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11 Janvier 2022•Mise à jour: 11 Janvier 2022
AA / Tunisie / Alaa Hammoudi
Le président tunisien Kais Saïed a déclaré, lundi, que "de nombreux indices prouvent l'implication des personnes assignées à résidence", accusant certains des détenus d'avoir commis "des trahisons et des collusions avec des pays étrangers", tout en évoquant la peine de mort.
Saïed faisait ainsi référence à la fois au vice-président du mouvement Ennahdha, Noureddine Bhiri, et à l'ancien cadre du ministère de l'Intérieur, Fathi Baldi, qui sont détenus depuis plus de dix jours.
Le locataire du palais de Carthage a ajouté qu'il "n'est pas un partisan de la dictature", lors d'une rencontre avec la Première ministre Najla Bouden, selon une vidéo diffusée par la présidence.
Il a nié "mettre en prison ceux qui ont exprimé leurs opinions ou leurs positions, à l'opposé de ce que beaucoup appellent de leurs vœux dans le pays et à l'étranger", a-t-il déclaré.
Et Saïed de poursuivre : "Les autorités administratives et sécuritaires tunisiennes disposent de documents qui prouvent leur implication dans de nombreux crimes, notamment la falsification de documents de voyage et la remise de passeports à des personnes figurant sur des listes de terroristes présumés."
"Pourquoi ne soumettent-ils pas des propositions constructives ?", s'est-il interrogé, ajoutant : "Ils n'en sont malheureusement pas capables, parce qu'ils raisonnent en termes étriqués (sans les nommer). Ceux qui sont incarcérés sont bien traités et les médecins surveillent leur santé, tandis que les affaires ouvertes contre eux depuis 2013 n'ont pas été traitées par la justice".
Le 3 janvier, le ministre de l'Intérieur, Tawfik Charfeddine, a annoncé que Bhiri et Baldi étaient placés en résidence surveillée pour "suspicion de terrorisme" liée à la délivrance "illégale" de documents de voyage et de certificats de nationalité tunisienne à un Syrien et à son épouse, alors que Bhiri était ministre de la Justice (2011- 2013).
Le mouvement Ennahdha, qui dispose du plus grand bloc parlementaire (53 députés sur 217), la famille de Bhiri et ses avocats ont rejeté ces accusations, les qualifiant de "politisées", appelant à sa libération immédiate, et tenant Saïed et le ministre de l'Intérieur pour responsables de son sort, compte tenu de la détérioration de son état de santé, qui a nécessité son hospitalisation.
Critiquant le système judiciaire, Saïed a déclaré : "Il ne s'agit pas de la magistrature ni des juges, mais plutôt d'une justice indépendante qui permette la réalisation des objectifs de liberté et de justice que s'est fixés le peuple tunisien, et cela ne se produira que lorsque les juges auront toutes les possibilités et toutes les conditions pour accomplir leurs nobles fonctions, et non pour être des législateurs, ce qui n'est pas leur rôle."
Et de poursuivre : "Nous les impliquons, nous tenons compte de leurs avis et nous nous inspirons de leurs décisions, mais ils ne peuvent pas être les législateurs. Il n'y a pas de gouvernement des juges ou d'État des juges. Ce sont des juges de l'État tunisien, et il est totalement faux que nous les avons pris pour cible, malgré le fait qu'il existe des preuves que certains (des détenus) étaient impliqués dans des trahisons et des collusions avec des pays étrangers, et que la sanction pour cela pourrait être la peine de mort."
Le 5 janvier, le Conseil supérieur de la magistrature (organe constitutionnel / indépendant), a exprimé son refus de "revoir et réformer le système judiciaire par le biais de décrets (présidentiels)", appelant les juges à "préserver leur indépendance."
*Traduit de l’Arabe par M. Belhaj