Le conseiller principal du président turc et vice-président du Conseil des politiques juridiques de la présidence, Mehmet Ucum, a signé une analyse pour Anadolu consacrée à la signification du 15 juillet dans l'histoire politique de la Türkiye.
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Dans la soirée du 15 juillet 2016, la Türkiye a été confrontée à l'une des plus grandes attaques et à l'une des plus viles trahisons de l'histoire de la République. La tentative de coup d'État menée par l'organisation terroriste FETO, avec des soutiens extérieurs, a été écrasée grâce à la lutte héroïque du peuple turc sous le leadership courageux, déterminé et fort du président Recep Tayyip Erdogan.
À l'occasion du dixième anniversaire de l'épopée des 15 et 16 juillet, l'une des pages les plus glorieuses de l'histoire de la lutte nationale, il est opportun d'examiner et d'évaluer une nouvelle fois les différentes dimensions de cet événement.
Selon Mehmet Ucum, la Guerre d'indépendance s'est appuyée sur la philosophie inclusive de l'Anatolie sous la direction de Mustafa Kemal Atatürk. Les congrès d'Erzurum et de Sivas, l'ouverture de la Grande Assemblée nationale, l'adoption de la Constitution de 1921, les victoires remportées contre les forces d'occupation, le traité de Lausanne et la proclamation de la République constituent les principales étapes de cette période de libération.
Il estime que cette « philosophie de la libération » a cherché à englober toutes les régions, toutes les identités et toutes les valeurs de l'Anatolie, une approche qu'il qualifie d'« inclusivité anatolienne ». Selon lui, cette lutte d'indépendance a représenté l'une des grandes révoltes du XXe siècle contre les formes classiques et néocoloniales de l'impérialisme, influençant de nombreux peuples opprimés.
Mehmet Ucum souligne toutefois que les puissances impérialistes n'ont jamais pleinement accepté l'émergence de la nouvelle Türkiye fondée sous la direction d'Atatürk. N'étant pas parvenues à réaliser leur objectif de démanteler totalement l'Empire ottoman et de placer le pays sous leur contrôle, elles auraient, selon lui, rapidement engagé des opérations contre la jeune République, opérations qui se poursuivraient depuis près d'un siècle.
L'analyse souligne également qu'après la proclamation de la République, l'approche inclusive de la « nation turque » qui prévalait durant la guerre de libération a progressivement cédé la place à une conception plus exclusive de l'identité nationale. Mehmet Ucum estime que cette évolution a été influencée par le contexte régional de l'époque, la situation politique en Europe et la volonté de protéger le pays contre les ambitions impérialistes.
Il rappelle néanmoins que Mustafa Kemal Atatürk est parvenu à édifier un système juridique fondé sur le principe de la laïcité, faisant émerger un État de droit dans une région marquée par les rapports de force politiques.
Selon lui, la philosophie de la fondation de la République, inspirée d'un modèle occidental et visant à créer une « nation républicaine » de type occidental, a également donné lieu à des pratiques de pouvoir ayant parfois marginalisé, appauvri ou cherché à effacer la richesse des identités et des valeurs du pays.
Mehmet Ucum considère que ces difficultés trouvent leur origine dans le décalage apparu entre les choix des pouvoirs étatiques et la société. Il estime que cette contradiction a engendré des formes de pressions systématiques à l'encontre des milieux religieux, des pratiques préjudiciables pour les minorités, un approfondissement des problèmes liés à la communauté alévie, ainsi que des tensions concernant les identités turque, kurde et d'autres composantes de la société.
Il ajoute que des injustices croissantes se sont également développées dans le domaine de la justice sociale jusqu'à la fin du XXe siècle.
Selon lui, la société turque a payé un lourd tribut au cours de cette période. Il souligne que la République et ses acquis appartiennent aujourd'hui à l'ensemble de la nation, qu'ils ne sauraient faire l'objet d'un monopole, être évalués sur une base idéologique ou être utilisés comme un instrument de supériorité d'un groupe sur un autre.
Ces acquis, conclut-il, demeureront les lignes rouges communes de l'ensemble de la société turque, tandis que le processus de résorption des contradictions entre l'État et la société est devenu, selon lui, inévitable.
Un second combat de libération dans le processus d'achèvement de la fondation de la République
Selon Mehmet Ucum, la nouvelle approche politique qui s'est développée en Türkiye depuis le début du XXIe siècle sous la direction du président Recep Tayyip Erdogan vise à résoudre les problèmes engendrés par la contradiction fondamentale entre l'État et la société.
Cette approche a cherché à établir un « centre démocratique » au sein d'un système qu'il qualifie d'antidémocratique, de tutélaire, d'oligarchique et d'autoritaire. Il estime ainsi que l'expérience politique vécue jusqu'au 15 juillet 2016 peut être définie comme un effort visant à construire et à renforcer un centre démocratique à l'intérieur d'un système antidémocratique.
Selon lui, cette contradiction a conduit à l'émergence de pratiques étatiques duales. D'un côté, le centre démocratique s'est efforcé d'élargir le champ des droits et des libertés, de favoriser la croissance économique et d'accroître la prospérité du pays ; de l'autre, des pratiques étatiques antidémocratiques ont continuellement entravé ces efforts et cherché à maintenir la Türkiye dans une position de faiblesse et de dépendance.
Mehmet Ucum affirme que ces structures antidémocratiques, établies dès la fondation de la République, ont permis à différents mouvements de cadres de s'infiltrer dans l'État afin de prendre le contrôle de certaines institutions. Parmi eux, la plus durable et la plus influente aurait été, selon lui, l'organisation terroriste FETO, qu'il qualifie de mouvement « politiquement réactionnaire et fasciste », ayant tenté pendant quarante-cinq ans de s'implanter au sein de l'appareil d'État.
Il estime que l'idéologie de l'organisation terroriste FETO repose sur une vision monolithique du monde hostile à la diversité et qu'elle rejette la démocratie, le pluralisme et le principe de souveraineté nationale. Il ajoute que l'organisation présente également les caractéristiques d'une structure de type mafieux et qu'elle a fonctionné comme un réseau d'espionnage.
Selon lui, la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016 constituait une entreprise de renversement et d'occupation, dont le centre opérationnel et la principale colonne vertébrale étaient formés par l'organisation terroriste FETO. Cette tentative visait, d'une part, à éliminer le centre démocratique et, d'autre part, à porter atteinte à l'unité de la Türkiye.
Il qualifie ce mouvement de « politiquement réactionnaire et fasciste », estimant qu'il cherchait à faire reculer le pays, à effacer ses acquis économiques, culturels et historiques ainsi que ses valeurs.
Mehmet Ucum considère que la réaction du président Recep Tayyip Erdogan et la résistance de la population, qui a défié le danger au péril de sa vie, ont permis de faire échouer cette tentative de coup d'État.
Il estime que cette mobilisation populaire a donné naissance à « l'une des plus grandes révolutions populaires pacifiques de l'histoire ».
Selon lui, depuis le début du XXIe siècle, la Türkiye est entrée dans une phase visant à achever le processus de fondation de la République entamé en 1923. Cette étape s'est traduite par des réformes destinées à affaiblir ce qu'il appelle la « domination institutionnelle bureaucratique » et à préparer une transformation du système.
Il affirme que, face aux tentatives des « forces fascistes mondiales » d'empêcher l'achèvement de ce processus, le peuple turc a repoussé cette attaque les 15 et 16 juillet 2016 et remporté ce qu'il qualifie de « second combat de libération ».
Selon Mehmet Ucum, le premier combat de libération a été mené contre une occupation impérialiste ouverte et un projet de partition du pays, tandis que le second s'est déroulé contre une tentative d'occupation et de division menée de manière indirecte en utilisant des dynamiques internes.
Il établit un parallèle entre les deux périodes, estimant que la première guerre de libération a été remportée grâce au leadership mondial de Mustafa Kemal Atatürk et au sacrifice du peuple anatolien, tandis que la seconde a été victorieuse sous la direction du président Recep Tayyip Erdogan, qu'il décrit comme « l'un des plus importants dirigeants directs et organiques du XXIe siècle », et grâce à la résistance de la population.
Enfin, il souligne que ces deux combats de libération constituent, selon lui, deux phases d'une même lutte nationale menée depuis près d'un siècle contre les tentatives d'occupation et de démembrement de la Türkiye, et qu'ils doivent être considérés comme des étapes complémentaires d'un même processus historique.
Selon Mehmet Ucum, les événements des 15 et 16 juillet 2016 peuvent être qualifiés de « plus grande révolution politique du XXIe siècle à ce jour » et être désignés comme une « Révolution populaire nationale et démocratique ».
Il estime que cette révolution se distingue des autres révolutions politiques de l'histoire tant sur le plan qualitatif que quantitatif. Elle est, selon lui, « nationale » parce qu'elle a repoussé une tentative de renversement et d'occupation menée par des « forces fascistes mondiales » contre la Türkiye et qu'elle a défendu la patrie ainsi que les valeurs du pays.
Elle est également « démocratique » parce qu'elle a protégé la volonté nationale et défendu la démocratie. Enfin, elle est une « révolution populaire » parce qu'elle n'a pas été menée par une avant-garde organisée, mais directement par le peuple, sous la direction du président Recep Tayyip Erdogan, qu'il qualifie de « dirigeant organique et direct du peuple ».
Mehmet Ucum rappelle que toute révolution comporte deux phases : la prise du pouvoir et la construction d'un nouvel ordre. Selon lui, les 15 et 16 juillet ont permis de mettre en échec les membres de l'organisation terroriste FETO infiltrés au sein des institutions de l'État et de mettre fin à ce qu'il appelle la « domination institutionnelle bureaucratique ».
Il affirme que des structures « hostiles au peuple » présentes dans l'armée, la justice, la bureaucratie administrative, l'économie, l'éducation et la culture ont été écartées de leurs positions dominantes à la suite de cette révolution.
Selon lui, la Türkiye est désormais entrée dans la seconde phase de cette révolution, qu'il décrit comme une période de reconstruction de l'État national et de construction d'un « État du peuple ».
Mehmet Ucum qualifie également les événements des 15 et 16 juillet de « plus grande révolution pacifique de l'histoire politique mondiale ». Il souligne que les millions de personnes descendues dans la rue, qui se sont opposées aux chars et ont fait barrage aux bombes et aux balles, n'ont pris part à aucune action portant atteinte aux biens ou aux personnes.
Il rappelle que 252 personnes ont perdu la vie et que 2 193 autres ont été blessées au cours de cette nuit, tout en affirmant qu'aucune infrastructure économique n'a été délibérément endommagée par les civils et qu'aucun citoyen n'a répondu aux putschistes par les armes.
Selon lui, les compagnies d'assurance ont établi que la quasi-totalité des dommages matériels résultaient des bombardements, des tirs et des destructions causés par les membres de l'organisation terroriste FETO.
Il estime que cette attitude démontre « la conscience, la justice et la sagesse » du peuple turc, qu'il considère comme la principale garantie de la protection de la patrie, de la démocratie et de l'État.
Dans son analyse, Mehmet Ucum affirme également que la culture démocratique de la Türkiye s'est développée non pas à travers la prospérité économique, mais à travers la capacité de la société à s'exprimer librement.
Il oppose cette trajectoire à celle des démocraties occidentales, qu'il considère comme fondées sur la société de prospérité et donc plus vulnérables aux crises économiques. Selon lui, l'érosion de la prospérité en Occident favorise le recul de la démocratie et la résurgence du racisme, de la xénophobie et de pratiques qu'il qualifie de fascisantes.
À l'inverse, il estime que le processus de démocratisation en Türkiye est né de la lutte de la société pour exprimer librement ses valeurs, ses identités et sa culture, ce qui confère au pays une culture démocratique plus solide et plus durable.
Selon lui, depuis la « Révolution populaire nationale et démocratique » des 15 et 16 juillet, la volonté démocratique de la société turque s'est encore renforcée et s'est inscrite dans la durée, rendant la démocratie turque moins sensible aux évolutions économiques.
Enfin, Mehmet Ucum estime que les événements du 15 juillet ont démontré le caractère infondé des thèses sur une profonde polarisation sociologique de la société turque.
Il considère que les veillées pour la démocratie, le rassemblement de Yenikapi et la mobilisation de l'ensemble des composantes de la société ont montré que les citoyens étaient capables de se rassembler lorsque la patrie et la démocratie étaient en jeu.
Selon lui, cette période a vu se développer une culture de l'action commune, fondée sur le patriotisme et désignée sous le nom d'« esprit de Yenikapi », devenue une valeur nationale portée et adoptée par le peuple.
Selon Mehmet Ucum, les conséquences de la « Révolution des 15 et 16 juillet » visant à éliminer les structures « hostiles au peuple » infiltrées au sein de l'État et du système se sont manifestées dans les domaines de la fonction publique, de l'économie, des médias, de l'organisation et de la politique.
D'après les données de la Commission d'examen de l'état d'urgence (OHAL), 131 922 mesures administratives ont été prises par le biais des décrets-lois adoptés dans le cadre de l'état d'urgence. Parmi elles, 125 678 concernaient des révocations de la fonction publique.
Par ailleurs, 3 483 mesures ont consisté en des retraits de grades ou des exclusions d'établissements d'enseignement, tandis que deux décisions ont porté sur le retrait de décorations.
Dans les domaines de l'économie, des médias et des organisations, 2 761 mesures supplémentaires ont été appliquées, notamment sous la forme de fermetures d'institutions, de dissolutions d'organisations et de nominations d'administrateurs judiciaires.
Mehmet Ucum estime toutefois que la principale conséquence révolutionnaire réside moins dans l'ampleur quantitative de ces mesures que dans leur portée qualitative.
Selon lui, près de 60 % des généraux et amiraux de l'armée ainsi qu'environ un tiers des juges et procureurs ont été révoqués en raison de leurs liens présumés avec des structures qualifiées d'« hostiles au peuple ». Il considère également que les mesures prises à l'encontre de hauts responsables de l'administration ont eu un impact qualitatif important.
L'auteur soutient en outre que la direction du pays, les dynamiques politiques et sociologiques ont démontré une volonté de lutter contre les « ennemis du peuple » et les « organisations fascistes » dans le respect du droit et des exigences de l'État de droit.
Il estime que cette approche constitue peut-être le premier exemple, dans l'histoire des révolutions, d'un maintien dans le cadre juridique pendant une période révolutionnaire. Il qualifie cette démarche de « principe du respect de l'État de droit ».
Dans ce contexte, des voies de recours ont été ouvertes à ceux qui s'estimaient lésés. Mehmet Ucum souligne notamment le rôle de la Commission d'examen de l'état d'urgence, qu'il considère comme un important mécanisme de recours.
Selon les données qu'il cite, 127 292 demandes ont été déposées auprès de cette commission pour contester les mesures prises par décret-loi, soit un nombre supérieur à celui des révocations de la fonction publique.
La commission a statué sur l'ensemble des dossiers et rendu 17 960 décisions favorables aux requérants. Ces décisions sont entrées immédiatement en vigueur, la législation ne prévoyant aucun recours de l'administration contre les décisions de réintégration. La commission a achevé ses travaux le 22 janvier 2023.
Mehmet Ucum rappelle également que, selon les données du ministère de la Justice au 26 janvier 2018, 105 709 enquêtes avaient été ouvertes dans le cadre des procédures pénales liées à la FETO, concernant 214 442 suspects.
Concernant les poursuites judiciaires, 43 274 dossiers avaient été portés devant les tribunaux, impliquant 90 166 accusés.
Il affirme que ces procédures pénales ont elles aussi été menées dans le respect de l'État de droit et que seules les personnes dont la culpabilité a été définitivement établie ont été condamnées.
Enfin, se référant aux données les plus récentes du ministère de la Justice, Mehmet Ucum estime que le nombre élevé d'enquêtes, de poursuites, de condamnations et d'autres décisions judiciaires démontre que la lutte menée contre l'organisation terroriste FETO par les voies du droit se poursuit de manière continue, efficace et déterminée.
Il ajoute que les formations politiques attachées à la démocratie et rejetant toute autre voie que la politique démocratique ont également contribué à ce processus en s'efforçant d'écarter, directement ou indirectement, les personnes entretenant des liens avec des structures qu'il qualifie de « politiquement réactionnaires et fascistes ».
- La politique sociologique et le leadership direct
Selon Mehmet Ucum, il convient également de souligner les changements majeurs apportés par le président Recep Tayyip Erdogan dans sa manière de faire de la politique et d'exercer le leadership, des évolutions qui ont contribué au succès de la « Révolution des 15 et 16 juillet » et au renforcement de la démocratie turque.
Il estime que l'expérience politique du président turc constitue un exemple important en matière de « politique de la demande » et de « leadership direct », et que ces innovations ont profondément modifié les fondements de la vie politique démocratique en Türkiye.
Selon lui, Recep Tayyip Erdogan a opéré une transformation radicale en remplaçant la « politique de la représentation » par une politique directement fondée sur le peuple, qu'il qualifie de « politique de la demande ».
L'une des principales conséquences de cette évolution a été, selon Mehmet Ucum, le passage d'une « démocratie de la thèse » à une « démocratie de la demande ».
Il explique que la « démocratie de la thèse » repose sur une politique de représentation dans laquelle les élites politiques élaborent des projets considérés comme bénéfiques pour la société avant de chercher à obtenir le soutien de la population, ce qui conduit à une forme de politique élitiste.
À l'inverse, la « démocratie de la demande » se fonde sur les besoins et les attentes de la population, le programme politique étant élaboré à partir de ces demandes et influençant ensuite le système politique. Cette approche implique, selon lui, une pratique politique de nature sociologique.
Dans ce contexte, Mehmet Ucum considère que Recep Tayyip Erdogan a également transformé la notion de leadership en substituant au modèle du leadership représentatif un leadership qu'il décrit comme étant « la voix directe, voire un organe du peuple ».
Il qualifie ce modèle de « leadership politique direct et organique », qu'il présente comme un nouveau type de leadership ne pouvant être pleinement expliqué par les classifications traditionnelles des sciences politiques.
Selon lui, l'une des conséquences majeures de ce leadership direct est le sentiment de « confiance totale envers le dirigeant », qui renforce considérablement l'adhésion des masses à sa vision.
Il estime ainsi que, même lorsqu'elles ne sont pas totalement convaincues ou qu'elles nourrissent des opinions différentes, certaines franges de la population finissent par adopter et soutenir les orientations du dirigeant.
Pour cette raison, Mehmet Ucum considère également que le président Erdogan incarne une forme de « leadership transformateur ».
Il affirme que ce type de leadership a constitué l'un des facteurs fondamentaux du succès des événements des 15 et 16 juillet 2016.
Selon lui, aucun acteur politique en Türkiye ne pourra désormais connaître de succès majeur sans pratiquer une politique sociologique et sans produire une forme de leadership organique et direct.
Mehmet Ucum estime que cette évolution de la manière de faire de la politique et d'exercer le leadership constitue un autre élément ayant renforcé la démocratie turque.
Il considère que la seule politique susceptible d'acquérir une forte légitimité en Türkiye est désormais une politique directement fondée sur le peuple et sur la transformation de ses besoins et de ses attentes en un programme politique démocratique.
Il ajoute que la plus grande force des démocraties réside dans leur capacité à mettre en œuvre le principe de la souveraineté nationale à travers la volonté populaire et un système politique adapté.
Dans ce contexte, il estime que la manière de faire de la politique et le style de leadership de Recep Tayyip Erdogan ont joué un rôle dans l'approfondissement de la démocratie en Türkiye.
Enfin, il affirme qu'avec la « Révolution des 15 et 16 juillet », dirigée directement par le président Erdogan, les conditions objectives nécessaires à la construction d'un système démocratique solide, fondé sur une souveraineté nationale appartenant au peuple, ont été pleinement réunies.
Selon Mehmet Ucum, les données relatives à la participation populaire entre le 15 juillet 2016 et le 9 août 2016, date de la suspension des « veillées pour la démocratie », sont publiées pour la première fois dans le cadre de cette étude. Ces données sont réparties en deux catégories : les données chiffrées et les données liées aux actions menées.
Après la tentative de coup d'État du 15 juillet, d'abord spontanément puis à l'appel du président Recep Tayyip Erdogan, 2 596 368 personnes sont descendues dans les rues à travers la Türkiye.
Cette nuit-là, des rassemblements ont eu lieu dans 80 des 81 provinces du pays. Les citoyens se sont rendus sur les places publiques, dans les aéroports, à proximité des unités militaires où des mouvements étaient signalés et dans d'autres lieux qu'ils considéraient comme sensibles afin de s'opposer à la tentative de putsch.
Parmi les participants, 1 897 142 personnes sont descendues dans les rues des trente grandes métropoles, tandis que 699 226 autres ont pris part à la mobilisation dans cinquante autres villes.
Selon Mehmet Ucum, il n'existe aucun précédent dans l'histoire politique mondiale où plus de 2,5 millions de personnes se seraient engagées en si peu de temps dans une action révolutionnaire visant à défendre leur pays et la démocratie.
Il souligne également que, du point de vue de sa diffusion géographique, la « Révolution populaire nationale et démocratique des 15 et 16 juillet » constitue une première dans l'histoire politique mondiale, des habitants de 80 provinces ayant pris part à la résistance.
Les « veillées pour la démocratie », organisées pendant 26 jours, du 16 juillet au 10 août 2016, ont, quant à elles, enregistré une participation totale de 37 635 323 personnes.
Selon l'auteur, ces chiffres ont été établis à partir des informations recueillies par le sous-secrétariat du ministère de l'Intérieur auprès des gouvernorats de l'ensemble des provinces.
Au total, le nombre de participations à la mobilisation démocratique s'élève à 40 231 691. Mehmet Ucum précise toutefois que ce chiffre inclut de nombreuses participations répétées et ne permet donc pas de déterminer avec exactitude le nombre de personnes distinctes ayant pris part au mouvement.
Il estime néanmoins que, même en prenant en compte un taux de participation répétée de quatre fois, plus de dix millions de personnes auraient activement participé à cette mobilisation.
Selon lui, ce niveau de participation est exceptionnel pour un pays de 80 millions d'habitants et s'explique en grande partie par le rôle joué par le président Recep Tayyip Erdogan, qui a su répondre, selon ses termes, au besoin de leadership du pays avec « une volonté et un courage exceptionnels ».
Mehmet Ucum affirme qu'après le début de la tentative de coup d'État, de nombreuses institutions publiques et plusieurs espaces ouverts au public ont été occupés par les putschistes, et que la quasi-totalité de ces occupations a pris fin grâce à l'intervention de la population.
Il ajoute que de nombreuses autres tentatives d'occupation ont également été empêchées par les citoyens.
Selon lui, l'ampleur et la gravité de la tentative de coup d'État apparaissent clairement lorsqu'on examine les lieux occupés puis repris par la population, ainsi que ceux dont l'occupation a été empêchée.
Il cite notamment les institutions centrales de l'État, telles que la présidence, les services du Premier ministre et les ministères, mais aussi les sièges des forces de sécurité, les médias, les aéroports, les centres de coordination et de communication satellitaire, les infrastructures de l'aviation militaire, les centres de renseignement, les gouvernorats et plusieurs directions de police.
À Ankara, le Parlement turc (TBMM), décrit comme le cœur du système politique, ainsi que le complexe présidentiel, ont été visés à la fois par des bombardements et des tentatives d'occupation.
Certaines unités de l'état-major, la base aérienne d'Akinci, le centre d'information de la TRT et certaines unités de la direction de la police d'Ankara ont été directement occupés, avant d'être repris grâce à l'intervention de la population, au prix de nombreux morts et blessés.
À Istanbul, plusieurs sites et institutions ont également été occupés, notamment l'aéroport Atatürk, le pont du Bosphore (aujourd'hui pont des Martyrs du 15-Juillet), le pont Fatih Sultan Mehmet, les bâtiments de la TRT, le Centre de coordination des catastrophes, le gouvernorat d'Istanbul, la municipalité métropolitaine, la Bourse d'Istanbul, le quartier militaire de Harbiye, la caserne du général Nurettin Baransel et le commissariat de police de Cengelkoy.
Selon Mehmet Ucum, tous ces sites ont été repris par la population.
Il mentionne également l'occupation de la mairie de Kars, de la direction de la police du district de Sarıkamıs et du complexe du gouvernorat de Sakarya, occupations qui ont, selon lui, également pris fin grâce à l'intervention des citoyens.
Des médias privés, principalement à Istanbul, ont également été occupés avant d'être libérés par la population.
Mehmet Ucum estime qu'en observant les institutions et les lieux stratégiques occupés ou visés, notamment à Ankara et à Istanbul, il apparaît clairement que la tentative de coup d'État aurait pu réussir sans la résistance de la population unie autour du président Recep Tayyip Erdogan.
Selon lui, si les citoyens n'étaient pas descendus dans les rues cette nuit-là, le pays aurait été confronté à « un avenir sanglant ».
Selon Mehmet Ucum, plusieurs sites stratégiques ont échappé à une prise de contrôle par les putschistes grâce à la mobilisation de la population.
À Ankara, le Parlement turc (TBMM), le complexe présidentiel, le Commandement général de la gendarmerie, Turk Telekom, certaines unités de l'état-major, la direction de la police d'Ankara, l'opérateur de satellites TURKSAT, les services de renseignement (MIT), les unités de la TRT autres que le centre d'information, ainsi que les directions du renseignement, des opérations spéciales et de l'aviation de la police nationale figurent parmi les centres névralgiques dont l'occupation a été empêchée.
L'auteur estime que la prise de contrôle de ces institutions aurait constitué un avantage majeur pour la réussite de la tentative de coup d'État, soulignant ainsi le caractère crucial de l'intervention populaire.
À Denizli, la population a empêché les putschistes d'utiliser l'aéroport de Cardak, ce qui, selon Mehmet Ucum, a contribué à empêcher de nouvelles attaques contre Ankara et Istanbul menées à l'aide d'avions militaires.
À Istanbul, plusieurs sites ont également échappé à une occupation, notamment l'aéroport Sabiha Gokcen, le pavillon présidentiel de Mabeyn, le bureau du Premier ministre à Dolmabahce, la direction des forces antiémeutes de Bayrampasa, le commissariat de Bayrampasa ainsi que le siège provincial du Parti de la justice et du développement (AK Parti).
À Kars, plusieurs bâtiments ont également été visés par les putschistes sans que ceux-ci ne parviennent à les contrôler. Parmi eux figurent le bâtiment du gouvernorat, les installations de l'Autorité des aéroports d'État (DHMI), la direction provinciale de la police, les services de sécurité publique, la police routière régionale, les unités antiémeutes, le commissariat de Kâzımpasa, le siège du MIT et la mosquée centrale.
De même, à Siirt, le bâtiment et la résidence du gouverneur, ainsi qu'à Ardahan, la direction provinciale des télécommunications et la direction provinciale de la police, figuraient parmi les objectifs des putschistes, mais la résistance populaire a empêché leur occupation.
Selon Mehmet Ucum, au-delà de ces lieux identifiés par le ministère de l'Intérieur, la mobilisation de la population dans les rues a également empêché, dans de nombreuses provinces, la mise en œuvre de projets de prise de contrôle destinés à soutenir les attaques menées contre Ankara et Istanbul.
Il affirme également que des tentatives d'occupation de médias privés ont eu lieu dans plusieurs villes, principalement à Istanbul, et que celles-ci ont également été déjouées grâce à l'intervention de la population.
En conclusion, Mehmet Ucum estime que les données chiffrées et les actions menées durant les événements du 15 juillet offrent de précieux enseignements sur l'ampleur du danger auquel la Türkiye a été confrontée.
Selon lui, l'analyse approfondie de l'ensemble des données relatives aux 15 et 16 juillet permettrait de mieux comprendre ce qu'il qualifie de « Révolution populaire nationale et démocratique des 15 et 16 juillet ».
[Mehmet Uçum est conseiller principal du président de la République de Türkiye et vice-président du Conseil des politiques juridiques de la présidence.]
***Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la ligne éditoriale de l'Agence Anadolu.
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