Nadia Chahed
09 Janvier 2018•Mise à jour: 09 Janvier 2018
AA/Alger/Karim Kabir
Des milliers de médecins résidents ont organisé mardi à Oran, la grande métropole de l’ouest algérien, une grande manifestation pour dénoncer la répression qui a visé leurs collègues mercredi dernier à Alger, selon plusieurs médias.
«Nous n’avons pas peur !», ont scandé les manifestants, en témoignent des images et des vidéos diffusées par plusieurs médias.
A Alger, plusieurs centaines de personnes parmi lesquels des professeurs de médecine se sont rassemblés à l’intérieur de l’enceinte du centre hospitalo-universitaire (CHU), Mustapha Pacha, l’un des plus importants du pays, pour exprimer leur solidarité avec les médecins résidents.
D’autres rassemblements similaires ont eu également lieu à Constantine, la grande métropole de l’Est, dimanche, mais aussi dans d’autres villes comme Tizi-Ouzou et Bejaia.
Parallèlement, les paramédicaux observent une grève dans plusieurs établissements hospitaliers du pays à l’appel du syndicat algérien des paramédicaux (SAP) pour réclamer leur association à l’élaboration de la Loi sur la santé, en projet au niveau du ministère, bénéficier de la retraite anticipée et du système de formation LMD (licence-master-doctorat).
Cette effervescence dans le corps médical intervient après les violences policières dont ont été victimes la semaine écoulée certains médecins-résidents.
Mercredi dernier, un rassemblement de médecins, pharmaciens et dentistes résidents organisé au CHU Mustapha Pacha a été violemment réprimé par la police.
Organisée à l’appel du Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra), la manifestation s’est transformée en affrontements avec la police, faisant plusieurs blessés dans les rangs des médecins résidents alors que plusieurs de leurs délégués ont été arrêtés par la police.
Les policiers dont certains ont été également blessés se sont interposés pour empêcher les manifestants d’organiser une marche en dehors de l’enceinte du CHU, les manifestations étant interdites dans la capitale depuis 2001, année où une grande marche populaire organisée par des représentants de villages de Kabylie a connu de graves dérapages.
Les images de certains médecins ensanglantés reprises dans les journaux et partagées sur les réseaux sociaux ont choqué dans le pays.
Le conseil national de l’ordre des médecins a immédiatement réagi en demandant, dans un communiqué , «l'ouverture urgente d'une information judiciaire pour déterminer les responsabilités».
«Les revendications justes et légitimes des médecins résidents doivent être prises en considération de façon rapide par les plus hautes autorités de l'Etat », a estimé le Conseil.
Alors que le syndicat national des enseignants chercheurs Hospitalo-universitaires (SNECHU) a décidé de boycotter les examens de DEMS (doctorat d’études médicales spécialisées) dimanche et rejoint la contestation en guise de solidarité avec les résidents, l’opposition politique a dénoncé de son côté ce qu’elle a qualifié « d’actes inadmissibles ».
Principal parti d’opposition au parlement, le MSP (mouvement de la société pour la paix) (islamiste) s’est dit « stupéfait » des « violences injustifiées » contre le mouvement pacifique des médecins. Tout en condamnant « fermement cette offensive violente contre un segment important de la société », le MSP a estimé dans un communiqué que «l’usage de la force est la preuve de l’incapacité du gouvernement à trouver des solutions aux problèmes économiques et sociaux causés par les mauvaises politiques adoptées avant et pendant la crise qui étouffe le pays ».
Pour sa part, le parti des travailleurs (PT) (gauche) a condamné « la violence » contre les médecins et s’est dit « outré par la répression», tout en exhortant les pouvoirs publics à « ouvrir un dialogue sérieux et à prendre les mesures hardies qui s’imposent pour satisfaire les revendications des résidents ».
Outre la réforme du service civil (Un médecin ayant fini ses études de spécialisation doit effectuer un service civil dans un établissement de santé auquel il sera affecté par le ministère. La durée du service civil varie en fonction de la zone géographique à laquelle est affecté le médecin. Elle est de quatre années dans les grandes villes du Nord du pays et de deux à quatre années dans les régions reculées des Hauts Plateaux et du Sud), les médecins-résidents réclament l’amélioration des conditions de travail, une meilleure rémunération, une dispense du service militaire et dénoncent la criminalisation de l’acte médical.
Le ministre algérien de la Santé, Mokhtar Hasbellaoui, s’est dit,«ouvert au dialogue», dans un message vidéo diffusé lundi soir.