AA / Paris / Eşref Yeftale
Un fiasco, une débâcle, un naufrage… aucuns diminutifs ne pouvaient convenir à la très grande déception des supporters turcs, une frustration partagée par la majorité des journalistes sportifs turcs ou européens, des dirigeants du monde du sport et même des politiciens en Turquie…
Tout paraissait parfait avant le tournoi, la Turquie devait créer la sensation et terminer l’Euro à un niveau historique encore méconnu de son palmarès…
Finalement, bien loin des prévisions, le « Milli Takım » a été contraint de quitter le tournoi avec un bilan catastrophique avec 0 point, 1 seul but marqué et 8 encaissés.
Une défense aux abois
La Turquie a tout d’abord été surprise dans le compartiment où elle semblait être la plus forte : la défense !
Le potentiel est pourtant bien là avec Merih Demiral (23 ans) défenseur central de la Juventus de Turin en Italie, Çağlar Söyüncü (25 ans) intraitable en Premier League anglaise avec Leicester City, ou encore Zeki Çelik, (24 ans) champion avec le LOSC en Ligue 1 ou encore Ozan Kabak (21 ans) joueur de Liverpool.
Des erreurs à chaque match des phases de poule, une incapacité à retrouver la solidité affirmée de ces derniers mois, des relances hasardeuses, un binôme en défense central trop friable, un gardien de but Uğurcan Çakır moins rassurant qu’à l’accoutumé, bref le navire a commencé à tanguer par le point fort de cette sélection.
Les milieux de terrain turcs inexistants
Hakan Çalhanoğlu (27 ans), qui vient de parapher un contrat de 3 ans avec le champion italien de l’Inter Milan après une saison remarquable avec le club rival du Milan AC, était méconnaissable dans le jeu.
Un des éléments indispensables du choix tactique de Güneş, le milieu récupérateur du Fenerbahçe Ozan Tufan (26 ans) était transparent, le collectif de la Turquie, la combativité des milieux défensifs étaient inexistants, avec des joueurs souvent marqués physiquement au visage.
Cette même Turquie qui avait battu la France championne du monde 2-0 à Konya en 2019 après un match gagné au milieu de terrain avec un pressing et une combativité exemplaire représentatif du mental des joueurs turcs
Une attaque à renouveler…
Burak Yılmaz a certes fait le plus grand bonheur des supporters lillois cette saison, l’attaquant turc de 35 ans et capitaine du « Milli Takım » avait rassuré tout une nation avec ses prouesses en Ligue 1, une efficacité qui a porté le club du LOSC sur la plus haute marche dans le championnat de football en France.
Comme le reste de son équipe, le « Kral » (Roi) était inefficace, quasiment inexistant sur la pelouse, sans doute par le peu d’occasions créées (0 tir contre l’Italie) par son équipe.
Finalement, la Turquie marquera son seul et unique but lors de la 3ème et dernière journée des phases de poule avec la superbe frappe enroulée en pleine lucarne d’Irfan Can Kahveci (25 ans), une réalisation sublime donnant un goût amer aux supporters, voyant en quelques secondes ce qu’était capable de faire une sélection et des footballeurs mieux préparés.
Coaching… Şenol Güneş critiqué
Outre les trois défaites cuisantes contre l’Italie (3-0), le Pays de Galles (2-0) et lors de la dernière journée contre la Suisse (3-1), le manque de réactions des joueurs sur la pelouse, l’incapacité du coach Şenol Güneş à organiser son équipe nationale, les erreurs techniques, l’esprit combatif propre à cette sélection… absolument rien n’est apparu pendant cette campagne désastreuse de la Turquie à l’Euro.
Il y a encore deux mois, les turcs, leaders du groupe G des éliminatoires de la prochaine coupe du Monde Qatar 2022, avaient fait une très forte impression en balayant les Pays-Bas sur le score de 4-2, les néerlandais qui font carton plein en ce début d’Euro, et la Norvège 3-0 en déplacement.
Şenol Güneş a été logiquement, durant et après l’élimination, au centre des débats et des critiques.
Le choix des matchs de préparation contre des équipes « plus » faibles, le raté de la préparation physique de l’équipe nationale ne fait aussi plus aucun doute, auxquels viennent s’ajouter la communication hasardeuse, le système tactique inexistant de la sélection, des variations de onze de départ inexistants, aucunes révoltes des joueurs… bref il était temps que la compétition se termine pour les turcs.
La presse locale et les nombreux fans sur les réseaux sociaux ont lancé à plusieurs reprises des appels à la démission, mais pour le Président de la Fédération de football turque, il en est pas question à l’aube d’une autre organisation ô combien importante avec la prochaine Coupe du Monde de football FIFA au Qatar en 2022.
Une débâcle certes, mais faut-il s’inquiéter pour la suite
La Turquie a certes fait un très mauvais tournoi, mais il ne faut pas oublier que cette équipe était la plus jeune des 24 nations présentes avec une moyenne d’âge de 24,6 ans.
Est-ce que ce détail permet d’affirmer que la pression a été trop importante sur les épaules de ces jeunes footballeurs ? En partie oui…
La majeure partie des 26 sélectionnés sont déjà bien en place dans les quatre coins de l’Europe, dans les championnats anglais, français, italien ou allemand, dans des clubs plus au moins prestigieux.
La défense centrale turque a vraiment été mise à rude épreuve notamment contre l’Italie, ou la Suisse, mais les joueurs en devenir comme Demiral, Cağlar, Kabak ou l’étincelant Mert Müldür (22 ans) lors du dernier match, présage une belle assise défensive au « Milli Takım » dans les années à venir.
Même si le gardien de Trabzonspor n’a pas été exempt de tous reproches, Uğurcan Çakır reste un très bon gardien, qui sera rapidement mis en concurrence avec la jeune pépite du Fenerbahçe Altay Bayındır (22 ans), les deux portiers dont les noms circulent déjà sur les listes de transfert de grands clubs européens.
Malgré la faillite dans le combat du milieu de terrain, les joueurs turcs ont de quoi envier de nombreuses nations dans ce compartiment du jeu.
Néanmoins il faudra rapidement donner la chance aux espoirs du football turc, comme Orkun Kökçü (20 ans) du Feyenoord ou encore le milieu offensif de Trabzonspor Aldülkadir Ömür (21 ans) afin de pallier aux éventuelles passages à vide de la star milanaise Hakan Çalhanoğlu, lorsque la Turquie aura besoin de créativité pour débloquer des situations délicates.
Le plus grand chantier reste en attaque, où Şenol Güneş n’a pas donné la chance à d’autres que Burak Yılmaz. A 35 ans, l’expérimenté avant-centre a montré ses limites devant des défenses bien organisées.
Cengiz Ünder (23 ans) était un espoir en devenir indéniable, surtout avec ses débuts prometteurs à l’As Rome il y a quelques années, mais le jeune attaquant n’a toujours pas brillé dans le temps avec des statistiques toujours en dent de scie.
Idem pour Enes Ünal (24 ans) dont on attend son éclosion au plus niveau.
La Turquie a été éliminée prématurément de l’Euro 2020 malgré tous les espoirs qui ont été placé en elle par de nombreux spécialistes et journalistes, mais cette désillusion, ponctuelle, ne doit pas remettre en cause la philosophie actuelle de l’encadrement technique et les bons résultats obtenus lors des phases de qualification de l’Euro ou encore des éliminatoires de la Coupe du Monde.
Il faudra continuer à construire cette équipe avec le rajeunissement bien avancé de l’effectif, afin d’engranger un maximum d’expérience au plus niveau tant au niveau des sélections qu’en compétitions de club pour revenir fin prêt et atteindre des sommets historiques pour ce pays qui adule le football.
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