AA/Kinshasa/Joseph Tsongo
En République démocratique du Congo (RDC), comme dans de nombreux autres pays, les jeunes enfants retournent depuis quelques jours sur les bancs de l'école.
Si certains trainent des pieds, et que d'autres n'ont pas encore foulé la cour de récré en raison de la grève des enseignants qui touchent le pays, nombreux sont ceux qui y vont de bon coeur et affichent leur fierté d'assister aux cours dispensés.
Et pour cause, s'ils sont là aujourd'hui, c'est grâce au dur labeur effectué durant tout l'été, pour pouvoir acheter fournitures et manuels scolaires ou encore payer frais d'inscription, d'assurance et de soins médicaux, qui s'élèvent jusqu'à 10 dollars américains en moyenne.
Immersion dans la démarche de ces enfants débrouillards
Frais scolaires, fournitures, habits neufs, les enfants voulaient tout pouvoir payer pour alléger la charge à leurs parents souvent sans sous. Ils ont pour cela, durant les vacances estivales, vendus des petits pains, des sandwichs faits maison, des porte-clés, des canifs et autres gadgets, racontent-ils à Anadolu.
Au niveau de la buvette "Koko Jambo" située en plein centre-ville de Goma dans l’Est de la République démocratique du Congo, de jeunes enfants se bousculent encore, pour essayer d’écouler leurs petites marchandises aux clients attablés autour d'un déjeuner. "Ils nous manque des cahiers", se justifie l'un d'eux.
"Les enfants ont compris qu’il est plus que temps qu’ils aident leurs parents, confrontés à de sérieux problèmes pour leur assurer une bonne éducation", commente un client, qui achètera de bon coeur, un porte-clé pour quelques sous.
A quoi l’un des jeunes commerçants en herbe, ployant sous le poids d’une vingtaine de porte-manteaux, portant chacun deux ou trois pantalons usagés, répond d'un air grave : "C’est normal.Si nous ne mettions pas la main à la pâte, nous ne pourrions pas aller à l’école et nous n’aurions pas d'avenir".
A quelque mètres de là, à la boulangerie de la "Luholu", des dizaines d’écoliers de 10 à 15 ans, qui n'ont pas encore rejoint leur classe, en raison de la grève qui s'éternise, se sont donnés comme mot d’ordre de financer leurs frais scolaires, "comme des grands".
Ils passent ainsi de longues journées à préparer et à revendre des galettes, à jouer "au taxi", à bord de trottinettes, ou encore à briser des pierres sur les chantiers de construction.
Ils sont d'ailleurs, très souvent, les premiers arrivés à l’aube sur les différents chantiers de la ville, ces enfants travailleurs bon marché n’en repartent souvent qu’à la nuit tombée, tous les jours de la semaine.
Un peu partout dans le pays, des petits n’ont pas rechignés à se façonner un métier pour préparer cette rentrée des classes. Un autre enfant à l’entrée du marché central de Goma vend, lui, des emballages qu’il fabrique à base de journaux.
Elias, 13 ans, explique : "Si je ne fais pas ce travail, pas moyen d’aller à l’école".
"Avec les 3000 francs (environ 2$) que me donnent mes clients par jour, je peux acheter en une journée de travail les 30 cahiers de brouillon dont j’aurais besoin pour entrer en première année secondaire", indique le jeune homme, affichant un large sourire.
"Durant l'année scolaire, mes parents ont pour seul tâche, de me nourrir", dit-il encore.
- Gain de cause
"Mon père est un fonctionnaire de l’Etat et il n’a pas été payé depuis quelques mois. J’ai pu payé seul les 20$ exigés pour mon admission au collège", se réjouit Vake Michael, impeccable dans ses uniformes bleu et blanc qu’il s’est aussi payé en marchandant des crédits téléphoniques pendant les vacances.
Comme lui, depuis le début des vacances scolaires en juillet, d’autres petits dans la ville et un peu partout dans le reste du pays sont rentrés à l’école grâce à leurs efforts.
Aucun métier n’a rebuté ces enfants prêts à tout pour alléger la tâche de leurs parents, fonctionnaires impayés, déplacés de guerre, commerçants en faillite ou encore agriculteurs dont la saison est "fichue", à cause des perturbations climatiques…
C’est ainsi que dans l’enclave de pêche de Vitshumbi, des enfants à peine pubères accompagnaient les pêcheurs dans leurs pénibles et dangereuses randonnées nocturnes en pirogues sur le lac Edouard. Comme salaire, ils recevaient quelques poissons qu’ils revendaient une fois à terre.
D’autres encore ont sillonné à longueur de journée les artères des villes et des banlieues pour écouler les légumes issus des lopins de terre qu’ils entretiennent. Et les enfants les plus téméraires ont aidé leurs parents à monter la garde de nuit, à l’entrée des magasins ou dans les parcelles de familles aisées.
Certains petits, ne parvenant pas à trouver de job, avouent pris le risque d’aller voler quelques feutres et cahiers sur les étalages des marchés locaux.
"Ce n’est pas vraiment de la délinquance, nous les comprenons même si cela peut nous agacer, car nous savons que ces enfants ont besoin de poursuivre leurs études et d’aider leurs parents. Les petits se sacrifient pour suppléer à la démission et à l’insouciance de l’Etat", nous souffle un vendeur, confiant faire mine, parfois, de ne pas voir les "voleurs".
Près de 17 millions d'élèves (sur une population avoisinant les 80 millions) sont attendus pour l'année scolaire 2017-2018.
La rentrée scolaire qui a officiellement eu lieu le 4 septembre a été peu honorée à Kinshasa, la capitale de la RDC, ainsi que dans le Sud-Ubangui, dans l’Équateur (nord-ouest du pays), et à Kisangani (nord-est) notamment, en raison d’une grève des enseignants qui réclament une hausse de leur pouvoir d’achat, amputé de moitié mais aussi en raison dans conflits dans certaines régions du pays.