AA / Istanbul / Sanaa Amir
Le paludisme continue de peser lourdement sur le continent africain, concentrant à lui seul l’essentiel des cas et des décès dans le monde, malgré des décennies d’efforts internationaux pour l’éradiquer.
L’Afrique subsaharienne, épicentre mondial de la maladie
À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme du 25 avril, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a renouvelé son appel à intensifier la mobilisation, tandis que la CEDEAO, réunie lors de son 27e sommet, a insisté sur la nécessité de renforcer la coopération régionale face à ce fléau.
Selon les dernières données de l’OMS, l’Afrique subsaharienne demeure l’épicentre de la maladie : en 2024, près de 95 % des cas mondiaux, soit environ 265 millions, et 95 % des décès, estimés à 579 000, y ont été enregistrés. Les enfants de moins de cinq ans représentent à eux seuls près de 75 % des décès, illustrant l’ampleur de la crise sanitaire et son impact sur le développement humain.
Depuis le début des années 2000, sous l’impulsion de l’OMS et de programmes internationaux comme Roll Back Malaria, des avancées significatives ont été réalisées. La distribution massive de moustiquaires imprégnées, l’élargissement de l’accès aux traitements à base d’artémisinine et le renforcement des campagnes de prévention ont permis de réduire la mortalité.
Toutefois, l’objectif de “zéro paludisme” reste hors d’atteinte, révélant un décalage persistant entre ambitions globales et réalités locales.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. La fragilité des systèmes de santé, le sous-financement chronique et les inégalités d’accès aux soins limitent l’efficacité des politiques publiques.
À ces contraintes structurelles s’ajoutent des facteurs environnementaux, notamment le climat tropical favorable à la prolifération du moustique Anopheles, vecteur de la maladie. Par ailleurs, l’émergence de résistances aux insecticides et aux traitements complique davantage la lutte.
Dans ce contexte, les stratégies évoluent. À l’échelle continentale, l’Union africaine, en partenariat avec l’OMS, mise désormais sur une approche axée sur la mobilisation de financements locaux, l’innovation technologique et la coordination régionale. Le déploiement progressif des vaccins antipaludiques RTS,S et R21 dans plusieurs pays marque une avancée majeure dans la diversification des outils de lutte.
Au niveau national, plusieurs États intensifient leurs efforts. En Côte d’Ivoire, une stratégie de “zéro paludisme” repose sur la gratuité du dépistage et du traitement pour les populations vulnérables, ainsi que sur l’intégration du vaccin dans le système de santé. Le Tchad a lancé en 2024 une campagne ciblant les enfants, avec une extension prévue d’ici 2026. Au Burkina Faso, une table ronde réunissant les acteurs du secteur privé s’est tenue le 22 avril 2026 à Ouagadougou afin de renforcer l’engagement dans l’élimination de la maladie.
Obstacles structurels et espoirs de nouvelles stratégies de lutte
Dans une interview accordée à Anadolu, le Dr. Souandaou Athoumani, chercheuse en biologie à l’Université d’Istanbul, rappelle que “le paludisme est une maladie infectieuse causée par des parasites du genre Plasmodium, transmis par les moustiques femelles Anopheles. Il s’agit d’une maladie potentiellement mortelle mais évitable et curable, à condition d’être diagnostiquée et traitée rapidement”.
Elle souligne également que “l’Afrique subsaharienne reste l’épicentre mondial du paludisme (…) malgré les progrès réalisés depuis les années 2000”, insistant sur le poids disproportionné supporté par le continent.
Interrogée sur les obstacles à l’éradication, elle explique que “l’objectif de ‘zéro paludisme’ est difficile à atteindre en raison d’une combinaison complexe de facteurs”, citant la faiblesse des systèmes de santé, les contraintes environnementales et les résistances biologiques. Elle ajoute que “les crises politiques, les conflits et les changements climatiques compliquent davantage les efforts de contrôle”.
Sur l’écart entre ambitions globales et réalités locales, la chercheuse estime qu’“il s’explique en grande partie par une inadéquation entre les stratégies internationales et les contextes locaux”, soulignant que les politiques standardisées ne répondent pas toujours aux réalités de terrain.
Concernant les défis majeurs, elle précise que “les obstacles sont à la fois structurels et biologiques (…) les défaillances des systèmes de santé amplifient les défis liés aux résistances, rendant la lutte encore plus difficile”.
Enfin, elle évoque un possible tournant stratégique : “l’introduction de vaccins comme RTS,S et R21 constitue une avancée majeure”, tout en insistant sur le fait que “ces progrès restent conditionnés à un déploiement massif, à un financement durable et à une intégration avec les autres outils de lutte”.
Ainsi, la lutte contre le paludisme en Afrique apparaît aujourd’hui comme un enjeu dépassant largement la seule dimension médicale. Elle s’inscrit dans une problématique structurelle et politique, nécessitant des réponses adaptées aux réalités locales. Si les récentes innovations et l’engagement accru des États africains ouvrent la voie à un changement de paradigme, la réussite dépendra de la capacité à articuler innovation scientifique, renforcement des systèmes de santé et appropriation locale des stratégies.
- Le paludisme au niveau mondial
Le paludisme continue de peser lourdement sur la santé mondiale. Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 282 millions de cas et 610 000 décès ont été recensés en 2024, soit une hausse d’environ 9 millions de cas en un an. Cette progression confirme que la maladie reste loin d’être maîtrisée, malgré des décennies d’efforts internationaux.
Dans ce contexte, l’Afrique demeure l’épicentre de la maladie. À elle seule, la région concentre 95 % des cas et des décès, avec un impact particulièrement dramatique chez les enfants de moins de cinq ans, qui représentent près des trois quarts des victimes. Cette situation met en lumière les inégalités persistantes en matière d’accès aux soins et de prévention.
Par ailleurs, le paludisme ne se limite pas au continent africain. Il reste endémique dans plusieurs régions d’Asie du Sud-Est et d’Amérique latine. Cette extension s’explique notamment par la résistance croissante aux traitements et aux insecticides, mais aussi par les effets du changement climatique, qui favorise la prolifération des moustiques. À cela s’ajoutent des contextes d’instabilité politique qui fragilisent les systèmes de santé et compliquent la lutte contre la maladie.
En Europe, et notamment en France, la situation est différente mais reste préoccupante. Le pays enregistre environ 6 160 cas importés en 2024, principalement liés à des séjours en Afrique subsaharienne. Ces cas concernent surtout des voyageurs ou des personnes rendant visite à leur famille dans des zones endémiques, faisant de la France le premier pays touché par le paludisme d’importation.