socioprofessionnelle qui avait longtemps été acquise par la gauche, traduit la transformation du vote en France, et expliquerait en partie la percée de la candidate dans les sondages. Plusieurs observateurs et politiques comparent le discours populaire de l’extrême droite d’aujourd’hui à celui de l’extrême gauche d’hier, notamment d’un point de vue économique (nationalisation, retraite, protectionnisme, opposition à l’Europe supranationales ...).
Le FN a, de surcroît, la côte chez les jeunes, dont 24% souhaitent la victoire de Le Pen à l'élection présidentielle. Ces «jeunes» de 18 à 34 ans ont été interrogés du 2 au 6 mars, dans le cadre du sondage Harris Interactive.
Marine Le Pen pourrait, du reste, retourner en sa faveur l’aspiration des Français au changement, bien que l’image du FN reste, jusque-là, négative chez 58% de ses concitoyens.