AA/ capitales africaines/correspondants
A Conakry, des voleurs se servent de la peur suscitée par le virus Ebola pour commettre leurs méfaits. Dans les marchés, la bouche pleine de jus de bissap (boisson rouge à base de fleur d'hibiscus, très appréciée en Afrique de l'Ouest), ils se mettent à cracher le jus, couleur sang, en se tenant les côtes pendant que leurs complices criaient "Ebola! Ebola!", faisant ainsi fuir les commerçants. Il ne restait plus aux semeurs de panique qu'à ramasser l'argent ou les marchandises abandonnées.
Ce fait divers, relaté par des journaux guinéens, fait partie d'un ensemble d'anecdotes suscitées par des rumeurs liées à la propagation du virus Ebola dans la région ouest-africaine,
Sur son blog "Ma Guinée plurielle", le Guinéen Alimou Sow a recensé des "anecdotes et situations tragi-comiques" consécutifs à l'apparition du virus à Conakry.
"Ce week-end, un drame a été évité de justesse dans un bus de transport en commun sur l'autoroute Fidel Castro. Dans l'autocar plein comme un oeuf, la chaleur était suffocante. C'est à ce moment là que quelqu'un pris de nausée a vomi à l'intérieur ! C'est le sauve-qui-peut. Le conducteur a détalé le premier abandonnant le bus sur place d'où s'échappaient les passagers dans un chaos indescriptible. Plusieurs cas de blessés légers. Tant mieux, mieux vaut un bras fracturé qu'Ebola dans le ventre."
Au Bénin, depuis le 7 août, des abonnés au réseau de téléphonie mobile GSM, MTN, s'échangent via leurs téléphones portables, le message suivant:
"Le virus Ebola vient de faire son apparition au Bénin, certains cas ont été identifiés déjà. Chers bien aimés, ceci n'est pas une plaisanterie. Prenez vos précautions. Ne saluez plus les gens que vous ne connaissez pas en leur serrant la main. Le germe se transmet par simple contact direct, par le sang, par la sueur, les secretions du sujet infecté. Ne consommez plus de viande sauvage ou de viande dont vous ne connaissez pas la provenance et soyez rigoureux dans l'hygiène. Partagez l'information et sauvez la vie de vos proches. Symptôme: fièvre brusque, amaigrissement, écoulement sanguin par le nez et l'oreille"
Ce message qui circule sur les portables a eu son effet dans le quotidien de plusieurs Béninois. Désormais, les gens se saluent rarement surtout quand ils ne se connaissent pas. Certains alarmistes vont jusqu'à protéger leurs mains et pieds avec des toiles cirées ou des sachets avant de saluer leurs voisins.
Au poste de péage de Sèmè Kraké, le plus grand poste de péage du Bénin situé dans l'Est du pays, en allant vers Porto-Novo, ville frontalière du Nigéria, le personnel a adopté le port des gants. Ils ont tous porté de gants pour percevoir les 250 francs CFA chez les usagers. "Ebola ne commencera pas par moi", a dit Nestor, employé au poste de péage, souriant.
Au Mali, la panique avait gagné Bamako, dès avril, quand certains malades suspects ont été mis en quarantaine dans un quartier périphérique de Bamako du nom de Lassa. Mais les populations alertées par les communiqués du gouvernement et les spots publicitaires alarmistes à la télé ont chassé du centre d’hébergement les scientifiques, soigneurs et chercheurs de leur quartier.
A Bamako, Ami, la cinquantaine, a décidé de rembourser les deux parts restantes de sa tontine (épargne tournante pratiquée par des femmes maliennes) après avoir entendu "qu’une maladie venant de la Guinée allait tuer tout le monde et qu’elle ne voulait pas mourir avec une dette."
A Ndjamena, de folles rumeurs circulent depuis dimanche dans la capitale tchadienne annonçant l’éventuelle présence de l'épidémie. Cette information a pris de l’ampleur lorsque le gouvernement tchadien a interdit tous les vols en provenance du Nigéria.
La rumeur suggère à tous de boire de l’eau salée qui aurait des propriétés immunisantes à l'encontre du virus de l'Ebola. D'autres prescriptions, toujours en guise de prévention, recommandent de se laver avec des décoctions ou de boire du thé vert sans sucre. Ces consignes ont également été relayées par téléphone, pas toujours à des heures conventionnelles.
«J’ai reçu un coup de fil à 23 heures d’un ami qui m’exhorte pour ma survie et de ma famille d’appliquer à la lettre ce qu’il a à me dire, sinon, l'Ebola va s’abattre sur moi et toute ma famille» a déclaré à Anadolu Mahamat Sabour, habitant de quartier Diguel, au 8e arrondissement de la capitale, polygame avec 3 femmes et père de 13 enfants
« J’ai ensuite réveillé toutes mes femmes, ainsi que les enfants, et nous avons appliqué la consigne. Enfin, j’ai moi-même commencé à passer des coups de fil à des amis et connaissances jusqu’à l’épuisement de mes crédits téléphoniques » a-t-il ajouté.
C’est également le cas de beaucoup de Ndjamenois, ainsi que les habitants du province, qui ont été surpris, tard la nuit, par ces coups de téléphone et qui ont cru à cette alerte sans aucun fondement. Le lendemain, les discussions ne portaient que sur ce sujet à longueur de journée.
Sadia issakha, une habitante de Sarh, dans le sud du Tchad, reste persuadée du bien fondé de cette rumeur. Elle affirme que grâce au coup de fil que son père lui a passé depuis Ndjamena, elle a pu alerter toute sa famille après avoir réveillé son mari.
« L’on m’avait dit de pratiquer l’exercice juste cette nuit, et ne disposant pas assez de sel à la maison, je suis allé réveiller le boutiquier voisin qui, pour la circonstance n’a pas refusé de me vendre le produit malgré l’heure tardive, et grâce à moi, lui aussi avait participer à sauver des vies ». a-t-elle déclaré.
Cette affaire qui vient de perturber la tranquillité de la population a obligé le ministère de la santé publique à occuper les espaces médiatiques par des communiqués qui démentissaient la propagation imminente du virus.
Pour Hassan Nguéadoum, sécretaire d’Etat à la santé « ce ne sont que des rumeurs, aucun signe d’un quelconque fléau ou épidémie, moins encore d’Ebola n’est à l’ordre du jour » a-t-il annoncé, dans un communiqué dont Anadolu a eu copie dimanche.
-----------------------
Avec la contribution de Serge David Zoueme, Fatouma Harbern, Abdoulaye Adoum et Fabien Offner