AA / Ankara
Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan : L'Accord de défense commune de La Mecque est techniquement équivalent à l'article 5 de l'OTAN
Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré que l'Accord de défense commune de La Mecque, signé entre la Türkiye, le Pakistan et l'Arabie saoudite, est « techniquement identique » à l'article 5 du Traité de l'Atlantique Nord relatif à la défense collective.
Invité de la rédaction d'Anadolu lors de l'émission le bureau des éditeurs, Fidan a répondu aux questions sur l'actualité et a évalué les enjeux de politique étrangère.
« C'était véritablement une journée historique. Sous la direction de notre président Recep Tayyip Erdogan, notre politique étrangère poursuit depuis de longues années plusieurs objectifs stratégiques majeurs. Nous avons été témoins de la concrétisation de l'un de ces jalons. »
Fidan a souligné que le Moyen-Orient est marqué depuis des décennies par l'instabilité, les guerres, les occupations, les déplacements forcés et les crises humanitaires. Il a indiqué que les gouvernements de l'AK Parti ont longuement analysé cette situation afin de trouver un cadre susceptible d'apporter une stabilité durable.
Selon lui, après avoir affiné cette vision ces dernières années, Ankara l'a partagée avec les parties concernées avant d'aboutir à une proposition concrète.
Fidan a expliqué que l'objectif de la Türkiye est de renforcer la capacité des pays de la région à assurer eux-mêmes leur sécurité.
« Les puissances hégémoniques extérieures ne résolvent pas les problèmes de la région ; elles les aggravent souvent et en augmentent le coût. Les pays de la région doivent construire des mécanismes institutionnels leur permettant de garantir eux-mêmes leur sécurité, leur stabilité économique, leur développement et leur prospérité. »
Il a rappelé que la Türkiye entretient de bonnes relations avec la plupart des pays de la région, tout en estimant que celles-ci demeurent largement dépendantes des circonstances politiques.
« Nous avons toujours pensé qu'il fallait rendre ces relations plus permanentes et plus institutionnelles. Pour assurer la stabilité régionale, les liens de fraternité doivent reposer sur des structures durables, professionnelles et capables de fonctionner de manière autonome. »
Fidan a estimé qu'aucune intégration économique durable n'est possible sans garanties de sécurité mutuelle.
« Une région a besoin d'une alliance de défense. Les pays ne peuvent bâtir des structures économiques solides sans être assurés de la sécurité des uns et des autres. L'histoire le montre également. Nous l'avons vu avec l'Union européenne, qui s'est développée sous le parapluie sécuritaire américain. Notre objectif est de mettre fin, ou au moins de freiner, l'instabilité régionale afin de favoriser une intégration économique et sociale plus poussée et d'améliorer le bien-être des populations. »
Il a reconnu qu'il s'agissait d'un projet de long terme, précisant que tous les travaux conceptuels et les plans nécessaires avaient déjà été préparés.
Le chef de la diplomatie turque a indiqué que les discussions autour de cet accord se poursuivaient depuis deux ans et huit mois avec les futurs signataires ainsi qu'avec d'autres pays de la région.
Interrogé sur la durée de préparation de l'accord, il a répondu :
« Oui. Il a fallu passer d'une idée à un concept, puis du concept à un accord. »
« Techniquement, c'est l'équivalent de l'article 5 de l'OTAN »
Fidan a affirmé que l'accord reprend le principe de la défense collective.
« Techniquement, il est identique à l'article 5 de l'OTAN. C'est précisément pour cela que l'on crée un pacte de sécurité. Les pays choisissent de rejoindre une alliance afin de bénéficier du soutien protecteur des autres membres. »
Il a rappelé que la Türkiye est membre de l'OTAN depuis 1952 et a participé durant des décennies aux réunions de l'Alliance.
Selon lui, l'OTAN n'a activé le principe d'intervention collective qu'à de rares reprises, notamment en Afghanistan et au Kosovo, l'essentiel de sa force reposant sur la dissuasion.
« Le message est simple : si vous m'attaquez, vous ferez face à une force militaire collective. N'éprouvez pas cette capacité. Grâce à cette dissuasion, les pays peuvent se consacrer à leur développement politique et économique. »
Il a souligné que la violence et les conflits restent le principal obstacle au développement.
« Nous nous engageons à garantir mutuellement notre sécurité »
Selon Fidan, la première fonction d'une alliance est de créer une confiance mutuelle entre ses membres.
« En rejoignant une telle alliance, les États s'engagent avant tout à ne pas constituer une menace les uns pour les autres, mais au contraire à devenir une garantie de sécurité réciproque. Le point de départ est là. Il ne s'agit pas d'abord d'envoyer un message à un acteur extérieur, mais d'affirmer que nous sommes désormais solidaires et qu'aucun dommage ne viendra de l'un envers l'autre. »
Il a précisé que les modalités d'assistance prévues par l'accord dépendront des décisions des organes compétents.
« Un pays pourra dire : "J'ai besoin de renseignements, j'ai besoin d'un soutien logistique, j'ai besoin de munitions, et, si cela ne suffit pas, à un stade plus avancé, j'ai besoin d'unités militaires." Il s'agit d'un processus à plusieurs niveaux, dont les modalités varient selon l'ampleur de la menace.
Jusqu'à présent, la perspective que nous avons définie est la suivante : nous mettrons en place un comité ministériel permanent. À l'image de l'OTAN, il existera un comité politique et militaire réunissant les ministres des Affaires étrangères, les ministres de la Défense et les chefs d'état-major. Ce comité sera chargé de traduire en décisions la vision définie par les dirigeants de l'alliance et d'en assurer le suivi. Un secrétariat général, doté d'une structure institutionnelle, sera créé pour mettre en œuvre cette vision. »
« La coopération dans l'industrie de défense a été au cœur des discussions entre les trois dirigeants »
Soulignant qu'il s'agit d'une étape structurelle majeure, Fidan a poursuivi :
« Il ne s'agit pas simplement de signer un accord puis de repartir. Le secrétariat général assurera le suivi permanent de toutes les questions relatives à cette alliance de défense entre les trois pays ainsi que de la mise en œuvre des décisions prises.
Nous n'avons pas encore commencé à travailler, les signatures viennent tout juste d'être apposées. Après la première réunion du comité, nous soumettrons probablement aux dirigeants, en tant que ministres, des propositions concernant la création du secrétariat, sa structure, son fonctionnement et les premières missions qui lui seront confiées.
Les domaines de travail seront nombreux. Sur le plan militaire, il y a notamment la question essentielle de l'interopérabilité, concept central au sein de l'OTAN. Il s'agit de permettre à des armées ayant des structures différentes d'opérer efficacement ensemble. Cela comprend également la formation conjointe, le soutien mutuel, les questions logistiques, l'analyse des menaces, le partage du renseignement et, surtout, la coopération dans l'industrie de défense.
Le sujet qui a le plus occupé les trois dirigeants hier concernait précisément la coopération dans l'industrie de défense et la manière dont les pays pourront bénéficier mutuellement de leurs technologies. »
Fidan a souligné qu'il s'agit d'un processus institutionnel exigeant, appelé à s'inscrire dans la durée.
« Les pays ne se retrouveront plus, en période de crise, à se demander : "Que devions-nous faire ensemble déjà ?". Comme je le souligne toujours, en politique étrangère comme dans tout autre domaine, il ne faut pas laisser le succès au hasard. Il faut institutionnaliser les mécanismes et leur assurer une continuité. »
Estimant que les États devaient se rassembler autour d'intérêts communs au sein d'une alliance, Fidan a conclu :
« Ces trois pays constituent le noyau fondateur de cette alliance. »
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