Mohamad Misto,Adham Kako
05 Juin 2018•Mise à jour: 05 Juin 2018
AA - Deraa (Syrie)
La Syrie est en proie à une terrible guerre civile depuis 2011 et les impacts sur la population de ces conflits en continu sont nombreux. Afin de faire face aux difficultés, des Syriens ont décidé de consacrer leur vie à améliorer celle des victimes de la plus grave crise humanitaire depuis la Seconde guerre mondiale.
Parmi eux, Bera Arrar, jeune mère de 24 ans et ancienne prisonnière des geôles du régime d’Assad.
Aujourd’hui libérée, la jeune femme a partagé avec un correspondant de l’Agence Anadolu (AA) la douleur vécue durant son emprisonnement.
Arrêtée en avril 2016, par les forces du régime d'Assad avec son nourrisson de 4 mois et demi, sous prétexte de soutenir le terrorisme, Arrar est restée emprisonnée pendant dix-neuf mois.
Détenue d’abord à Deraa elle a par la suite été transférée dans la capitale syrienne, Damas.
Si sa douloureuse expérience lui a tristement fait découvrir bien des choses, Arrar retient surtout l’impact qu’a la guerre sur la vie des enfants.
Alors qu’elle était sous les verrous, la jeune femme a beaucoup été touchée par le fait que les enfants soient privés de toutes choses.
Depuis sa libération, Arrar a décidé de travailler pour atténuer les souffrances des enfants victimes de la guerre.
Une envie probablement motivée par le fait d’avoir été séparée de sa fille, emportée par son époux qui l’a quittée, alors qu’elle était encore prisonnière.
Aujourd’hui, Arrar travaille dans un centre qui assure un soutien psychologique aux enfants syriens dans le district de Noa, au sud de Deraa.
De la sorte, la jeune femme tente d’apaiser, ne serait-ce qu’un peu, la douleur ressentie depuis qu’elle est séparée de son propre enfant.
Se consacrant entièrement au bonheur des enfants touchés par la guerre, Arrar a confié que les forces du régime infligent des tortures aux Syriennes détenues.
"Nous avons subi toutes sortes de tortures dans nos cellules. Nous avions l'habitude d'entendre toutes ces choses à la télévision. Mais après mon arrestation, je les ai moi même vécues", s’est indignée la jeune femme.
"En prison, j’ai constaté que les enfants étaient privés de la plupart des choses. N’étant jamais sortis, ils ne savaient même pas ce qu’est le ciel ni même une voiture. Dès ma libération j’ai décidé de consacrer mon temps à aider ces enfants".
Soulignant le sentiment de bien être que lui procure la sensation d’être avec des enfants, Arrar dispense aujourd’hui des cours d’arts plastiques.
S’adressant aux anciennes détenues craignant de sortir de chez elles, la jeune femme leur a conseillé de n’avoir aucune crainte et de poursuivre leur vie quotidienne telle qu’elle fût autrefois.
Espérant que l’ensemble des femmes détenues soient libérées, Arrar a ajouté qu’elle n’arrive pas à oublier l’image des femmes en pleurs lors de sa libération.